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©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Stratégique

Pourquoi les difficultés de Thales concernent toute la Défense

Au cours des derniers jours, suite à l’annonce de résultats qui ont désagréablement surpris analystes et financiers, le Groupe Thales a perdu plus de 10% de sa valeur boursière. Thales est présent dans cinq secteurs : l’aéronautique, l’espace, le transport terrestre, l’identité et la sécurité numériques, la défense et la sécurité.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Disons-le tout net : parce que Thales est au cœur de la plupart des programmes militaires, qu’il s’agisse par exemple de l’aviation militaire (Rafale) ou des navires de la marine nationale (FREMM), sa fragilisation, si elle devait se confirmer, ferait peser un risque important sur l’ensemble de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) française.

Il faut en outre mentionner ici le positionnement très franco-britannique de l’entreprise qui, en ces temps d’incertitude liée au Brexit, la fragilise. Dans ce contexte, si la vie des affaires connaît des hauts et des bas, et si, à l’évidence, il arrive aux marchés de se tromper, les difficultés que rencontre Thales sont réelles.

D’abord, le Groupe Thales tire sans doute trop sur la corde qui le lie à l’armée française. Souligner que la moitié de son chiffre d’affaires relève de matériels civils serait prendre la proie pour l’ombre : la réalité est que la recherche effectuée dans ses activités militaires irrigue ensuite son activité civile. Surtout, parce qu’il a, comme d’autres acteurs, un lien très fort avec les armées françaises, il est toujours guetté par le risque de se comporter en rentier. Comment, à cet égard, considérer autrement l’échec du drone Thales « Watchkeeper » dans le contexte du contrat de drones MALE de l’Armée de Terre ? Ce drone avait préalablement été retenu par l’armée britannique. Dans le contexte du Traité de Lancaster House, Thales, n’imaginant pas pouvoir perdre le marché français après avoir été retenu Outre-Manche, avait présenté à l’armée de terre française un projet si éloigné des nécessités opérationnelles que c’est finalement le drone Patroler de Safran – pourtant très outsider - qui avait finalement été choisi.

Ensuite, l’export. Il est évidemment clé pour Thales, puisqu’un très grand nombre de systèmes d’armes exportés intègrent ses technologies. Ainsi, quand Naval Group vend une frégate ou un autre navire de guerre à un gouvernement étranger, Thales, de manière assez automatique, voit une partie de la manne générée lui revenir, sans véritable effort. C’est aussi dans le contexte d’une amélioration importante des exportations de matériel de défense par la France au cours des dix dernières années, l’exemple emblématique étant le succès tardif mais réel du Rafale, que se comprennent beaucoup des réussites de Thales. L’entreprise a ainsi parfois des difficultés à agir comme chef de file. Dans le contexte des relations militaro-industrielles florissantes entre la France et le Brésil au début des années 2010, Thales voit ainsi lui échapper le contrat pour le système de surveillance des frontières SISFRON au profit de la technologie israélienne. Toute médaille ayant son revers, il est aisé de comprendre que moins une entreprise doit se battre pour mériter ses succès, et plus elle risque de voir son dynamisme et sa capacité d’innovation s’émousser sa performance économique et industrielle. Identiquement, l’entreprise a eu tendance à se reposer ces dernières années sur des lauriers qui tendent aujourd’hui à se faner rapidement. La disruption engendrée dans le domaine spatial par l’irruption rapide de nouvelles entreprises (new space) est en train de mécaniquement se faire au détriment de l’agrégat industriel Thales Alenia Space qui bénéficiait jusqu’ici d’un quasi-monopole en Europe.

Enfin, Thales souffre aussi d’une difficulté que rencontrent beaucoup d’entreprises de très haute technologie : l’articulation défectueuse entre le niveau technique et le niveau projet. Thales possède ainsi à l’évidence des compétences techniques remarquables. Pour autant, ces compétences pour pouvoir jouer à plein, exigent qu’une partie des techniciens trouvent leur chemin, plus tard dans la carrière professionnelle, comme managers. Or, comme beaucoup d’entreprises de haute technologie, cette articulation s’effectue mal chez Thales, expliquant ensuite qu’une partie de son exceptionnelle compétence technique ne se traduise pas à suffisance par des succès commerciaux capables de générer une performance.

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