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La Première ministre finlandaise, Sanna Marin, fait une déclaration alors qu'elle arrive pour le quatrième jour d'un sommet de l'UE à Bruxelles le 20 juillet 2020.
La Première ministre finlandaise, Sanna Marin, fait une déclaration alors qu'elle arrive pour le quatrième jour d'un sommet de l'UE à Bruxelles le 20 juillet 2020.
©FRANCISCO SECO / PISCINE / AFP

Que se passe-t-il si un pays vote non ?

Plan de relance : cette menace finlandaise que personne ne voit venir

Alors que la menace d’une censure par la Cour constitutionnelle allemande est écartée, la première ministre finlandaise a décidé de soumettre le vote du plan de relance européen à une majorité qualifiée des deux tiers.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Le Parlement finlandais a décidé le 27 avril que la ratification du plan de relance européen serait votée à la majorité qualifiée des deux tiers, ce qui complique le processus. Est-ce un ralentissement (à l’instar de l’épisode de la cour de Karlsruhe en Allemagne) ou une menace sérieuse contre le plan de relance ?

Christophe Bouillaud : La nécessité d’obtenir une majorité des deux tiers complique bien évidemment le jeu, car cela suppose d’impliquer dans la décision une grande partie de l’opposition au gouvernement qui a accepté le plan de relance européen. On peut donc imaginer qu’il y ait une grande difficulté pour le gouvernement à faire passer ce texte. Ce vote indique surtout que les parlementaires finlandais prennent les obligations créées par le plan de relance européen très au sérieux et qu’ils ont bien compris dans leur majorité que ce dernier constitue une avancée vers le fédéralisme fiscal européen et qu’il ne peut pas être traité comme un vote de moindre importance.

La menace est donc sérieuse. La majorité du Parlement finlandais semble bien avoir compris l’enjeu du plan : endettement en commun, mais remboursement à raison des moyens de chacun ; dépenses sur la base des besoins réels de chacun ;  nouvelles ressources fiscales propres pour l’UE. Ce n’est d’ailleurs pas vraiment un hasard que la Finlande soit le pays où cela bloque plus particulièrement, puisque c’est un pays membre de la zone Euro (donc sans contrôle sur sa monnaie) et qu’il a toujours veillé depuis les années 1990 à tenir sous contrôle sa propre dette publique quitte à faire des plans d’austérité drastiques pour sa propre population, tout en conservant toutefois un assez haut niveau de protection sociale. On peut comprendre que la nouvelle règle du jeu européenne puisse inquiéter.

Selon la radio-télévision publique nationale finlandais Yle, l’UE aurait fait savoir au gouvernement finlandais qu’un rejet du plan aurait des lourdes conséquences sur sa réputation. Des pressions sont-elles à envisager ? Est-ce le signe que l’UE prend la menace au sérieux ?

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Probablement, en coulisses, il y a des pressions sur le gouvernement finlandais pour qu’il se donne les moyens de remporter ce vote parlementaire, car, du point de vue européen, tout blocage de ce plan, acté en 2020 et pas encore mis en oeuvre, est considéré comme un mauvais coup à l’encontre de la réputation de l’UE, et cela d’autant plus dans un contexte où les Etats-Unis et la Chine relancent très massivement leur économie.

Cependant, la vraie pression sur les parlementaires finlandais me parait plus structurelle. D’une part, la Finlande est confrontée à une puissance voisine à l’hostilité de plus en plus manifeste, la Russie. Elle peut donc difficilement se mettre à compliquer la vie de l’Union européenne dont elle dépend du point de vue géopolitique pour sa sécurité. D’autre part, comme membre de la zone Euro, la Finlande peut difficilement être le pays qui mettrait en question la nécessaire évolution de la zone Euro vers le fédéralisme fiscal. En effet, si le plan de relance européen est bloqué, cela va reposer encore une fois la question de l’asymétrie constitutive de la zone Euro, une monnaie supranationale sans budget ni fiscalité communs pour la soutenir. 

En cas de rejet du Parlement finlandais, que se passerait-il ? Des alternatives sont-elles possibles ?

Comme tendrait à le montrer l’histoire européenne depuis 1992 (date du rejet du traité de Maastricht dans un premier référendum au Danemark, suivi d’un second), il n’est pas même imaginable que l’état de la politique dans un petit pays de l’ensemble européen bloque le processus d’intégration européenne.

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Au pire, si le Parlement finlandais s’oppose, il pourra toujours être question de lui redemander poliment dans un premier temps de reconsidérer la question, et, s’il le faut, on se relancera sans doute dans des rounds de négociations accélérées, pour trouver une solution.

Eventuellement, si les députés finlandais sont vraiment trop têtus, on se passera de la Finlande.

De toute façon, il faut bien comprendre que ce plan de relance acté en 2020 constitue pour les grands Etats européens (France, Allemagne, Italie, Espagne) un compromis indispensable pour affronter la crise économique liée à la Covid-19. Sans ce plan, et la garantie qu’il offre à l’Italie et dans une moindre mesure à l’Espagne de pouvoir relancer leurs économies dans le cadre de la zone Euro en étant partiellement subventionné par les autres pays, tout menacerait de nouveau d’exploser comme en 2010. Donc quoi qu’en pensent les députés finlandais, le plan se fera. C’est une question de « high politics » qu’un petit Etat ne peut pas remettre en question sur le fond.

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