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Général de Gaulle

Petits enseignements adaptés pour un Gaullisme du XXIème siècle

A l'occasion des commémorations liées à la mémoire du Général de Gaulle, le Think Tank Le Millénaire a publié un rapport et une synthèse sur l'héritage du gaullisme.

William Thay

William Thay

William Thay, est Président du Millénaire, think tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation idéologique de la droite.
 
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Le 9 novembre 1970, Georges Pompidou annonçait le décès de Charles de Gaulle par une formule restée célèbre “La France est veuve”. Depuis 50 ans, personne n’a véritablement remplacé l’homme de la France libre pour proposer au pays une nouvelle orientation alors que le monde subit de profondes mutations.

Sur le plan géopolitique, nous assistons d’une part au retour des États-puissances qui ont des ambitions à minima régionales. Cela concerne notamment l’Iran, la Turquie, la Chine, le Brésil, l’Inde ou encore la Russie. Ces anciens empires visent à retrouver leur gloire d’antan en basculant leur régime politique et leur économie au service de leurs ambitions. D’autre part, alors que le monde vivait sous la puissance dominante des américains, un nouveau conflit entre les États-Unis et la Chine va structurer les trente prochaines années. Il est ainsi probable que les autres pays doivent s’aligner sur un camp ou l’autre, ou à l’inverse devoir constituer un axe des non-alignés comme au temps de la Guerre froide.

Sur le plan économique, nous assistons à une troisième mutation depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, après les ères keynésienne (jusqu’aux chocs pétroliers) et néolibérale (jusqu’à 2008). Alors que dans l’ère néolibérale il s’agissait de transférer la production industrielle des pays développés vers les pays émergents pour maintenir le pouvoir d’achat des classes moyennes à travers des produits moins chers, la crise de 2008 associée à celle du Covid19 ont donné raison aux pays qui n’avaient pas laissé faire cette désindustrialisation (notamment Allemagne et pays est-asiatiques), et ont conforté l’intention de Donald Trump et de Boris Johnson de réorienter leurs économies pour les adapter à cette nouvelle ère des États-puissance. Une nouvelle ère de souveraineté et d’indépendance industrielle s’ouvre donc à présent.

Ainsi, le gaullisme n’a jamais été autant d’actualité qu’à l’occasion de cet anniversaire des 50 ans de sa disparition, et Charles de Gaulle lui-même aurait pu convenir à notre époque marquée par une succession de crises. Il aurait cependant certainement été qualifié par certains de populiste ou de nationaliste, dans la mesure où sa politique était souvent iconoclaste, et préoccupée uniquement par l’intérêt national.

Comme lui, nous croyons en la permanence des peuples à travers les crises, et nous estimons que les crises permettent d’acter l’émergence de nouveaux modèles pour transformer le pays afin de lui offrir un nouvel horizon. Nous avons donc souhaité analyser la politique gaullienne dans plusieurs domaines pour en tirer des enseignements adaptés au XXIème siècle au service de sa doctrine centrée sur un seul objectif : la restauration de la grandeur de la France.

Alors que la crise du coronavirus acte le retour de la Chine comme acteur clé du XXIème siècle sur la scène mondiale, et le durcissement du conflit entre États-Unis et Chine, l’Europe et la France se retrouvent face aux mêmes problèmes qu’à l’époque du Général de Gaulle : affaiblissement, déclassement, risque de vassalisation et de sortie de l’Histoire, le tout sur fond de divisions internes dues aux difficultés à concilier les visions françaises et allemandes de l’Europe. D’un côté, la vision allemande est celle d’une simple zone de prospérité et de croissance économique qui représente désormais un modèle en partie dépassé face aux nouvelles conflictualités découlant de l’affrontement entre Chine et USA. De l’autre, la France surtout gaullienne prône plutôt une Europe puissance capable de s’assumer et d’agir en tant qu’entité stratégique, afin d’incarner une troisième entre USA et Chine.

L’émergence de la nouvelle ère doit permettre de réconcilier ces deux visions, pour disposer d’une Europe forte à la fois sur les plans politique et économique, et ainsi apte au combat sur la scène mondiale. Si elle n’assume pas ce rôle, l’Europe risque de devenir un spectateur du monde, voire une victime de l’Histoire, comme l’a été par exemple la Chine au XXème siècle. Néanmoins, pour permettre cette réconciliation des visions françaises et allemandes, la France doit rétablir sa puissance interne. La France doit donc suivre un projet national qui lui permette de redevenir une nation d’industriels et de savants, tout en résolvant ses problèmes intérieurs. L’objectif est ainsi de réformer un État inadapté car trop faible sur ses fonctions régaliennes et trop obèse sur son volet social, pour faire face à la nouvelle ère beaucoup plus conflictuelle qui s’est ouverte.

