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Pourquoi l'EI n'a pas encore utilisé de drones dans ses attaques (et pourquoi ce n’est qu’une question de temps)

Les alertes au drone se sont multipliées ces derniers mois. Peuvent-ils représenter une menace importante, ou exagère-t-on leur puissance ? Leur utilisation n’est pas a priori facile, et nécessite donc une formation, un investissement… est-ce à la portée de l’État islamique ? Doit-on le craindre ?

Michel Nesterenko

Michel Nesterenko

Directeur de recherche au Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R).

Spécialiste du cyberterrorisme et de la sécurité aérienne. Après une carrière passée dans plusieurs grandes entreprises du transport aérien, il devient consultant et expert dans le domaine des infrastructures et de la sécurité.

 

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Atlantico : Les survols de zones sensibles par des drones n'ont été pour l'instant que le fait de simples curieux, ou de militants altermondialistes. L'utilisation de drones comme arme par un groupe terroriste est-il envisageable ?

Michel Nesterenko : En théorie rien ne s'oppose à l'utilisation des drones par les terroristes. Cependant les drones ne font pas partie de l'arsenal privilégié par les terroristes aujourd'hui. Il y a peut-être plusieurs raisons à cela. Le drone dématérialise la mort qui se passe de manière invisible et sans sang sur les mains pour l'opérateur. Il n'y a pas de grande gloire pour l'opérateur qui, lui, ne risque pas d'aller au Paradis pour recevoir son lot de vierges. Pas de Gloire sur les champs de bataille.

Quelle peut-être l'efficacité d'un drone ? Sera-t-il plus efficace du point de vue symbolique ?

Le drone est certainement bien moins efficace qu'un camion rempli d'explosifs car la charge d'explosifs portée par le drone est sans commune mesure avec les dizaines de tonnes disponibles sur le camion. La technologie de drones pouvant emporter des tonnes d'explosifs n'est pas à la portée des terroristes dans un futur proche. Le coté symbolique du drone est que tout lieu, même protégé comme un château fort, peut être atteint du moins en un point précis. Donc tout un chacun peut être une cible dans son jardin privé.

Peut-on dire que la guerre contre le terrorisme changera de visage si les terroristes se mettent à utiliser les drones ?

En effet si les terroristes se mettent à utiliser les drones de façon courante cela signifie que la terreur de masse n'est plus leur seul et unique objectif. Les frappes ciblées seront devenues un élément tactique et stratégique de contrôle. La peur ne sera plus leur seul et unique carburant. Pour la défense occidentale cela représentera un éparpillement des menaces et des cibles à protéger. À ce stade seule une implication structurée de la défense civile au sein de la population se révélera efficace.

Notre système de défense est-il adapté à cette menace, tant du point  de vue technologique que de celui de ces effectifs ?

Aujourd'hui compte tenu de la petite taille des drones disponible dans les grands magasins l'arme de défense la plus efficace reste le fusil de chasse avec des cartouches de chevrotines disponibles chez les armuriers. Les Forces de l'ordre y compris. Les Forces armées mettent au point des armes de technologie plus sophistiquée comme les Lasers ou des systèmes de brouillage ou de prise de contrôle à distance. Un bémol est qu'il n'y aura jamais suffisamment de systèmes de défense de haute technologie, ni d'opérateurs formés pour les mettre en œuvre, afin de défendre les milliers de cibles de haute valeur. De plus nous courons le risque que l'arme de défense devienne plus dangereuse que le drone lui-même. En particulier les systèmes de brouillage pourraient dans certain cas produire l'écrasement d'un avion de ligne qu'ils sont censés protéger.

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