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Pourquoi les politiques français ne peuvent pas interdire l'UOIF ?

Après avoir travaillé pendant trois ans pour la télévision qatari, le reporter décrypte les conditions sociales, politiques et économiques du pays. En proie à une lutte fratricide qui oppose deux tendances politico-religieuses, la région fait également face à des difficultés économiques sans précédent et à une crise sociale, notamment autour du lobby de la coupe du monde de football 2022. Extrait de "Qatar, vérités interdites : Un émirat au bord de l'implosion" d'Emmanuel Razavi, publié aux Editions L'Artilleur. 1/2

Emmanuel  Razavi

Emmanuel Razavi

Diplômé de Sciences politiques, Emmanuel Razavi est grand reporter. Spécialiste du golfe persique, il a notamment collaboré avec Planète, Arte, M6, France 24, Valeurs Actuelles, le Figaro Magazine, le Spectacle du Monde et Paris Match. Il est auteur de plusieurs essais et  documentaires sur le Proche et le Moyen-Orient.

Il dirige le média FILD.

Son dernier ouvrage, coécrit avec Alexandre del Valle, Le Projet: La stratégie de conquête et d'infiltration des frères musulmans en France et dans le monde, est paru en novembre 2019 aux éditions de L'Artilleur. 

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A ce sujet, un officier des services du renseignement intérieur français m’a d’ailleurs confié, sous couvert d’anonymat : « l’Organisation des Frères Musulmans a clairement vocation à islamiser les pays dans lesquelles se trouvent ses filiales. Mais en France, les politiques se sont assis sur le dossier car ils ont peur qu’on les accuse d’être islamophobes s’ils prennent des mesures contre 

des associations qui prétendent représenter les musulmans du pays. C’est idiot, puisque la majeure partie des citoyens français de confession musulmane sont parfaitement intégrés et n’ont rien à voir avec la confrérie qu’ils ne connaissent même pas (…). Il y a un autre élément important qui concerne, lui, la diplomatie des contrats. Par le passé, un certain nombre de nos dirigeants ont pu avoir peur, consciemment ou inconsciemment, que le Qatar annule ou réduise ses commandes de matériel aéronautique ou militaire à de grandes entreprises françaises si l’on fermait les associations liées à l’Organisation des Frères Musulmans (…). Pourtant, cela fait des années que des rapports et des notes émanant de nos services mettent en garde contre le double discours de l’UOIF et les positions antirépublicaines de certains de ses représentants. Des dizaines d’articles et de repor¬tages ont démontré ce que nous disons. Mais qu’il s’agisse des spécialistes du renseignement comme de la presse, cela fait pschitt à chaque fois (…). Bien sûr, on peut et l’on doit considérer le Qatar comme un allié bien positionné au Moyen-Orient pour lutter contre le terrorisme. Mais il y a quand même une double réalité dont on doit tenir compte. L’émirat accueille des islamistes sur son sol, quand il ne les finance pas (…). Quand on connaît la superficie de son territoire, de même que les compétences de ses services de renseignement, il est évident que le gouvernement qatari ne peut pas l’ignorer, quoiqu’il en dise. Sa position est sournoise car il sait très bien à quel problème de communautarisme nous sommes confrontés en France. (…). On ne peut ignorer qu’il y a une stratégie globale de ces organisations et que la plupart de leurs responsables transitent par Doha où ils sont reçus comme des hôtes privilégiés ».

L’ex-député LR Nicolas Dhuicq a été membre de la commission de la Défense Nationale et des Forces Armées. Psychiatre des hôpitaux de formation, et officier de la réserve citoyenne, c’est un éminent connaisseur du Proche- Orient qui n’a pas pour habitude de pratiquer la langue de bois. 

Lors d’un entretien téléphonique que nous avons eu au printemps dernier je lui ai donc posé la question suivante : « Existe-t-il une diplomatie des contrats entre la France et le Qatar, laquelle consisterait à fermer les yeux sur les activités de l’UOIF pour ne pas froisser l’émirat » ? 

« Le Qatar protège à mon sens l’UOIF, m’a-t-il répondu. Pourtant je crois que le pire, c’est que le Qatar n’a même pas à menacer la France de quoi que ce soit, car la peur est déjà dans le cerveau de nos représentants politiques (…). Cela dit, a-t-il repris, on ne ferme pas l’UOIF car il y a aussi une réelle méconnaissance des élus de la nation à ce sujet. Ils ont une vision simplificatrice des choses et ne sont pas toujours capables de faire la distinction entre un courant de l’islam et un autre, encore moins de comprendre les enjeux de luttes multiséculaires qui se jouent au sein du monde musulman (…). Ils ont par ailleurs du mal à nommer les choses pour ce qu’elles sont. En France, Islamisme égale islam, donc on s’interdit clairement de traiter le problème ». 

Concernant le fait que le Qatar ait pu rétribuer grassement des élus français en visite à Doha, sa réponse est tout aussi intéressante, bien qu’elle reste emprunte 

d’une certaine prudence. « J’en suis persuadé. Mais c’est toutefois plus subtil qu’on peut le penser. Car la majorité des élus sont naïfs et ne connaissent pas toujours la réalité historique. Certains d’entre eux, en contact avec le Qatar, ont toutefois tendance à oublier de se poser des questions dès qu’on leur offre un peu de confort (…). On a à faire à des enfants qui n’ont aucune culture politique », précise-t-il, ajoutant non sans ironie : « il y a une fasci¬nation de l’argent très forte chez certains élus socialistes ».

 
Extrait de "Qatar, vérités interdites : Un émirat au bord de l'implosion" d'Emmanuel Razavi, publié aux Editions L'Artilleur
 
 

 

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