Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Histoire

Bonnes feuilles

Pourquoi le fameux vase de Soissons "est plus qu’une histoire de vaisselle brisée par des barbares"

Qu’est-ce que la France en fin de compte ? Et qu’est-ce que les chrétiens ont apporté à cette aventure époustouflante où cohabitent Clovis et Robespierre, sainte Clotilde et Louise Michel ? Cette petite histoire de France a pour ambition de revenir à la source de notre pays. Source cachée qui porte du fruit bien au-delà des limites visibles de l’Église. Extrait de "Nos ancêtres les saints" de Samuel Pruvot, aux éditions du Cerf (2/2).

Samuel Pruvot

Samuel Pruvot

Diplômé de l’IEP Paris, rédacteur en chef au magazine Famille Chrétienne, Samuel Pruvot a publié "2017, Les candidats à confesse", aux éditions du Rocher. 

Voir la bio »

C’est une image d’Épinal. Sauf qu’elle a été fabriquée à Soissons, vers 486. Le fameux vase de Soissons est plus qu’une histoire de vaisselle brisée par des barbares en colère. C’est un indice de la curiosité du païen Clovis pour la religion des catholiques. Ce grand adolescent, nourri au lait de croissance des idoles germaniques, n’a pas attendu l’invention des consoles de jeux pour occire ses adversaires. Roi de Tournai à l’âge de 16 ans, Clovis s’attaque au général romain Syagrius pour s’emparer des territoires situés au nord de la Seine.

Victorieux, Clovis s’apprête à partager le butin entre ses guerriers par tirage au sort. C’est alors qu’un évêque tête brûlée vient lui réclamer un vase liturgique dérobé pendant la razzia. Contre toute attente, Clovis demande à ses hommes de lui attribuer ce vase (en plus de sa part à lui). Cette entorse à la coutume germanique n’est pas du goût de tous. Saint Grégoire de Tours, dans son Histoire des Francs, fait dire à un compagnon d’arme en colère : « Tu n’auras rien ici que ce que le sort t’attribuera vraiment. » Le colérique donne un coup de francisque dans le précieux vase. Clovis récupère ce qui reste. Drôle de païen que ce chef franc à l’écoute des successeurs des apôtres. Cela dit, il n’est pas un ange. Comme la vengeance est un plat qui se mange froid, il fracassera le crâne de son guerrier téméraire lors d’une revue d’armes. Œil pour œil, dent pour dent.

Le creuset de notre monarchie se trouve au fond de ce vase. Un coup de francisque dans un objet liturgique comme un coup de machette dans une noix de coco. Choc du spirituel et du temporel. L’histoire de France avance à reculons, la grâce de Dieu se frayant un chemin patient à l’image de nos grands fleuves. À l’époque de Clovis, il n’est point encore de famille royale. Les Mérovingiens sont en route mais l’ordre dynastique arrivera beaucoup plus tard. Les arbres généalogiques des Carolingiens et des Capétiens ne sont pas encore plantés. Pourtant France a commencé sa croissance. L’histoire politique et l’histoire du salut se mélangent dans le désordre, même si l’eau et l’huile n’ont pas a priori vocation à faire une seule mixture. Saint Grégoire de Tours, auteur d’une Histoire des Francs, souligne l’ambivalence des temps. La politique et la grâce font un carambolage. « Au Milieu des bonnes et des mauvaises actions qui y étaient commises, pendant que les barbares se livraient à leur férocité et les rois à leur fureur ; que l’Église était attaquée par les hérétiques et défendue par les catholiques ; que la foi chrétienne, fervente dans la plupart des cœurs, était, dans quelques autres, tiède et languissante... » Le bon grain et l’ivraie poussent ensemble chez les Francs. Mais le semeur, dans cette histoire chaotique, fut une semeuse. Clotilde.

Extrait de "Nos ancêtres les saints" de Samuel Pruvot, aux éditions du Cerf

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !