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Crédits Photo: cratzy/Flickr

Un génocide peut en cacher un autre

Plus de cent ans après les faits, Berlin va s'excuser officiellement pour "son autre génocide"

Lors de la campagne coloniale allemande menée en Afrique de la fin du XIXème au début du XXème siècle, le général Lothar von Trotha a mené un plan d'extermination à l'encontre de deux tribus locales de Namibie, les Héréros et les Namas.

Nous somme sur le point d'entendre les excuses que l'Allemagne doit à la Namibie, rapporte le site Quartz. Le 14 juillet 2016, le porte-parole du gouvernement allemand a annoncé que des excuses seraient prochainement formulées pour le génocide qui a coûté la vie à plus de 100 000 Africains entre 1884 et 1911, relate The Telegraph. Les crimes de guerre perpétrés à l'encontre des deux tribus locales, les Héréros et les Namas, ont souvent été occultés par l'Holocauste juif mené par le régime nazi. Ce massacre est d'ailleurs considéré comme précurseur de la Shoah en raison de son caractère ethnique et de ses exterminations systématiques. Retour sur le premier génocide du XXème siècle.

Colonisation

Alors qu'à la fin du XIXème siècle, le continent africain est déjà largement colonisé par des puissances comme la France et le Royaume-Uni, le Deuxième Reich décide de se placer à son tour sur l'échiquier africain. L'Empire allemand se voit accorder en 1884 quatre zones qui feront partie du Sud-Ouest africain allemand : Togoland (Togo), Ostafrika (Tanzanie, Rwanda, Burundi), Kamerun (Cameroun) et Südwestafrika (Namibie). Jusqu'à la fin du siècle, les colons allemands s'installent sur ces terres. De leur côté, les Héréros et les Namas se mènent une guerre interethnique pour le contrôle des pâturages et des points d'eau.

Les émissaires allemands qui se succèdent pour discuter d'un éventuel protectorat avec les tribus essuient les refus, et ce n'est qu'en 1888 que les premiers soldats allemands sont dépêchés sur place pour prendre le contrôle des territoires tribaux par la force. Dans la nuit du 12 avril 1893, près de 200 soldats, dont des Basters – enfants de relations entre femmes africaines et colons néerlandais de la Colonie du Cap – massacrent quatre-vingts hommes, femmes et enfants d'un clan nama. Un accord protectoral est finalement signé avec les Héréros. Durant dix ans, la colonisation s'accélère, et un traité de paix est même entendu avec les Namas.

Rébellion et répression

Mais les Héréros ont du mal à subsister, alors que leurs meilleures terres sont sous le contrôle des Allemands et qu'ils ne peuvent plus effectuer leurs transhumances. Leur chef, Samuel Maharero mobilise alors son peuple et attaque une garnison le 11 janvier 1904. Lui et ses hommes détruisent les infrastructures et tuent près de 200 colons, en épargnant femmes et enfants. Mais la répression à ce soulèvement est terrible : cinq mois plus tard, 15 000 soldats des troupes coloniales allemandes ainsi qu'un véritable arsenal d'artillerie sont déployés sur le territoire, sous la direction du très redouté Lothar von Trotha, qui s'était déjà illustré pour avoir maté la révolte des Boxers en Chine. Trois ans d'enfer vont ensuite suivre pour les Héréros puis les Namas.

Von Trotha rassemble les Héréros sur le plateau de Waterberg avant de les encercler de trois côtés. Il commande à ses soldats de les mitrailler sans épargner quiconque. Les survivants n'ont d'autre choix que de fuir dans le désert du Kalahari, le plus aride au monde. Mais la cruauté du général allemand ne s'arrête pas là. Il fait empoisonner les rares points d'eau et dresse des miradors à intervalles réguliers qui se doivent de tirer à vue. L'ordre est le suivant : "Chaque Héréro trouvé à l'intérieur des frontières allemandes, armé ou non, en possession de bétail ou pas, sera abattu. Je n'accepterai pas non plus de femmes ou d'enfants". Des dizaines de milliers de Héréros meurent de soif. Ceux qui se constituent prisonniers sont conduits dans six camps de concentration : 8 000 d'entre eux y périront. Les détenus sont condamnés aux travaux forcés, et chargés d'écorcher puis de bouillir les têtes des autres membres de la tribu. Des expérimentations sont alors menées sur les crânes en vue de démontrer la supériorité de la race aryenne sur la race africaine.

Une douleur encore ancrée

Bien que non bélligérants, les Namas font tout de même les frais de leur insoumission : quelques 20 000 d'entre eux périssent soit par les armes, soit à la suite de mauvais traitements (travaux forcés, faible alimentation, torture). Le 7 janvier 1908, le kaiser Guillaume II décide de gracier les Héréros et Namas survivants. Un acte nullement empreint d'une quelconque pitié : la décision a été prise en raison des ralentissements des chantiers menés dans la colonie en raison du manque de main d'œuvre. Au total, ces crimes de guerre entraînent la mort de 80% des Héréros, de plus de la moitié du peuple Nama. Plus de 100 000 Africains ont perdu la vie durant cette campagne d'extermination.

Si ces excuses ne comprennent aucune réparation financière, Berlin compte tout de même allouer des fonds pour le développement du pays, dont la croissance se porte bien, notamment grâce aux diamants dont le sol est riche. Les crânes de Héréros étudiés par les Allemands avaient été retournés en 2004. Ils avaient provoqué la colère de la population namibienne. De quoi rappeler à Berlin que ce génocide ne méritait pas un devoir de mémoire moins important que celui de la Shoah.

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