En résumé, nous proposons une véritable transformation gaulliste pour la France, à partir d’une action globale. L’action du Commissariat au plan pourrait proposer une orientation de long terme pour identifier les secteurs d’avenir pouvant offrir un avantage comparatif au pays dans la compétition mondiale. Cette stratégie serait complétée par une réforme de l’État afin de rendre le pays plus compétitif, pour soutenir nos acteurs économiques sur le marché européen et mondial face à une concurrence faussée, tout en libérant les énergies à l’intérieur du territoire. La restauration de notre économie est un pilier essentiel, mais une action gaullienne suppose d’agir également sur les autres leviers éducatifs, sociaux, énergétiques et de recherche pour faire de la France une nation d’industriels et de savants. Ce volet projectif ne peut faire l’économie de la résolution des problèmes intérieurs avec les trois fractures qui frappent notre pays : sociale, territoriale et identitaire. Enfin la France ne serait pas la France si elle ne mettait pas ses atouts au service d’une politique de grandeur reposant sur trois piliers : la construction d’une Europe politique soucieuse de notre modèle de vie pour incarner une alternative à la Chine et aux États-Unis, une politique étrangère indépendante, et cohérente avec une politique de défense capable de protéger cette troisième voie.

Il s’agit donc d’accomplir une révolution comme lorsque le Général de Gaulle reprend le pouvoir en 1958, pour replacer la France dans le concert des nations.

Résumé des propositions clés du rapport

Sur le volet économique et industriel :

- Pour aller au bout de la logique de la participation gaulliste, dont le but est de réconcilier travail et capital, nous proposons la création d'un fonds souverain citoyen dont l'ensemble des Français détiendraient une part à hauteur de leurs contributions. Ce fonds souverain, outre son utilité comme outil clef d'une véritable stratégie industrielle, aurait comme rôle de reverser ses bénéfices directement aux Français, les intéressant ainsi directement à la santé économique du pays et de nos industries

- D’un point de vue de la politique commerciale européenne, nous proposons la mise en place d’audits réguliers des accords signés avec la possibilité de sortir de ces accords, l’imposition de la réciprocité dans les accords commerciaux ainsi que la mise en place d’un Buy European Act

- En ce qui concerne les finances publiques, nous devons recouvrer notre indépendance et donc assainir nos finances, mais plutôt via une augmentation des revenus fiscaux sans pour autant augmenter les prélèvements obligatoires. Autrement dit, nous devons mener des réformes plus structurelles de croissance, avec comme horizon l’augmentation du taux d’activité de la population, et la baisse du chômage à travers la relocalisation des secteurs stratégiques.

- Sur le système bancaire, en plus d’assouplir les contraintes qui pèsent sur les banques françaises, nous devrions investir massivement dans la blockchain qui révolutionne le domaine des transactions financières et en devenir pionniers, par exemple pour venir concurrencer le réseau SWIFT américain.

- Tout cela mis bout à bout a pour objectif d’entamer une relocalisation de notre production en se reposant sur la création de grands conglomérats français. L’État pourrait en effet favoriser, à travers une législation fiscale et réglementaire plus favorable, un rapprochement de nos grandes entreprises avec chacune de nos grandes banques, et chacune avec une entreprise de négoce international dédiée, afin de les rendre plus robustes, moins fragiles face aux rachats étrangers, et plus tournées vers l’export. Par ailleurs, une réinternalisation de certains sous-traitants à l’importance stratégique devra aussi être fortement encouragée.

- Plus en détail, L’Etat doit renforcer ses réflexions sur les technologies de demain, avec un rôle assumé d’État « entreprenant » qui finance la recherche fondamentale tout en garantissant la transmission du fruit de l’effort de R&D aux applications industrielles. Cela peut aussi passer par l’identification de 10 à 15 filières d’avenir où la France souhaite exceller pour avoir un avantage comparatif par rapport à ses concurrents, pour y concentrer ses efforts d’investissement et de coordination. Les industries stratégiques fragilisées doivent aussi pouvoir être nationalisées afin de préserver les intérêts économiques de la Nation. Enfin, il est impératif de tirer profit des dernières avancées en matière de production industrielle (industrie 4.0) pour créer une véritable capacité de production flexible et réactive aux mains de l’État ; de même que faire un effort de circularisation de notre économie afin d’assurer notre approvisionnement stratégique en matières premières.

Sur le volet militaire et de sécurité :

- Dans cette nouvelle ère, nous devons nous préparer à la potentialité d’une réapparition de conflits durs, chauds et longs, avec des Etats puissance où notre suprématie aérienne ou navale serait contestée. Pour ce faire, un gaullisme du XXIème siècle appelle à une réexpansion de la place de l’armée dans la société française. Cela pourrait passer d’abord par une extension de la réserve, puis par sa territorialisation, afin que l’armée puisse retourner à son métier de défense à l’extérieur de nos frontières, tandis que les missions de défense intérieure seraient assurées par une armée territoriale de réserve. De plus, nous devons augmenter le rôle social de l’armée dans l’éducation, et ce à deux niveaux. D’une part par la sensibilisation à l’école des jeunes citoyens en devenir aux questions de défense de notre pays, via des visites scolaires de bases militaires, et l’intervention dans les écoles d’instructeurs dédiés. D’autre part par un système méritocratique et sur concours de financement (abondant) par l’armée des études supérieures des jeunes Français dans ses domaines d’intérêt.

