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Point de non-retour climatique : allons-nous vers un effondrement global ou vers un gigantesque jeu de gagnants perdants à l’échelle de la planète ?
©Reuters

Urgence

Point de non-retour climatique : allons-nous vers un effondrement global ou vers un gigantesque jeu de gagnants perdants à l’échelle de la planète ?

Selon un rapport publié dans Nature, le changement climatique représenterait dorénavant "une menace existentielle pour la civilisation". Allons-nous vraiment vers un effondrement civilisationnel et économique ? Les auteurs de l'étude cèdent-ils à une forme de catastrophisme ?

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel

Sylvie Brunel est géographe, économiste et écrivain.

Elle a travaillé pour Médecins sans Frontières (MSF) et présidé Action Contre la Faim (ACF).

Elle est actuellement professeur de géographie à Sorbonne-Université

Elle est notamment l'auteur de Géographie amoureuse du Monde (Lattès, 2013),  Plaidoyer pour nos agriculteurs (Buchet-Castel, 2017). Dernier livre publié "Toutes ces idées qui nous gâchent la vie" (Lattès, 2019).

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Atlantico.fr : Un rapport vient d'être publié dans la revue Nature. Selon ce rapport, les points de bascule climatiques (phénomènes qui, lorsqu'ils sont engagés, rendent les conséquences du réchauffement climatique inévitables et irréversibles) identifiés par la même équipe il y a 10 ans sont tous activés. Selon eux, le changement climatique représente désormais "une menace existentielle pour la civilisation". 

Allons-nous vraiment vers un effondrement civilisationnel et économique ou plutôt vers une réorganisation géopolitique, économie et sociale, avec une phase où certains gagneront et d'autres perdront ? 

Sylvie Brunel : Que le changement climatique soit une réalité est indéniable. En revanche, que nous allions vers un point de basculement qui remette en question notre civilisation ne veut strictement rien dire : de tous temps, l’humanité a dû affronter des défis autrement plus graves, éruptions volcaniques aux conséquences planétaires, épidémies de peste noire, âges glaciaires… Le fait que l’humanité soit engagée dans un processus de développement global  ce qui veut dire que les classes moyennes s’accroissent chaque année de 200 millions de personnes, signifie que non seulement de plus en plus de pays se préoccupent des conséquences écologiques de leurs croissance économique, mais qu’ils disposent désormais des moyens d’agir. Par exemple contre la montée des eaux ou la multiplication des épisodes climatiques violents. De toute façon, le dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère va y rester un siècle, donc même si nous nous engageons vers une société décarbonée, il faut miser de façon volontariste sur les capacités d’adaptation des territoires, car les défis à relever sont immédiats. Les solutions résident sur une coopération internationale renforcée et une gestion intelligente des ressources, qui ne sont pas un gâteau à partager en des parts de plus en plus petites mais un flux continu d’intelligence et d’innovation. La terre n’est pas en danger : elle n’a jamais été aussi verte ! 

En mettant l'accent sur la "menace existentielle" que représenterait le réchauffement climatique, les auteurs de l'étude ne cèdent-ils pas à une forme de catastrophisme ? Est-ce que cette attitude est souhaitable ? 

Le catastrophisme est considéré aujourd’hui comme très rentable par les institutions internationales, les ONG environnementales, et même les politiques, pour culpabiliser, obtenir des financements et contraindre. Nous assistons à une surenchère de cris d’alerte tous plus alarmants les uns que les autres. Jouer les Cassandre peut être considéré comme utile pour susciter l’adoption de politiques volontaristes, mais cela peut aussi avoir un effet démobilisateur sur les citoyens : à quoi bon agir puisque tout est foutu ?

En réalité la menace climatique sert de prétexte pour justifier la fiscalité écologique la plus lourde, les contraintes les plus difficiles, notamment pour le secteur productif, à qui on charge chaque jour davantage la barque en termes de normes et de taxes, la mise sous cloche de territoires toujours plus étendus contre ceux qui y vivent et les aménagent. Et même l’adoption de politiques autoritaires, l’idée sous-jacente étant qu’il faut sauver l’humanité malgré elle. Le résultat, c’est la révolte des classes moyennes, partout dans le monde, face à ce qu’elles perçoivent comme un déclassement et une régression, sur fond de morosité ambiante. Alors non, cette façon de procéder ne me paraît pas constructive ! 

Dans la mesure où notre système politique, économique et social est difficilement modifiable à très court terme, sans conséquences néfastes, ne faudrait-il pas plutôt tenter de prévoir le sens des réorganisations de pouvoir et de richesses à venir pour mieux en amortir les effets ? 

Il est évident que pour pouvoir protéger, il faut être en mesure de pouvoir produire des richesses et avoir la volonté de mener des politiques de redistribution. Produire pour répartir, répartit pour protéger. Quand on est pauvre et oublié, on ne vit pas en harmonie avec la nature, c’est une violence de chaque instant, pour trouver sa nourriture, résister aux maladies, sortir de la précarité... Il ne faut pas en arriver à un monde profondément clivé, où les uns se verraient assigner des territoires dégradés et périphériques, pendant que d’autres seraient retranchés dans des enclaves privilégiées, où on peut se passer de voiture et manger bio, tout en donnant des leçons au reste du monde. Ce type d’attitude n’engendre que la violence et témoigne en réalité d’un profond mépris pour l’humanité, considérée comme excédentaire, proliférante et nuisible. N’oublions jamais que ce n’est pas la nature qui est fragile, c’est l’être humain sur la terre. La nature s’en sort toujours. La planète se fiche bien de l’humanité. 

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