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Procès Barbarin : cette difficile ligne de crête que doit tenir l'Église pour que justice soit faite sans commettre d'injustice
©JEFF PACHOUD / AFP

Procès

Procès Barbarin : cette difficile ligne de crête que doit tenir l'Église pour que justice soit faite sans commettre d'injustice

L'archevêque de Lyon, poursuivi pour « non-dénonciation d’agressions sexuelles de mineurs ».

Jean-Baptiste  Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire, rédacteur en chef de la revue de géopolitique Conflits. 

Il est auteur notamment de : La Révolte fiscale. L'impôt : histoire, théorie et avatars (Calmann-Lévy, 2019) et Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015)

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Atlantico : Le procès du cardinal Barbarin pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs a débuté ce lundi 7 janvier. Il lui est reproché de ne pas avoir signalé les agressions commises sur 70 jeunes scouts, entre 1986 et 1991, par le père Bernard Preynat. Puisque ce dernier n'aurait été mis au courant des agissements du père Preynat qu'en 2002, quelle peut-être la réaction de l'Église vis-à-vis du cardinal Barbarin, pour éviter d'en faire un bouc émissaire ?

Jean-Baptiste Noé : C’est un sujet complexe, car ancien et qui a débuté bien avant l’arrivée de Mgr Barbarin à Lyon, en 2002. En août 2016, la justice a classé l’affaire sans suite, innocentant donc une première fois le cardinal Barbarin. Si celui-ci est innocent, il n’y a aucune raison qu’il soit démis de ses fonctions. Le Pape l’a d’ailleurs soutenu à plusieurs reprises en refusant qu’il démissionne de sa charge d’archevêque de Lyon. Si sa culpabilité était reconnue, il pourrait en aller autrement. 

Mais dans ce type de procès, il semble que la présomption de culpabilité ait remplacé la présomption d’innocence. Ainsi, on a beaucoup plus parlé de la garde à vue de dix heures du cardinal Barbarin et des accusations portées contre lui que du classement sans suite du dossier.

De même, deux prêtres se sont suicidés en 2018 après des dénonciations calomnieuses. Un dans le diocèse de Rouen et un dans celui d’Orléans. L’Église, comme la justice civile, doit chercher à faire condamner les coupables, mais aussi à protéger les innocents : à la fois les enfants victimes d’abus et les prêtres injustement calomniés. En Espagne, par exemple, trois prêtres ont été reconnus innocents après plusieurs années d’enquête et alors que toutes leurs charges sacerdotales leur avaient été retirées. Ces innocents calomniés sont autant de vies brisées.  

Dans ces affaires, la légitime protection des victimes et condamnation des coupables semble parfois passer après la volonté de nuire à des hommes et à l’Église. La justice, pour être juste, a besoin de temps et de silence, non d’anathèmes et de victimisation. 


Jusqu'à présent, de quelle manière l'Église a-t-elle abordé les affaires de ce genre vis-à-vis de ceux qui savaient, mais ont protégé leur hiérarchie ? Le cas du cardinal Barbarin peut-il être différent ?

Les choses ont évolué au cours du temps. C’est Benoît XVI qui a pris le dossier à bras le corps et qui en a fait l’un des axes majeurs de son pontificat. Il a demandé que tous les coupables directs soient jugés et que des peines canoniques puissent être prononcées. Quant aux membres de la hiérarchie qui avaient caché les faits ou tenté de noyer les accusations, ils ont aussi été condamnés, soit en leur demandant de démissionner soit en leur retirant leur charge. 

François a repris les mesures de Benoît XVI en étant très vigilant sur ces dossiers. Mais l’Église a aussi à cœur qu’il n’y ait pas de dénonciations calomnieuses. Certains États, anticléricaux, sont tentés d’instrumentaliser ces affaires pour attaquer l’Église. La protection des victimes n’est alors qu’un prétexte pour se livrer à des attaques ad hominem. Toutes les administrations françaises ne sont pas très transparentes sur la gestion des fonctionnaires commettant des abus sexuels. En 2016, ce sont ainsi 30 professeurs qui ont été radiés de l’Éducation nationale, contre 15 en 2012. 

C’est aussi une époque qui est jugée, celle des années 1970-1980 où, sous couvert de libération sexuelle, beaucoup de comportements délictueux ont été tolérés, et pas seulement au sein de l’Église.     

Au-delà du simple cas du cardinal Barbarin, quel est l'enjeu pour l'Église dans ce dossier ? 

Il est triple. D’abord continuer de juger les coupables et d’aider les victimes. Il faut notamment aider les enfants et leurs familles à se reconstruire, ce qui est long et difficile. Benoit XVI a ainsi rencontré des victimes d’abus à chacun de ses voyages. 

Ensuite, redonner confiance dans l’Église. Après une période de flottement et d’erreurs, c’est aujourd'hui l’institution qui est la plus vigilante sur ces questions et qui lutte avec le plus d’ardeur, alors que ce n’est pas l’institution la plus touchée. La quasi-totalité des cas de pédophilie a lieu au sein des familles, puis dans les écoles ou les clubs sportifs. L’Église, en dépit du scandale énorme et légitime que cela provoque, n’est que très faiblement concernée par les crimes pédophiles. 

Enfin, défendre et renforcer la figure du prêtre. Certains pensent que c’est le célibat sacerdotal qui est la cause de la pédophilie ; ce n’est pas le cas. Les actes pédophiles sont la plupart du temps commis par des hommes mariés ou vivant en couple. La pédophilie interroge toute la société, et pas seulement l’Église. Il est normal de lutter contre ces crimes et ces criminels. Mais d’un côté la société condamne cela, avec raison, et de l’autre il y a une hypersexualisation de la publicité, des médias et des moyens culturels. Or la pédophilie s’insère dans une ambiance générale, ce que l’Église a compris et c’est le message qu’elle essaye de porter. Il ne s’agit pas uniquement de condamner les coupables a posteriori, il faut créer un climat de respect des corps et des personnes pour éviter que de tels actes n’aient lieu. 

 

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