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Article 24

Police, manifestants et libertés publiques : les images de violence servent-elles la Vérité... ou de munitions aux combattants de nos guerres idéologiques ?

La question des violences au sein de la police a été au coeur de nombreux débats ces derniers jours, suite à la diffusion des images de l'interpellation d'un producteur de musique. Jean-Pierre Marongiu revient sur l’article 24 de la proposition de loi nº 3452 relative à la sécurité globale.

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du thinktank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux.Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout ! Aujourd'hui conférencier et analyste societal, il met son expérience géopolitique au service d'une approche libérale-souverainiste de la démocratie.

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Toutes les images mentent.

Une image, c’est un regard orienté, le point focal d’une scène qui a pour but d’attirer l’attention d’un auditoire. C’est un entonnoir, des œillères que l’on pose sur l’opinion publique… parfois à but informatif, éducatif ou artistique.

De même que les philosophes grecs considéraient la littérature comme de la pensée morte, parce qu’on ne met pas en contradiction le message de l’auteur, une photo ou une vidéo est un détail que ses auteurs ont choisi de nous montrer. Il n’y a pas de débat et on ne peut lever la tête pour embrasser le paysage complet d’où est extirpé ce détail, cette minuscule pièce du puzzle.

Aussi puissantes et chargées d’émotion que soient ces fractions instantanées de réalité, il en existe d’autres tout aussi, limitées et orientées, qui racontent d’autres histoires.

Ne pas filmer, ne pas enregistrer ou ne pas photographier n’est pas acceptable en démocratie et moins encore quand il s’agit des forces de l’ordre. Les victimes doivent être protégées par une justice qui ne peut plus prétendre être aveugle. Pire, comment une Justice abreuvée d’images orientées pourrait-elle conserver une once d'impartialité ?

Les composantes du système judiciaire, juges, jurés, avocats sont martelées au quotidien d’images et de slogans, la distance et la sérénité ne président plus aux jugements.

Les violences, toutes les violences, par le bout de la même lorgnette.

L’Article 24 de la proposition de loi nº 3452 relative à la sécurité globale fait débat, plus que cela, il donne lieu à des débordements de violence plus ou moins orchestrés. Cet article 24 qui fait l’objet d’une levée de boucliers de la part de la gauche et de l’extrême gauche recommande de pénaliser la diffusion malveillante d’images des forces de l’ordre.

Il s’agit d’une disposition décidée par le ministre de l’Intérieur afin de protéger l’intimité des fonctionnaires de police, régulièrement l’objet de menaces sur les réseaux sociaux. Et parfois d’agressions allant jusqu’au meurtre.

La décapitation de Samuel Paty a montré comment une cible pouvait être illuminée et désignée à des fanatiques par des manipulateurs demeurant dans l’ombre sur les réseaux sociaux. Il ne semble pourtant pas anormal que cette disposition s’appliquant déjà à tout citoyen s’appliquât également à un fonctionnaire dans l’exercice de sa fonction.

  Pour rappel, il existe l’article 226-1 du Code pénal qui punit d'un an d'emprisonnement et de 45.000 euros d'amende le fait de photographier ou de filmer sans son consentement une personne ou de transmettre l'image ou la vidéo (même sans diffusion) sans l’accord de la personne concernée.

Cette loi existait déjà ! Pourquoi l’exécutif gouvernemental a-t-il voulu légiférer en surabondance ?

L’article 24, dont le gouvernement va probablement renoncer ou nommer un xième comité Théodule pour en débattre, était pourtant un assouplissement de l’article 226-1. Lequel interdit de filmer quiconque sans son autorisation, l’article 24 se limite désormais à l’image du visage ou de tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire des forces de l’ordre lorsqu’il agit dans le cadre d’une opération de police.

Par ailleurs, la liberté de la presse est également régie par un arsenal législatif, qui protège les journalistes et la liberté d’expression depuis 1881 sans que cela posât apparemment d’émotion excessive jusqu’à cette proposition de loi.

