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Pourquoi François Hollande a autant intérêt à garder Emmanuel Macron au gouvernement que le ministre de l’Economie a de raisons d’y rester (jusqu’à ce que Manuel Valls mette son grain de sel…?)

Entre l'envie de se porter candidat pour 2017 et la réalité de sa situation au sein du gouvernement, tout en bénéficiant à la fois de la protection et de la méfiance du président, le ministre de l'Economie, Emmanuel Macron, semble dans une position délicate qui pourrait néanmoins lui être profitable (jusqu'à un certain point).

Jean-François Kahn

Jean-François Kahn

Jean-François Kahn est un journaliste et essayiste.

Il a été le créateur et directeur de l'hebdomadaire Marianne.

Il a apporté son soutien à François Bayrou pour la présidentielle de 2007 et 2012.

Il est l'auteur de La catastrophe du 6 mai 2012.

 

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Atlantico : Si Emmanuel Macron semble faire de plus en plus figure d'électron libre, il appraît que François Hollande n'a pas intérêt à voir son ministre de l'Economie sortir du gouvernement. Pourquoi résiste-t-il aux appels des membres de son parti qui ne semble plus supporter le "jeune ministre prometteur" ?

Jean-François Kahn : C'est vrai que la situation est, d'une certaine manière, assez baroque puisqu'il s'agit du seul exemple depuis Nicolas Sarkozy, où, à ma connaissance, un ministre d'un gouvernement en place lance depuis l'intérieur de ce gouvernement un mouvement dirigé contre le Premier ministre. Le seul précédent était celui de Nicolas Sarkozy qui avait lancé une action contre le Premier ministre de l'époque, Dominique de Villepin en vue d'avoir sa peau. Nous assistons au deuxième exemple en la matière, et cela reste, malgré tout, exceptionnel. Giscard s'était retourné contre Pompidou, Chirac contre Giscard, mais les deux étaient alors sortis du gouvernement. Ils considéraient que, n'étant pas d'accord avec la politique gouvernementale, ils ne pouvaient pas rester en son sein.

La situation est donc tout à fait baroque, d'autant plus si l'on se rappelle que l'ancien ministre de l'Economie, Arnaud Montebourg, avait pris la porte du gouvernement Valls I pour moins que cela -  un discours annuel à la Fête de la Rose de Frangy, chez lui.  Pourtant, il ne menaçait pas de se présenter aux élections, de déstabiliser le pouvoir, ou de lancer un mouvement. Emmanuel Macron, pour beaucoup plus que cela, reste indemne au gouvernement.

Etant donné l'importance des questions économiques pour les Français et pour le pouvoir, il est assez croquignolet que le ministre de l'Economie dépense autant d'énergie pour créer un nouveau parti ou mouvement, énergie qu'il ne dépense pas pour s'occuper de l'économie.

A mon avis, Manuel Valls doit penser que son Président a fabriqué ce monstre de Frankenstein pour le tourner contre lui, et ce même si sa création semble se retourner aussi contre son maître aujourd'hui. Nul ne veut d'un adversaire de plus à gauche. Si le Président ne l'exclut pas, c'est qu'il ne peut pas. Imaginez le tableau : après avoir viré Montebourg, Hamon, Filippetti, Taubira (qui s'est en allé, mais c'est la même chose), il virerait désormais Macron… On dira qu'il a viré tout le monde ! Et qu'il suffit d'avoir un peu de talent, de pensée, d'avoir un peu d'originalité et d'idées, en bref, de ne pas être totalement transparent, pour être viré de ce gouvernement ! Et qu'il ne reste plus que les transparents au gouvernement.

J'insiste sur le fait qu'il s'agit là d'une situation baroque, mais à moins qu'Emmanuel Macron franchisse le Rubicon, François Hollande est obligé de le garder.

Pour Emmanuel Macron, sortir du gouvernement semble être peu utile. Peut-il risquer de devenir le Jean-Luc Mélenchon du centre dès aujourd'hui ?

On est dans une situation bizarre. Dans le cas de Sarkozy, il y avait une logique : Chirac ne se représentant pas, il voulait prendre le parti. Là, ce n'est pas le cas du tout. Car à partir du moment où il y a un risque que le président se représente et qu'aucune reprise du parti n'est envisageable, créer un mouvement tout en restant fidèle au gouvernement semble un pari perdant. Cette contradiction est complexe : il a peut-être autant de risques à le quitter, mais ce n'est pas évident, surtout s'il souhaite se "mettre en orbite" en prévision de la présidentielle. Si son but est autre, il faudra qu'il nous éclaire sur la raison de lancer un mouvement si tôt, sans en tirer les bénéfices…

Comment Manuel Valls réagit-il face au maintien nécessaire de ce ministre rebelle qui se positionne déjà comme un concurrent à long terme ?

Il réagit très mal, tant l'opération semble en grande partie dirigée contre lui. Le calcul de Manuel Valls était très clair : soit attendre encore cinq ans en étant fidèle à François Hollande, soit de prendre le relais si François Hollande ne se présente pas en tant que remplaçant. L'opération Macron est venue chambouler tous ses plans. Le Premier ministre a perdu sa place de représentant de la gauche moderne, libérale, ouverte et dynamique : il a en face de lui quelqu'un qui va plus loin et qui, de plus, est plus jeune. Il est donc très mécontent, et comme il soupçonne Hollande d'être derrière tout cela, il en veut certainement aussi au président. Il doit d'ailleurs faire pression pour qu'on fasse taire Emmanuel Macron ou qu'on le vire carrément. Mais ce n'est pas facile de faire taire Macron, qui n'a aucune raison de s'arrêter, car cela serait ridicule de stopper la dynamique après avoir créé un mouvement. Lui est aussi prisonnier de sa propre dynamique.

Au fond, à quoi va mener cet imbroglio ? Macron peut-il démêler les fils dans lesquels son succès l'a empêtré ?

L'affaire Macron est significative de quelque chose de fondamental : aujourd'hui, il y a une opposition très forte, très puissante, vis-à-vis de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Au-delà du rejet, il y a l'opposition à ce qu'ils reviennent. On veut tourner la page pour ne pas revivre éternellement ce remake, revenir cinq ans en arrière. Pourquoi ne pas faire revenir Chirac ou ressusciter Mitterrand tant qu'on y est ! Devoir choisir entre ces deux-là, c'est un cauchemar pour les gens. Le scénario de leur retour signifie un Front national à 30%, beaucoup d'abstention, et en plus, probablement, l'élection d'un des deux. Or, aussi bien l'un ou l'autre, le résultat serait catastrophique. On aurait élu une personne dont nul ne veut. Les gens leur en voudront et leur feront payer pendant cinq ans. De ce fait, n'importe qui surgissant aujourd'hui, qui apparait comme une alternative possible, semble avoir ses chances. C'est un cas d'école extraordinaire ! Macron, Hulot, et même Mélenchon reviennent : et même le vieux Juppé avec son programme sans grande originalité semble convenir.

Macron, cependant, souffre d'un problème de taille : les gens qui le soutiennent se situent à droite. Donc au fond, il devrait se présenter à la place du "ni gauche,ni droite" à la manière de Bayrou. Cela marcherait peut-être. Mais il ne le fera pas, car ce serait un coup bas porté à l'homme qui l'a fabriqué. L'autre logique serait de se présenter aux primaires de la droite. Mais il ne le fera, pas plus qu'à gauche où il ne serait pas élu. Il est de fait dans une situation compliquée. 

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