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Enfin une bonne nouvelle pour cette fin d'année ?

Première baisse du chômage pour trois mois consécutifs depuis 2008 : la grande crise est-elle enfin derrière nous ?

En dépit d'une accélération de l'amélioration sur le front du chômage en France, les politiques d'emploi mises en oeuvre jusqu'à présent, nécessaires à une sortie de crise durable, ne sont pasappliquées. A la différence de l'économie américaine dont la reprise est avérée depuis 2009, l'économie française n'a toujours pas su intégrer et combiner à la fois la révolution technologique en cours, liée à la communication, et les effets de la globalisation.

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico: Pour le troisième mois consécutif, le chômage est à la baisse en France, une première depuis 2008. S'agit-il là d'une tendance durable ? Pourrait-on considérer la crise de 2008 enfin derrière nous ? 

Jean-Paul Betbèze: De fait, les indicateurs d’emploi se redressent en France, mais lentement et tardivement. Ainsi, fin novembre 2016 en France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi tenus de rechercher un emploi et sans activité (dits de "catégorie A") s’établit-il à 3 447 000. Ce nombre diminue de 109 800 personnes sur trois mois, soit de 3,1 %. Mieux, il recule de 31 800 personnes sur un mois (-0,9 %) et de 122 600 personnes sur un an (–3,4 %). Ceci indique, non seulement une amélioration continue, mais plus encore une accélération. Cette amélioration se retrouve surtout pour les jeunes : - 8,8 % pour les moins de 25 ans sur trois mois, un peu moins (- 3,2 %) pour ceux entre 25 à 49 ans. En revanche, le nombre de chômeurs augmente de 0,4 %, pour ceux âgés de 50 ans et plus.

Il y a donc une amélioration récente, mais l’indicateur le plus sûr, celui du BIT, calculé chaque trimestre par l’Insee, vient de remonter légèrement de 0,1%, à 10% au troisième trimestre 2016. Si l’on peut penser qu’il va rebaisser lors de la prochaine enquête, il reste que la France est, parmi les premières économies du monde, celle qui a un taux de chômage double des autres (4,9% aux Etats-Unis et 4,2% en Allemagne). Si l’on peut dire que la situation s’améliore en France, elle est donc radicalement différente de celle des autres grandes économies. La crise de 2008 n’est pas "derrière nous" car les politiques d’emploi pour la régler ne sont pas mises en place. Nous sommes dans des soutiens, plus classiques et plus conjoncturels, avec des résultats modestes et coûteux.

A LIRE AUSSI - Pourquoi la baisse du chômage ne doit pas faire oublier la catastrophe économique et humaine du nombre record de chômeurs de longue durée

Voilà près de sept ans que l'économie américaine est repartie à la hausse. Comment expliquer la longévité de la reprise américaine ? Pourquoi ce qui pourrait apparaître comme une potentielle reprise française, au regard des chiffres du chômage communiqués ce lundi, ne survient que maintenant ? 

L’économie américaine est en train de connaître une reprise depuis plusieurs années. Elle est la première à être tombée en récession (c’est même elle qui est à son origine) et la première à en sortir. Pour autant, cette reprise, si longue par rapport aux moyennes américaines, est aussi la plus lente. Tout simplement parce que la crise que nous vivons n’est pas une crise conjoncturelle classique, mais une crise structurelle. Elle combine à la fois la révolution technologique liée à la communication et les effets de la globalisation. En quelque sorte, c’est Apple que multiplie Chine !

Aux Etats-Unis, pour sortir d’affaire, il ne faut pas oublier que cette économie est plus souple que d’autres, qu’elle a réduit sa population active (elle vient à peine de retrouver son niveau), tout en menant une politique monétaire extrêmement agressive (baisses des taux d’intérêt à court et à long termes), et qu'elle se trouve être l’épicentre de la nouvelle révolution en cours (Californie). Mais, même avec toutes ces aides et ces points forts, la croissance américaine est en moyenne de 2%, contre 4% pour des reprises traditionnelles. Pour que l’économie américaine aille plus vite, elle attend la Trump Economy. Nous verrons bien.

Nous ne sommes donc pas du tout, en France, dans une reprise à l’américaine, où une bonne part de la révolution en cours est digérée. Nous vivons les effets bénéfiques de la baisse de l’euro, de la baisse du pétrole, de la baisse des charges (CICE), de la modération salariale, sans oublier, bien sûr, toutes les politiques menées en matière d’emploi, qu’il s’agisse de formation ou de contrats aidés. Bref, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. 

Au regard du contexte actuel global, une prochaine crise est-elle à craindre bientôt ? Quel impact aurait-elle sur l'économie française ? 

Il ne faut surtout pas sous-estimer les difficultés actuelles. Cette sortie suppose, plus que jamais, de la formation initiale et continue pour maîtriser les nouvelles technologies. En même temps, la nouvelle compétitivité, qui passe par plus de capital humain, passe également par plus de recherche et d’investissements -immatériels et matériels-, et donc par plus de marge. Ce n’est pas trahir un secret de dire que ceci n’est pas compris en France et est à peine en train de naître. L’excédent brut d’exploitation par rapport à la valeur ajoutée atteint 30% en France (grâce au CICE) contre 37% en Allemagne, tandis que nos résultats PISA ne sont pas comparables. Une prochaine crise est toujours à craindre, cette fois plus géopolitique et sociale qu’économique, populiste, si la sortie avec les efforts qu’elle implique (formation et marge) n’est pas expliquée, comprise ou acceptée. L’économie française entrerait alors dans une voie italienne, dont on mesure aujourd’hui les risques. L’Italie ne tient, en réalité, que par son insertion dans la zone euro. Mais on comprend que cette même zone ne pourrait soutenir une économie française chancelante.

Au total, il est à attendre des programmes politiques qui se présentent pour 2017 qu’ils prennent à bras le corps la réalité de la crise que nous vivons -révolution technologique et mondialisation- pour avancer des solutions durables et globales. Rien ne sera possible sans formation, contre le chômage qui reste de masse, et pour la croissance, en réduisant le déficit extérieur, qui, chaque fois nous plombe. Comme on le voit, cette stratégie de sortie de crise n’est pas omniprésente dans les programmes ! Il faudra qu’elle le soit si l’on ne veut pas rester dans un taux de chômage qui deviendra économiquement, puis politiquement, insupportable. C’est là notre vrai risque : ne pas avoir la stratégie qu’il faut, faute du courage pour la mener.

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