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©Thomas SAMSON / AFP

Remise à plat

Pourquoi le gouvernement a raison de ne plus vouloir traiter les représentants du culte comme des lobbies

La loi Sapin de 2016 prévoyait que tous les "représentants d'intérêts" entrant en relation avec le gouvernement, le parlement ou autres agents publics soient recensés dans un fichier national au titre lobbyistes.

Pierre-Hervé Grosjean

Pierre-Hervé Grosjean

Pierre-Hervé Grosjean est prêtre du diocèse de Versailles, curé de la paroisse de Saint-Cyr-l'École. Il est aussi Secrétaire Général de la Commission Éthique & Politique de son diocèse. Il a fondé́ les universités d'été́ Acteurs d'Avenir. Il est l'auteur d'Aimer en vérité, paru chez Artège. Il est aussi un blogueur influent qu'il vous est possible de suivre ici. Son dernier ouvrage Catholiques engageons-nous ! est publié en avril 2016 (Artège).

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Atlantico : Alors que la loi Sapin de 2016 prévoyait que tous les "représentants d'intérêts" entrant en relation avec le gouvernement, le parlement ou autres agents publics soient recensés dans un fichier national au titre lobbyistes, un amendement au texte avait conduit à inclure les représentants du culte à cette liste. Une situation qui pourrait être remise en cause par le projet de loi pour un Etat au service de la confiance qui sera examiné ce 12 juin devant l'Assemblée nationale. Comment comprendre cette assimilation entre représentants du culte et lobbyistes, alors que ces derniers se caractérisent par la défense d'intérêts matériels ?

Pierre-Hervé Grosjean : Le gouvernement veut revenir sur cette assimilation des cultes à des lobbies, et le Sénat a voté dans ce sens. Mais certains députés LREM au contraire se mobilisent à l'occasion du retour du texte à l'assemblée pour maintenir les dispositions de la loi Sapin. Ils veulent voir ranger les cultes  - et donc l'Eglise Catholique - au rang des lobbies, au même titre que les marchands de tabac ou d'alcool ! Derrière, il y a évidemment une offensive des tenants d'une laïcité sectaire, qui voudrait cantonner l'Eglise à ses sacristies, et réduire son action dans le débat public et son influence dans la société.

Leur erreur est simple : ils ne veulent pas voir que l'Eglise n'intervient pas dans le débat public pour défendre ses intérêts particuliers, ni même ses fidèles, mais se veut au service du bien commun, et particulier des plus fragiles. Elle ne vend rien, ne réclame aucun pouvoir pour elle-même, et n'est pas dans une vision communautariste, comme si elle défendait ses intérêts ou uniquement ses fidèles. Elle est au service de tous. Emmanuel Macron l'a bien expliqué, lors de sa visite aux Bernardins, en rappelant l'apport précieux pour toute la société de l'engagement des catholiques. Il est très surprenant que des "frondeurs" se dévoilent ainsi en contradiction totale avec la parole présidentielle.

En quoi ce texte a pu mettre à mal les relations entre représentants du culte et pouvoirs publics ?

Le Président Macron l'a redit aux Bernardins : il a compris qu'il fallait "réparer" le lien entre l'Etat et l'Eglise. Ce lien a été abîmé entre autres par ce genre de coups portés. Après plus de 1500 ans de christianisme en France, en contemplant tout ce que l'Eglise a apporté à notre culture, notre histoire, notre droit... en voyant tout ce qu'elle a pu faire et continue de faire au service des plus pauvres, des plus petits... vouloir la ranger au rang des simples lobbies, c'est renier toute l'histoire de notre pays.

Nous reconnaissons tous l'importance du dialogue aujourd’hui entre l'Etat et les religions. Vouloir inscrire ce dialogue dans le cadre de "défense d'intérêts particuliers" me semble vraiment réducteur et inopportun. Ce serait un très mauvais message envoyé aux cultes. Cela ne correspondrait pas à la réalité vécue par l'Eglise catholique en France.

Comment comprendre ceux qui, au travers de la laïcité, défendent une telle vision de représentants du culte assimilé à des lobbyistes ?

Ce sont toujours les mêmes qui cherchent à "effacer" les religions de l'espace public. Ils oublient que c'est l'Etat qui est laïc, et pas la société. Ils ne supportent pas que l'Eglise ait une parole libre, qui soit encore écoutée, et qui reste capable d'éveiller les consciences. Ils veulent restreindre cette parole, la verrouiller, la surveiller... comme si la République avait quelque chose à craindre de l'Eglise, voir même de ce dialogue avec l'Eglise.

J'espère que le gouvernement saura tenir ses "frondeurs", et maintenir le cap d'un apaisement dans les relations entre l'Etat et l'Eglise. L'Eglise veut continuer à porter une parole et une action au service de tous dans la société, et s'opposera à toute dérive communautariste. Dire que les religions défendent leurs intérêts particuliers, c'est en effet les enfermer dans une vision communautariste. Nous serons tous d'accord pour dire que nous n'avons pas besoin de cela en ce moment !

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