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Pourquoi les virus frappent-ils plus certains continents que d'autres ? Une étude sur Zika donne des indices

Une étude publiée dans la revue Science s'intéresse aux raisons pour lesquelles le virus Zika n'a pas été aussi dévastateur en Afrique, où il est apparu, que sur le continent américain. L'une des clefs du mystère se trouve dans la génétique du moustique qui le transmet.

Louis Lambrechts

Louis Lambrechts

Le Dr Louis Lambrechts est directeur de recherche au département de virologie de l'Institut Pasteur à Paris. Après avoir été diplômé de l'École normale supérieure de Paris, il a obtenu un doctorat en écologie en 2006 pour ses travaux sur les interactions entre les moustiques et les parasites du paludisme à l'Université Pierre & Marie Curie à Paris. En 2010, il a rejoint l'Institut Pasteur à Paris où il est devenu chercheur permanent du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) en 2011, chef de groupe junior en 2013 et chef d'unité en 2019. En 2018, il a reçu une médaille de bronze du CNRS. Il est actuellement impliqué dans plusieurs programmes internationaux de recherche sur la dengue et le Zika.

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Atlantico : Dans une étude que vous venez de publier dans la revue Science, vous expliquez les raisons pour lesquelles le virus Zika s’est plus rapidement répandu en Amérique qu’en Afrique, dont il est pourtant originaire, en pointant notamment la responsabilité du moustique qui porte ce virus. Quelles sont les conclusions de votre étude sur son rôle dans la propagation et en quoi explique-t-il les différences de contamination selon les continents ?

Louis Lambrechts : Le virus Zika s’est répandu à travers la planète au cours de la dernière décennie, causant des millions d’infections dont certaines sont associées à des malformations congénitales et des troubles neurologiques. Les facteurs qui ont permis l’émergence spectaculaire de ce virus précédemment quasi inconnu dans la population humaine n’ont pas été clairement élucidés. A l’inverse, l’absence d’épidémie majeure dans des régions où le virus est présent, comme l’Afrique, restait inexpliquée. Nous avons découvert que l’une des clés du mystère réside dans la génétique du moustique Aedes aegypti, le vecteur principal du virus Zika. Ce moustique originaire d’Afrique a donné naissance, il y a entre 5 000 et 10 000 ans, à une sous-espèce invasive inféodée à l’homme, qui s’est répandue sur les autres continents au cours des derniers siècles. Jusqu’à ce jour, on pensait que la sous-espèce invasive d’Ae. aegypti était devenue un redoutable vecteur de virus (comme par exemple ceux de la fièvre jaune et de la dengue) surtout à cause de sa préférence marquée pour le sang humain. En comparant expérimentalement des populations sauvages d’Ae. aegypti provenant de diverses régions du globe, nous nous sommes aperçus que la sous-espèce invasive était par ailleurs nettement plus permissive au virus Zika que la sous-espèce native en Afrique. Ainsi, l’efficacité de la sous-espèce invasive du moustique Ae. aegypti à transmettre le virus Zika n’est pas seulement due à la fréquence de ses contacts avec l’homme lors des repas sanguins, mais également à sa sensibilité accrue à l’infection par le virus Zika. Cette découverte apporte en outre une explication à l’absence d’épidémie majeure du virus Zika en Afrique, où la sous-espèce native d’Ae. aegypti est moins apte à transporter le virus.

Peut-t-on établir une corrélation entre le goût du moustique américain pour le sang humain et sa plus grande réceptivité au virus, ou ces deux phénomènes ne sont-ils dus qu’au hasard et à un “manque de chance” qui favorise la propagation ?

Nous avons observé chez les moustiques une association entre la préférence pour le sang humain et la plus grande réceptivité au virus Zika, mais cela ne signifie pas nécessairement que les deux caractères sont directement liés. Il est probable que cette association soit due au hasard ou à l’effet de la liaison génétique (si les gènes de préférence pour l’homme sont physiquement proches des gènes de sensibilité au virus) qui aurait fortuitement conservé cette combinaison de caractères lors du processus adaptatif de « domestication » de la sous-espèce invasive. Pas de chance !

Est-ce que votre étude sur le virus Zika peut aider à limiter la propagation de l’épidémie ou à mieux comprendre la propagation de d’autres épidémies, notamment celles véhiculées par les animaux ?

Notre étude renforce l’idée que de nombreux facteurs se combinent pour permettre l’émergence de de pathogènes issus du monde animal. Dans le cas de Zika, ce n’est donc pas seulement la mondialisation, l’urbanisation et l’échec des méthodes de lutte contre les moustiques qui ont joué en notre défaveur, mais l’évolution récente d’un moustique qui est devenu une véritable machine à transmettre le virus. Une meilleure connaissance de la structure génétique des populations de moustiques permettra d’évaluer plus précisément le risque d’épidémie à Zika. Par exemple, les régions d’Afrique où existe un mélange des deux sous-espèces d’Ae. aegypti sont vraisemblablement plus à risque que les régions où seule la sous-espèce native est présente.

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