- Pour rattraper notre retard en matière de cyber, nous proposons la création d’une Agence Militaire du Cyber, sur le modèle de la NSA américaine, qui aurait la flexibilité et l’adaptabilité propre à une structure jeune et proche d’une start up, et dotée de sa propre capacité de recrutement.

- Il nous faut également rapidement mettre en place de nouvelles doctrines militaires, plus claires, et surtout plus agressives, de manière assumée. C’est à partir de ces doctrines clarifiées que nous pourrons ensuite lancer un programme adapté d’armée de l’espace, et d’assumer le développement de l’IA dans nos systèmes militaires.

- Enfin, afin de retrouver une souveraineté européenne forte en matière de protection des droits fondamentaux, et ne plus nous faire imposer des décisions contraires à notre intérêt national sur les questions de laïcité et de terrorisme, les pays européens devraient quitter la CEDH en bloc afin que seule la CJUE (juridiction européenne et non extra communautaire comme la CEDH) ait les prérogatives pour juger des questions de droits fondamentaux.

Sur le volet diplomatique et européen :

- Face à la nouvelle ère qui s’ouvre, l’objectif que la France devrait fixer à l’Europe est de renouer avec son idéal originel d’être un vecteur de prospérité et de paix, en devenant un refuge pour tous les pays souhaitant rester non alignés entre USA et Chine. Mais pour cela, l’Europe doit d’abord devenir plus forte et plus solide, c’est-à-dire plus puissante, et s’assumer comme telle.

- Sur le plan économique, l’Europe doit réhausser ses investissements en R&D, et entamer des réformes permettant de libérer davantage le marché commun des contraintes bureaucratiques L’Europe doit également être vecteur de grands projets industriels et technologiques fédérateurs comme sur l’espace, la santé, le numérique, ou l’environnement.

- Sur le plan sécuritaire et migratoire, les frontières extérieures de l’UE doivent être renforcées en modifiant le mandat de Frontex afin qu’elle intercepte et raccompagne systématiquement les arrivées illégales. Deuxièmement, il faudrait financer et former les garde-côtes des pays limitrophes de l’UE pour qu’ils prennent une plus grande part dans l’effort de raccompagnement. Troisièmement, une personne entrée illégalement sur le territoire de l’UE doit perdre à tout jamais le droit de résider légalement dans l’UE. Enfin, nous devrions développer une plateforme commune européenne de lutte antiterroriste qui pourrait prendre la forme d’une véritable Agence Européenne du Renseignement.

- L’Europe doit également assurer sa souveraineté monétaire en faisant de l’euro une monnaie de référence mondiale, en imposant son ordre juridique à toutes les entités commerçant avec elle, et en assurant sa souveraineté numérique en protégeant ses données, et en étendant cette protection à tous les pays tiers désireux de s’émanciper du contrôle américain ou chinois.

- Pour y parvenir, la France doit reprendre une forme de leadership en Europe, en s’appuyant de manière très large sur tous les pays européens (y compris les plus petits), sans rester prisonnière du couple franco-allemand.

Sur le volet recherche et enseignement supérieur :

- Nous devons opérer une refonte complète de notre organisation de la recherche, et adopter un système hybride, composé des grands organismes de recherche hérités du gaullisme, et d’un système décentralisé de petites unités de recherche autonomes (comme des PMEs), et soumises à la concurrence internationale. Les grands organismes de recherche seraient refocalisés sur des domaines stratégiques d’importance vitale, et les dotations publiques pour ces organismes correspondraient à nouveau aux objectifs qui leurs sont fixés. En parallèle, la sélection à l’université doit être renforcée, et le niveau académique rehaussé.

Le Millénaire est un groupe de réflexion spécialisé́ sur les questions de politiques publiques et travaillant à la refondation de la droite. Il est composé d’une trentaine de contributeurs de divers horizons — cadres du privé, du public, chercheurs, chefs d’entreprises — et chacun expert dans son domaine.

Bureau du Millénaire

Président : William Thay

Vice-Président : Gilles Bösiger

Secrétaire générale : Marion Pariset

Directeur des études : Florian Gérard-Mercier

Directeur de la stratégie et des relations publiques : Alexis Findykian

Directeur de la communication : Emeric Guisset

Directeur du pôle politique : Pierre Fontaine

Pour retrouver le rapport du Millénaire, cliquez ICI 

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