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Combat impitoyable

Pourquoi Anne Hidalgo ne gagnera jamais sa guerre contre les pauvres qui persistent à entrer au volant (ou au guidon) dans Paris

Non contente d'appartenir à la caste des gens de gauche "qui ont du bol" comme disait Alain Souchon, Anne Hidalgo s'attaque désormais de front à ceux qui n'en ont pas.

Christian Combaz

Christian Combaz

Christian Combaz, romancier, longtemps éditorialiste au Figaro, présente un billet vidéo quotidien sur TVLibertés sous le titre "La France de Campagnol" en écho à la publication en 2012 de Gens de campagnol (Flammarion)Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Eloge de l'âge (4 éditions). En avril 2017 au moment de signer le service de presse de son dernier livre "Portrait de Marianne avec un poignard dans le dos", son éditeur lui rend les droits, lui laisse l'à-valoir, et le livre se retrouve meilleure vente pendant trois semaines sur Amazon en édition numérique. Il reparaît en version papier, augmentée de plusieurs chapitres, en juin aux Editions Le Retour aux Sources.

Retrouvez les écrits de Christian Combaz sur son site: http://christiancombaz.com

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C'est un petit monsieur de soixante ans, sanglé dans un imper trop court, avec un casque intégral orange, tout râpé, sans visière. Il circule sur un vieux scooter Vespa de 1990. On le voit parfois rôder sur les places où il y a un vide-grenier. De temps à autre, on voit son scooter arrêté dans le 14ème devant un dépôt-vente. Il jette un coup d'oeil sur les poubelles le mercredi, jour des encombrants. On soupçonne qu'il revend ce qu'il trouve, un petit tableau, un grille-pain chromé, et on le voit aux feux-rouges qui serre son butin de la journée entre ses genoux sur le plancher de sa Vespa.

C'est le genre de monsieur à qui on n'ose pas adresser la parole mais qu'on aimerait suivre, comme ça, juste pour voir où il habite. En tout cas on devine qu'il a du mal. Quant à savoir où il habite, la réponse est facile à imaginer, la plupart du temps ce genre de personnage habite à vingt kilomètres de Paris dans un taudis au dessus d'une enseigne Stella-Artois, dans le vacarme nocturne, les menaces quotidiennes des dealers, les glapissements de la folle du quatrième. Il ne vote pas à gauche. C'est bizarre. On se demande pourquoi. Ce doit être parce qu'il n'a pas Canal Plus. Il n'a pas de retraite non plus. Ou pas assez. Ou alors, il attend l'âge légal de la prendre, avec l'aide du RSA. Il vit dans la terreur de tomber malade. Le scooter, on le lui a donné il y a deux ans. Il lui coûte dix euros par semaine en essence.

Rien à voir donc, avec Anne Hidalgo, qui se fait prêter des robes pour le festival de Cannes, qui a vendu son âme il y a dix ans à l'industrie du luxe à Paris, qui a entériné le jumelage de toutes les opérations culturelles de la ville avec LVMH au mépris de toute morale administrative, qui jongle avec des millions qu'elle n'a pas encore gagnés, qui monte des opérations avec Sydney et Tel Aviv et qui désormais prétend interdire l'entrée de Paris au petit monsieur au scooter, avec son casque orange, sous prétexte qu'il pollue trop et que le RER, qui coûte le double de son deux-roues, le met seulement à un kilomètre et demi de son taudis Stella-Artois.

Madame Hidalgo se trompe si elle pense qu'elle va gagner cette partie-là. Les pauvres vont renverser la table et tous les jetons de ce blackjack truqué. D'abord à supposer que son arrêté ait le moindre avenir, elle sera dépassée par le nombre des contrevenants. La police en état d'urgence a mieux à faire que de faire payer 35 euros à un type qui en gagne 440. C'est l'occasion de souligner qu'en France la loi n'est plus faite par le peuple mais contre lui. Le peuple, surtout en période de crise, de défiance, de Brexit, de Frexit, finit par submerger les nantis. Les pauvres gens vont donc gagner par simple submersion. 

Non seulement je les y invite, mais je précise qu'à 62 ans et malgré une médaille d'officier des arts et lettres que j'ai failli envoyer à la figure de Fleur Pellerin lors de l'affaire Modiano, j'en fais partie. Mes revenus d'écrivain dissident m'interdisent de m'acheter un véhicule récent. Je circule avec une Honda de 1994. Je vis dans la banlieue Sud où je prends soin d'un vieux monsieur, j'entends plus  vieux que moi. Je me rends à Paris presque quotidiennement, parfois matin et soir, et j'entends continuer. Si je ne craignais pas de lâcher le guidon je ferais même un bras d'honneur en franchissant la porte d'Orléans.

Ensuite cette façon de décréter que les véhicules de plus de quinze ans polluent plus que ceux de quatorze est absurde. On devine que cette mesure l'est, aussi, juridiquement. A la rigueur, si on pratique des tests sur chaque véhicule, marque et type, on pourrait isoler les moutons noirs, ce qui serait conforme à la justice et proportionnel au but recherché. Mais il faut rappeler que le scooter du petit monsieur pollue, de toute façon, dix fois moins qu'une grosse cylindrée récente. 

Et là, on aimerait que la presse fasse son travail qui est de rappeler qu'une seule année des voyages ministériels de Ségolène Royal, ministre de l'écologie, coûte 300 fois, en CO2, ce que coûte annuellement le monsieur au casque orange, sur son scooter, avec son tableau entre les genoux.

C'est tout ?

Pourquoi ? Vous trouvez que comme argument, ce n'est pas assez pour obtenir que ces gens-là consentent à comprendre qu'un jour le peuple, le vrai, celui qui n'a pas encore parlé, finira par repérer les voitures des profiteurs à leur pastille verte et se vengera contre elles ?

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