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Un récent sondage Harris Interactive place Marine Le Pen dans la marge d’erreur face à Emmanuel Macron dans un éventuel second tour en 2022 lors de l'élection présidentielle.
Un récent sondage Harris Interactive place Marine Le Pen dans la marge d’erreur face à Emmanuel Macron dans un éventuel second tour en 2022 lors de l'élection présidentielle.
©ERIC FEFERBERG / POOL / AFP

Elections

Présidentielle 2022 : Marine Le Pen peut-elle gagner ?

Au regard des récents sondages, le Rassemblement national n’a jamais été aussi proche du pouvoir dans son face à face avec le président sortant Emmanuel Macron.

William Thay

William Thay

William Thay, est Président du Millénaire, think tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation idéologique de la droite.
 
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Emeric  Guisset

Emeric Guisset

Emeric Guisset est secrétaire général adjoint du think-tank Le Millénaire.

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Ce qui semblait impossible devient possible et il n’est plus inenvisageable de voir Marine Le Pen battre Emmanuel Macron lors de la prochaine élection présidentielle. À ce titre, le dernier sondage Harris Interactive place Marine Le Pen dans la marge d’erreur face à Emmanuel Macron dans un éventuel match retour en 2022. Si à plus d’un an de l’élection présidentielle les sondages ne sont en rien un outil de prédiction, ils permettent en revanche de fournir un état de l’opinion et d’analyser les dynamiques qui sont à l’œuvre. Le Rassemblement national n’a ainsi jamais été aussi proche du pouvoir dans son face à face avec le président sortant.

Une progression importante au second tour

Marine Le Pen possède une grande stabilité dans ses résultats au premier tour, et progresse au second tour. La présidente du Rassemblement national reste ainsi stable à 25% par rapport au sondage Harris Interactive du 3 juillet 2020. En 9 mois et malgré le prolongement de la crise sanitaire elle est parvenue à stabiliser son socle électoral. Mais c’est surtout au second tour de l’élection présidentielle où sa progression est très importante, passant en 6 mois de 42 à 47% face à Emmanuel Macron et en se retrouvant ainsi dans la marge d’erreur. Ainsi, avec le dernier sondage, si l’élection avait lieu dimanche prochain, on serait incapable de déterminer le vainqueur du scrutin à partir des enquêtes d’opinions.

Cette progression importante s’explique par une abstention des électeurs de gauche dans le cadre d’un éventuel match retour au second tour. En effet, dans ce cadre, Emmanuel Macron ne capterait que 24% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (contre 52% en 2017), et environ 45 des électeurs d’Hidalgo et Jadot (contre 71% de ceux de Hamon en 2017). De son côté, Marine Le Pen progresse peu chez les électeurs de droite mais augmente son score vis-à-vis des électeurs de Jean-Luc Mélenchon (24% contre uniquement 7% en 2017).

Un risque de non-qualification au second tour ?

Le risque pour Marine Le Pen est de commettre l’erreur de jouer le second tour avant le premier comme a pu le faire Lionel Jospin en 2002. Si la progression au second tour est très importante, la qualification de la candidate RN au second tour n’est pas assurée. En effet, à un an de l’élection le score du RN est souvent plus important dans les sondages que le résultat final dans les urnes. Ainsi en janvier 2016 les sondages donnaient Marine Le Pen à environ 27% dans les sondages pour finalement réaliser un score de 21,4% au soir du premier tour. De même, il est très probable que Marine Le Pen perde quelques points d’ici l’élection puisqu’elle bénéficie actuellement d’un effet de candidate déclarée face à des candidatures « Les Républicains » encore hypothétiques. À ce titre, elle capte environ 10% des électeurs de François Fillon de 2017 en vue du premier tour de la prochaine élection présidentielle.

Ainsi, comme en 2017, plutôt qu’un duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron nous pouvons retrouver 4 blocs capables de se qualifier au second tour. Nous pouvons ainsi retrouver un candidat de gauche (avec une concurrence entre le bloc social-écologistes et Jean-Luc Mélenchon), un candidat de la majorité présidentielle, un candidat LR et Marine Le Pen. Dans ce contexte, le seuil de qualification au second tour serait proche des 20%. La présidente du RN doit ainsi éviter de voir ses suffrages s’éparpiller avec une éventuelle multiplication des candidatures sur son segment électoral comme celle de l’hypothèse d’Eric Zemmour. De plus, elle doit faire attention au profil du candidat LR qui pourrait lorgner sur son électorat en lui garantissant qu’il est en meilleur position de battre Emmanuel Macron. À ce titre, d’un côté Xavier Bertrand pourrait davantage la concurrencer sur son électorat populaire tandis qu’un profil comme Bruno Retailleau pourrait lui contester le profil d’un électorat porté sur les questions régaliennes.

Vers une surprise en 2022 ?

Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont chacun intérêt de voir un match retour. En effet, il s’agit de l’hypothèse la plus confortable pour le président sortant pour s’assurer d’une réélection. Tandis que la présidente du RN peut capitaliser sur son opposition pour incarner la meilleure solution pour battre le président de la République depuis le sondage Harris-Interactive de janvier 2021 et la une de Libération expliquant pourquoi les électeurs de gauche ne feront plus barrage. L’enjeu pour la candidate du Rassemblement national est d’incarner à la fois la meilleure candidature antisystème pour rompre avec les derniers quinquennats pour solidifier son socle au premier tour tout en se normalisant pour espérer une victoire au second.

Toutefois, plusieurs signaux d’alerte se posent à la fois pour Emmanuel Macron et pour Marine Le Pen à deux ans de l’échéance présidentielle. Les Français ne souhaitent pas dans une large majorité (70%) un duel entre ces deux personnalités, comme le soulignait un sondage Ifop publié en février dernier. Cette donnée peut être mise en lien avec un sondage du même type réalisé sous le quinquennat précédent qui révélait que 75% des Français ne souhaitaient pas d’un duel entre Nicolas Sarkozy et François Hollande. Il existe ainsi avec l’existence de quatre blocs capables d'atteindre 20% au premier tour de la prochaine élection présidentielle, un risque pour que nous n’ayons ni Marine Le Pen ni Emmanuel Macron qualifiés au second tour.

La victoire de Marine Le Pen est possible mais n’est pas probable. Elle doit encore surmonter des obstacles pour devenir une prétendante sérieuse à l’Élysée. D’une part, elle doit poursuivre son processus de normalisation pour incarner une solution moins pire que les autres (Macron et Mélenchon). D’autre part, elle doit s’assurer de la solidité de son bloc électoral pour éviter de se faire éliminer dès le premier tour. La prochaine élection présidentielle 2022 réserve des surprises avec des hypothèses considérées comme impossible qui sont en train de le devenir.

William Thay, politologue et président du think-tank Le Millénaire, spécialisé en politiques publiques et portant un projet gaulliste et réformateur au service de la grandeur de la France.

Emeric Guisset, secrétaire général adjoint du think-tank Le Millénaire

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