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Économie

Plans de Relance ou Nouveau Plan Marshall, fin du capitalisme, du néolibéralisme, de la globalisation… aux grands mots, les absences de remèdes !

Changeons le monde ! Nombre de « décideurs » et d’ « intellectuels », devant la crise actuelle, décident, courageusement, qu’il faut tout changer, tout revoir – même ce à quoi ils croyaient dur comme fer il y a peu encore.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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C’est comme si les patrons décidaient aujourd’hui de ne plus sauver leurs entreprises, comme si les salariés de ne plus aller au travail, avant qu’on ait « tout changé » ! Comme si les États-Unis allaient disparaître, la Chine s’effondrer, la zone euro éclater ! Oui il y a eu des erreurs, comme il y en aura toujours. Oui les pandémies avaient été annoncées (tout comme des guerres), pour de bonnes raisons : Bill Gates à Ted par exemple en 2015, mais en avançant lui des pistes de solutions. Ce n’est pas comme d’autres, pour prendre date, « par précaution », en critiquant bien sûr aujourd’hui les politiques actuels. Or, il se trouve que les CoronaVirus sont dans la nature et y resteront, avec les chauffes-souris (d’où venait aussi le SRAS), les chameaux (MERS, Arabie Saoudite), les oiseaux (grippe mexicaine), les singes (Ebola, Congo), les poulets (grive aviaire de Hong-Kong, grippe dite « espagnole »), les moustiques (Zika, Brésil)… Nous d’avons donc pas fini.

Une pandémie, c’est une épidémie qui prend l’avion. Mais, pour autant, elle n’entraîne pas à chaque fois la fin du monde. Nouriel Roubini écrivait ainsi dans Le Monde du 24 septembre 2012 : « la Grèce pourrait sortir de la zone euro en 2013… Aux Etats-Unis… la croissance est anémique… on peut s’attendre à davantage de conflits portant sur le budget et le plafonnement de la dette. En Chine, un atterrissage économique brutal (en 2013) semble de plus en plus probable ». Citer ces prévisions n’est pas fait ici pour se moquer, nous regorgeons de Cassandre, mais ne montre qu’une chose : qu’il est plus facile d’annoncer les cascades de catastrophes que d’esquisser des solutions pratiques. Faire peur et poursuivre les chutes en tirant des lignes droites n’aide pas. Toutes les économies se reprennent un jour, après des guerres, des pandémies ou des dépressions. Ce qui est compliqué, c’est de dire comment on s’en sort, on répare, on améliore, on consolide.

Bricoler fait la différence, avec de grandes idées et des responsables respectés à tous les niveaux. De grandes idées, pour donner sens à l’indispensable bricolage. Des chefs, pour le mettre en œuvre. Grandes idées : retrouver la croissance et l’emploi, une croissance plus inclusive, plus d’innovations pour réparer d’abord, puis recevoir mieux et durablement plus d’hommes sur la terre. Tout le monde est d’accord. Mais selon une logique capitaliste ou socio-communiste ? C’est là « la différence » entre États-Unis et Chine, sauf qu’il s’agit peut-être plus de concurrence d’hégémonies que d’idées. Et les chefs ? 

Aujourd’hui en France, nous avons certes des débats économico politiques, mais ils atterrissent assez vite sur (contre) le Président actuel, parfois sur son prédécesseur. Cela peut calmer, mais n’aide pas beaucoup. Il s’agit d’atténuer la chute, de freiner le chômage et les faillites avec plus de dettes privées et publiques, pour repartir ensuite. Cessons de parler du retour de l’ISF quand la bourse vient de chuter d’un quart en trois mois !

Ici, il faut montrer l’exemple : du personnel récemment retraité qui revient aider, comme des enseignants ou des policiers. En même temps, il faut gagner partout en « agilité », rapidité d’exécution, suppressions de papiers et contraintes inutiles. Pourquoi ne pas aller plus vite pour produire des masques simples, puis plus complexes, puis des appareils d’assistance respiratoire ? Pourquoi attendre tant, bloquer ainsi ? Les exemples de freins bureaucratiques abondent. Des masques donnés par la Chine arrivent dans un aéroport, mais sont bloqués pour payer les droits de douane. Des fonctionnaires en télétravail demandent un plateau repas et un siège ergonomique. Tous les chefs ne sont pas forcément à la hauteur, certains politiques et leaders syndicaux plus soucieux de leur pouvoir que de leur prochain, on doit le dire ! Surtout, ce sont les sous-chefs et sous-sous-chefs qui sont les plus efficaces pour bloquer les rouages, à petites doses. C’est le sable dans des rouages, rouages déjà excessifs : le red tape de l’expression anglaise. Tout ce qui freine, au prétexte de protéger.

Aujourd’hui, c’est encore plus difficile de trouver des chefs en zone euro. On connaît Xi et Trump et se souvient du mot de Kissinger : « en cas de crise mondiale, en Europe, j’appelle qui ? ». Il s’agit de sortir l’Italie de la déroute financière et économique, donc de convaincre l’Allemagne et la Hollande de lancer un programme européen d’achats de bons du trésor, sous la responsabilité de tous. Il s’agit de permettre à la Banque Centre Européenne d’acheter plus de bons du trésor des pays en péril. Bien sûr, pour éviter les excès irresponsables, on écrira aussi des normes, des règles et des procédures de suivi. Mais si on n’aide pas l’Italie, la Grèce et autres à s’en sortir, à se moderniser, avec des investissements massifs, tout sera perdu. Pas pour tout le monde : aspirants dictateurs et maffias sont là.

La France et la zone euro du COVID-19 sont-ils en train de réécrire « l’étrange défaite » de Marc Bloch de 1940 (publié en 1946), l’historien-résistant fusillé par les Nazis en 1944 ? Il avait demandé à participer à la Deuxième guerre, malgré son âge et a décrit comment on perd par désorganisations, petitesses, rancœurs et manque de coopération ajoutés. « Il faut avoir le courage de le dire. Cette faiblesse collective n’a peut-être, souvent, que la somme de faiblesses individuelles… La nation armée ne connaît que des postes de combat ».

 

 

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