Pourquoi alors, des gens sont-ils descendus dans la rue pour manifester à l’occasion de cette nouvelle gesticulation gouvernementale inutile ?

Il devient évident que le vent de la déstructuration sociétale de l’Occident judéo-chrétien profite du moindre courant d’air pour se renforcer. La lutte idéologique fait rage et use d’un agenda médiatique animée par deux facteurs d’égale importance : la profusion d’information et la faiblesse du pouvoir politique envers les médias.

Puisque la guerre sociétale est actée, les deux belligérants, les progressistes mondialistes d’une part et les conservateurs souverainistes de l’autre vont sélectionner dans l’actualité quotidienne les informations qui confortent leurs visions du monde et vont en faire l’Actualité médiatique. Laquelle, comme l’histoire officielle, celle avec un H majuscule, celle des vainqueurs, n’est jamais qu’une des multiples histoires possibles.

Je suis Samuel est devenu en quelques jours Je suis Zecler. L’alibi du terrorisme et du racisme ne servant finalement que de médiums à chacun des camps idéologiques pour s’adresser l’opinion publique.

Parce que c’est bien cela l’enjeu : rallier à soi l’opinion publique.

Quitte à mentir par omission, à n’aborder qu’une partie de la réalité, à choisir les images efficaces dans la multitude. On tourne…on coupe…et à l’occasion, on s’arrange au montage.

Oui, les images mentent parce qu’elles sont partisanes. Qu’elles semblent lointaines les images que l’on remettait en récompense aux bons élèves. Des images sages, lisses, bienveillantes, des images d’Épinal.

Mise en scène médiatique, violence disproportionnée et traitement disproportionné de l’information.

De même concernant ce qui demeurera dans la mémoire collective, la crise du Covid, il convient de s’intéresser aux conflits d’intérêts personnels. Les partisans et les initiateurs du confinement et des mesures de distanciations obligatoires s’avèrent être rémunérés d’une manière ou de l’autre par des laboratoires pharmaceutiques. La majorité des médias sont eux d’influence globaliste, il suffit de consulter leurs actionnaires. Les progressistes mondialistes remportent largement la guerre des images, parce qu'ils sont plus largement diffusés et commentés. Il s’agit donc de l’idéologie médiatiquement dominante.

Cela ne veut nécessairement pas signifier que les violences envers les migrants sur la place de la République ou le passage à tabac d’un producteur de musique soient justifiés. Mais il est évident que cela occulte la réalité de l’immigration et des errances de la justice.

Nous vivons dans une société d’immédiateté, dans une société de l’image instantanée. L’émotion du jour est volatile et immédiatement remplacée par une autre émotion, par une autre image.

Qui se souvient de cette photographie d’un enfant décharné au Soudan guetté par un vautour attendant qu’il cesse de respirer pour le dévorer ? Celle du visage tuméfié de Michel Zecler est en revanche gravée dans notre mémoire immédiate pour quelques jours, au point d’en oublier le même individu sans aucune ecchymose deux jours plus tard chez Cyril Hanouna.

Les images mentent…parce qu’elles ne racontent qu’un chapitre de l’histoire.

Il n’existe qu’une seule façon pour l’opinion publique et pour la justice de se rapprocher de la vérité. Que toutes les images soient diffusées, celles des journalistes présents sur un évènement, et celles des caméras autoportées des forces de l’ordre. Si les visages des policiers doivent être filmés, que ceux des casseurs le soient aussi. Si une arrestation doit être filmée alors, que la totalité des images soit mise à la disposition de la justice.

Les opérations policières doivent être filmées au moyen de caméras autoportées, de même que les procès en assises doivent être enregistrés, il ne s’agit pas de mesures liberticides, mais au contraire d’un élargissement des libertés au bénéfice des victimes et de la Justice.

Enfin, puisque le temps de paroles des politiques est mesuré, les images à charge et à décharge doivent l’être également. Alors seulement, la vérité pourra gagner du terrain et la confiance sera restaurée.

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