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Plus loin que la règle des 10 000 heures : le même expert révèle comment apprendre à votre enfant à devenir excellent dans n’importe quelle sport ou discipline (attention, estomacs fragiles s’abstenir)
©AFP

Inné ou acquis

Plus loin que la règle des 10 000 heures : le même expert révèle comment apprendre à votre enfant à devenir excellent dans n’importe quelle sport ou discipline (attention, estomacs fragiles s’abstenir)

La méthode d'Anders Ericsson, dite des "10.000 heures", est moins caricaturale qu’on ne le prétend... A condition d'enseigner à son enfant le goût du travail, ce qui veut aussi dire choisir un sujet pour laquelle il a de appétence. Car on ne devient pas un génie en traînant des pieds.

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Monique de Kermadec

Psychologue clinicienne et psychanaliste, spécialiste de la précocité et la réussite chez l'enfant et l'adulte. Elle est l'auteur de Le petit surdoué de six mois à six ans et de Pour que mon enfant réussisse parus chez Albin Michel.

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Atlantico : Anders Ericsson, psychologue, connu pour avoir popularisé la théorie dite des "10.000 heures" nécessaire à tout apprenti pour devenir "génial" dans son domaine - que ce soit en sport, en art ou en science - affirme que sa théorie a souvent été mal comprise, et que l'entrainement nécessaire n'était pas une simple donnée quantitative mais qualitative. Pour faire d'un enfant un génie, il faut lui donner le goût de l'effort, de la progression lente, de la remise en question proactive de son travail ; et aussi de préférence commencer cet apprentissage très jeune. Quelle est la valeur de cette idée selon laquelle, à force de travail, on peut arriver à tout ? Peut-on fabriquer un génie ?

Monique de Kermadec : Question soulevée depuis longtemps. Le génie est-il inné ou acquis? La réponse est rendue d’autant plus difficile que l’on n’entend pas toujours la même chose lorsque l’on parle de génie. Fait-on allusion à Einstein? Léonard de Vinci? Ou plus simplement à une personne qui réussit brillamment dans son domaine mais qui n’a quand même pas cette dimension unique que pouvaient avoir de Vinci ou Einstein ? Car on peut aussi se dire que cette personne que nous décririons comme exceptionnelle, nous ne serions pas tous d’accord pour la décrire comme génie. 

Récemment, la part du travail et de l’entrainement dans la réussite hors norme est devenue populaire. Le rôle du talent et de l’intelligence est un peu passé à l’arrière plan. On souligne de plus le rôle joué par la personnalité (ouvert à l’expérience, introverti, ambitieux..).

A mon avis, ce que montre la théorie d’Anders Ericsson, c’est que devenir un « génie » demande un mélange de travail acharné et de talent malgré tout. Quelqu'un pas vraiment à l’aise avec un sujet qui ferait les 10.000 heures en respectant tous les préceptes du psychologue ne sera pas un génie : il sera certainement bon, voire très bon, mais pas un génie. Il manquera cette dimension supplémentaire, liée au talent. On est dans la combinaison des deux. Et c’est d’ailleurs un constat que fait Ericsson lui-même, qu’il exprime clairement dans son livre : tout le monde ne peut pas devenir Usain Bolt, car à un moment la constitution physique de départ va jouer. Et tout le monde ne peut pas devenir Einstein, parce qu’il faut avoir son génie initial des mathématiques pour arriver à son niveau. Le domaine dans lequel on peut être excellent n’est pas nécessairement celui auquel on pense. 

Car au fond, on peut faire 10.000 heures de travail et même plus et ne jamais apporter quelque chose de nouveau, tant il y a dans le génie la question d’un apport de quelque chose de parfaitement nouveau. Un très bon technicien est une personne d’un autre ordre. 

La théorie de Ericssen est particulièrement critiquée parce qu'elle considère trop souvent que la fabrique d'un génie passe par la mise en place d'un environnement favorable, et exclut un peu vite les différences innées qui font qu'untel aura du mal à devenir Einstein ou tel autre Usain Bolt. Le rôle du talent et de l'intelligence dans la réussite sont-ils beaucoup moins secondaires qu'on ne le présente ? N'y a-t-il pas une présentation quelque peu stakhanoviste du génie, qui, selon le modèle culturel américain "a voulu et donc a pu" ?

Il est certain que d’être discipliné, d’avoir le goût d’apprendre, de s’entraîner, et de se passionner permet d’atteindre un niveau d’expertise. Mais si le talent n’est pas suffisant, la pratique seule ne l’est pas non plus. 

Tout le monde n’est pas d’accord avec cette théorie. Des chercheurs de l’Université de Vanderbilt ont suivi les réussites de plus de 2000 personnes ayant fait partie d’une étude sur le talent de jeunes très surdoués (145 et plus de QI, soit 1 personne sur1000). Ils ont découvert que ceux-ci avaient eu 3 à 5 fois plus de chances d’obtenir un doctorat, d’inventer, de publier que ceux qui avaient un QI de 120 (9%). Au fond, ce que cela peut montrer, c’est qu’un génie est toujours passionné, il n’est pas un laborieux. Vous avez pu l’expérimenter vous-même : quand vous appréciez quelque chose, vous ne comptez pas vos heures. 

Toute cette réflexion est typique de la philosophie de notre siècle, cette admiration du « willpower », où il suffit de vouloir pour pouvoir. Or, malheureusement, il est certaines choses que nous voulons faire, mais que nous ne pouvons. 

Pourquoi vouloir devenir un génie ? Vouloir que ses enfants deviennent des génies?

La question mérite d’être posée : quelle promesse de satisfaction se cache derrière ce désir? Pourquoi ne pas mettre toutes les chances de son côté, sinon pour devenir un génie avoir le plaisir de donner le meilleur de soi?

-En choisissant un domaine dans lequel on a un certain talent

-Un domaine pour lequel on peut se passionner,

-Un domaine pour lequel on n’économisera pas son temps, son énergie, et pour lequel on saura être persévérant. 

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