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Les moyens de sortir de la crise sont connus mais ignorés des élites.

Parce qu’ils le veulent bien

Pourquoi la dépression économique est en fait le projet politique plus ou moins conscient des élites européennes

Contrairement à une idée reçue, les moyens de sortir de la crise sont connus. Et selon deux économistes, ces moyens présentent des risques que nos sociétés ne sont pas prêtes à prendre. Pour des raisons partisanes selon Le Prix Nobel d'économie Paul Krugman, pour des raisons liées à la structure démographique des pays développés pour l'économiste Steve Waldman.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Deux années séparent les deux chroniques, pourtant identiques dans leurs accusations. D’un côté, l’économiste Steve Randy Waldman, de l’autre Paul Krugman, prix Nobel d’économie. Les titres choisis sont éloquents ; Who Wants a depression ? Qui veut une dépression ? Pour le Prix Nobel, et "Le choix de la dépression" pour Steve Waldman. Pour ces auteurs, le marasme économique qui a frappé les Etats Unis en 2008, et son exceptionnelle durée, ne sont le résultat que de choix politiques.

Steve Waldman le 17 avril 2012 : "Nous sommes en dépression, mais non pas parce que nous ne savons pas comment remédier au problème. Nous sommes en dépression parce qu’il s’agit de notre préférence politique de ne pas y remédier. Nous choisissons de continuer la dépression parce que nous la préférons à ses alternatives".

Paul Krugman le 10 juillet 2014 : "Voilà où nous en sommes : depuis plus de cinq ans, la Fed fait face à de sévères critiques émanant d’une coalition d’économistes, d’experts, de politiques et de magnats de l’industrie financière pour dire qu’elle "dévaluait le dollar" et qu’elle posait les bases d'une inflation galopante. Vous pourriez penser que cet échec permanent à propos des prévisions d’inflation aurait pu, au moins, en pousser certains à se raviser, mais vous auriez tort. Certaines de ces critiques reviennent avec de nouveaux arguments pour que la demande ne soit pas soutenue – à cause de de l’inflation ! Non, maintenant c’est à propos de la stabilité financière ! Mais la plupart ont simplement continué de répéter la même chose."

Paul Krugman entre alors dans une vision partisane, puis, plus directement dans une forme de lutte des classes peu convaincante. Il accuse d’abord "la droite", puis les "riches" :

"Qui sont ces personnes qui ont toujours tort et n’ont jamais de doutes ? Sans exception, je peux dire qu’ils viennent de la droite de l’échiquier politique."

"Mais il y a une relation bien plus directe pour ceux qui défendent les intérêts des riches et qui se plaignent de la politique monétaire : les riches tirent une importante part de leurs revenus des intérêts obligataires, et les taux bas ont considérablement réduits ces revenus"

Le lien entre "droite" et "riches" n’est pas étayé plus que cela. Pour Krugman, la droite défendrait "les riches" contre "le peuple". La critique partisane de Paul Krugman révèle une faiblesse de taille : les politiques monétaires expansionnistes ont été soutenues en premier lieu par l’école monétariste, d’obédience libérale, c’est à dire plutôt de "droite" lorsque l’on considère le théâtre politique américain. Minoritaire à droite peut-être, mais récoltant aujourd’hui les lauriers des résultats sur la croissance et l’emploi aux Etats Unis.

Steve Waldman, bien plus persuasif, attaque plus directement une simple attitude politique :

"Il ne s’agit pas d’une théorie conspirationniste de dessin animé ou le but serait de maximiser la richesse des "possédants". La préférence politique est bien plus d’éviter des pertes aux créditeurs que de maximiser leurs gains. Dans un monde de parfaites certitudes, entre le choix de la croissance et celui de la récession, une politique de croissance serait choisie. Mais dans la vraie vie, la politique est confrontée à l’incertitude. Les politiques susceptibles d’engendrer de la croissance ne sont pas garanties. Elles portent en elles un risque inflationniste de court-moyen terme, peut-être même une inflation significative si les choses ne se déroulent pas comme prévues. La politique préfère l’inaction plutôt que de courir ce risque.

Cette préférence n’est pas difficile à comprendre. Les pays développés sont des démocraties ploutocratiques. "Les gens" ont du pouvoir, mais l’influence est pondérée par la richesse. Dans ces économies, l’influence médiane n’est pas un milliardaire, mais une citoyenne âgée ayant un petit patrimoine lui permettant de couvrir sa consommation future. Elle préférerait être plus riche, bien sûr. Mais elle est satisfaite de son patrimoine actuel et est paniquée par la perspective de s’appauvrir. Pour une telle personne, le statu quo de la dépression est malheureux mais tolérable. Et de l’autre côté, les risques associés à une politique expansionniste sont absolument terrifiants".

Cet article a été publié en avril 2012. Depuis, les risques inflationnistes ne se sont jamais matérialisés aux Etats Unis. Le chômage est revenu au niveau plus acceptable de 6.1%. Le pays a su prendre des risques, les assumer, et parvenir à ce résultat. Malgré cet exemple, l’Europe reste paniquée face à une menace inexistante. Et cette panique peut se traduire notamment par les déclarations de Jens Weidmann, Président de la Bundesbank, qui se faisait le porte-parole des petits épargnants allemands ce dimanche 13 juillet. Et les épargnants allemands semblent terrorisés par les dernières actions de la Banque centrale européenne, et ce alors même que celles-ci sont d’une retenue absolue. En Europe, Le frein anti-croissance est tiré, bien à fond. Et ce n’est qu’un choix. 

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