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Pourquoi El Nino explique que 2017 ne battra pas les records de chaleur

L'année 2017, si elle est restée très chaude, n'a pas battu des records de chaleur comme les années précédentes. La faute au phénomène El Nino...

Frédéric  Decker

Frédéric Decker

Météorologue - Climatologue à MeteoNews et Lameteo.org

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Alors que l'année 2016 avait été marquée par des records de température, notamment en raison du phénomène El Nino, l'année 2017 semble suivre le même chemin et ce, sans El Nino. Comment expliquer cette situation ?  

Frédéric Decker : Oui et non. Plutôt non d’ailleurs. En 2016, tous les mois de janvier à août ont battu leurs records de chaleur, datant pour la plupart de l’année précédente ! En cette année 2017, aucun record n’est tombé entre janvier en juillet, même si chaque mois se situe en deuxième ou troisième position des mois le plus chauds. La baisse relative de la température moyenne mondiale a été assez rapide après l’arrêt d’El Nino en août 2016, avec notamment des mois d’octobre, novembre et décembre assez loin des records de l’année précédente (0,23 à 0,33 degré en-dessous), tendance qui s’est d’ailleurs poursuivie cette année jusqu’en avril. Ensuite, la chaleur est « revenue », avec le troisième mois de mai le plus chaud, même position pour juin et même le deuxième mois de juillet le plus chaud.

Après une période dite « neutre » et même une brève « la Nina » entre août et décembre 2016, le Pacifique équatorial au large de l’Amérique du Sud s’est à nouveau réchauffé rapidement entre février et avril-mai 2017, jusqu’à +0,4°C d’anomalie (on parle d’El Nino au-delà de +0,5°C). A tel point que certains climatologues de la NOAA s’attendaient à un nouveau El Nino dès cette année, ce qui aurait été extrêmement surprenant et même exceptionnel. Cela n’est toutefois pas le cas. Le réchauffement des eaux du Pacifique équatorial s’est finalement tassé, et nous sommes restés en phase neutre. Toutefois, ce bref réchauffement a eu pour conséquence, comme à chaque fois, de rebooster le thermomètre à l’échelon mondial. Sans pour autant atteindre les records de 2016.

L'année 2017 est-elle dès lors déjà une année exceptionnelle ? Quels sont les signes inhabituels, ou imprévus, qui ont déjà marqué cette année ?  

Moins exceptionnelle que 2016, c’est d’ores et déjà une certitude, et même moins que 2015. L’arrêt de la hausse des températures depuis quasiment un an en est une preuve évidente. 2017 ne battra pas 2016. Ce qui est plutôt rassurant. Il faut d’ailleurs rappeler qu’avant ce réchauffement assez net entre la fin de l’année 2014 et les huit premiers mois de l’année 2016, dû principalement à un El Nino costaud, aussi fort qu’en 1997-98, le réchauffement moderne s’est considérablement ralenti entre 1998 et 2013, soit une quinzaine d’années quasiment sans réchauffement (à peine +0,13°C de hausse, soit moins de 0,01°C par an). Ce phénomène de « plateau » a pris fin lors du fort épisode El Nino, mais rien ne contredit le fait que nous retrouvions cette tendance à la stabilisation d’ici quelques mois, la tendance depuis près d’un an étant à une très légère baisse, ce qui est logique en phase neutre comme aujourd’hui. Mais ne tirons pas de conclusions hâtives. Le climat est plein de surprises, contredisant régulièrement les projections des modèles ! Les signes inhabituels et même imprévus cette année sont cette « presque reprise » d’El Nino entre mars et mai. La tendance neutre s’est finalement maintenue et devrait persister au moins jusqu’à l’hiver prochain. Il n’y a plus de signe de reprise d’El Nino, ni de la Nina d’ailleurs, phénomène inverse (anomalie froide du Pacifique équatorial).  

Concernant El Nino, dans quelle mesure un tel phénomène peut il participer à la hausse des températures ? A quelle fréquence El Nino se répète t il ?  

El Nino a des impacts mondiaux, réchauffant l’atmosphère global et perturbant la distribution des précipitations dans de très nombreuses régions du globe. La température mondiale grimpe de 0,2 à 0,5°C lors des éléments El Nino. Ce fut le cas en 1982-83, 1997-98 et 2015-16. Cela parait peu, mais sur une période aussi courte, cela représente un certain bouleversement. Pas aussi violent qu’une chute du thermomètre global du à une éruption volcanique explosive majeure comme en 1815 (Tambora) ou 1883 (Krakatoa), ou encore à la fin du 18e siècle (Laki en Islande), mais tout de même. Les effets sont observables et mesurables à chaque El Nino, à peu près dans le même ordre de grandeur. En moyenne, El Nino revient tous les 5 à 7 ans, mais cette moyenne cache des irrégularités, qui existent depuis toujours, et des réchauffements du Pacifique plus ou moins importants. Avant 2015-16, il fallait remonter à 2009-10 pour retrouver sa présence, et avant cela un « petit El Nino » en 2004-2005. 

 

 

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