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©Reuters

Effet positif du confinement

Petits conseils pour savoir que faire de votre épargne de précaution (sans prendre de risques inconsidérés)

Selon des données de la Banque de France, les Français ont économisé plus de 85 milliards d'euros depuis le confinement en mars dernier. Est-il actuellement judicieux d'investir ? Quelles sont les meilleures options pour placer son épargne sans prendre de risques inconsidérés ?

Sébastien Laye

Sébastien Laye

Sébastien Laye est un spécialiste franco-américain des banques et des fonds d'investissement.. Il est le fondateur de la société de conseil en asset management et corporate finance Laye Holdings. Il est l'auteur du rapport "BPI : Bureaucratie, Protectionnisme, Inefficacité".

Voir la bio »Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio »

Atlantico.fr : Depuis mars, les Français ont économisé plus de 85 milliards d'euros selon la Banque de France. Actuellement, est-il le bon moment d'investir son épargne ? 

Sébastien Laye : En période de pandémie puis de crise économique et sociale, il est sain d'avoir un matelas de sécurité. Je recommanderais aux francais de penser à leurs familles, leurs proches en ces temps difficiles. Le chomage devrait monter à 9.5% d'ici Noel puis 10-11% en 2021: cela peut directement affecter un ménage ou ses enfants, seule une épargne de précaution permet de faire face à de tels épisodes tout en continuant le paiement du pret immobilier ou du loyer. Le gouvermement se trompe en considérant cet excès d'épargne comme une non consommation durant le confinement: il s'agit d'une thésaurisation face à la crise. Or les facettes de cette dernière sont multiples: sanitaires, économiques, demain sociale et peut etre meme politiques en 2022: ainsi pour la plupart des ménages francais, l'heure sera à la précaution et à l'attentisme jusqu'en 2022. La question de l'investissement se pose uniquement pour les personnes appartenant à la classe aisée d'après le Pew Center (les deux premiers déciles), soit les personnes gagnant plus de 3700 euros nets par mois. Seuls ces individus peuvent en effet se poser la question de l'opportunité de saisir de bonnes affaires dans le contexte actuel.

Philippe Crevel : Sur le premier semestre, dans les faits, Au premier semestre 2020, le revenu disponible brut des ménages  a atteint 734 milliards d’euros. Malgré la contraction de l’activité et grâce à l’appui de l’Etat, la baisse n’a été que de 7 milliards d’euros comparé à celui du second semestre 2019. Depuis le début du confinement, les ménages ont réduit leurs dépenses de consommation. Ils  ont dépensé ainsi 562 milliards d’euros premier semestre 2020 contre  631 milliards d’euros au second semestre 2019, soit une baisse de 69 milliards d’euros. De ce fait, leur épargne a connu un bond sans précédent atteignant en montant brut 173 milliards d’euros. En outre, les ménages ont réduit leurs investissements depuis le mois de mars, de près de 13 milliards d’euros par  rapport au second semestre 2019. L’épargne financière a donc connu une croissance inconnue jusqu’alors passant de 33 milliards d’euros au second semestre 2019 à 110 milliards d’euros au premier semestre 2020, soit une augmentation de 77 milliards d’euros. De subie, l’épargne est devenue de précaution. Les ménages par peur du chômage et des faillites ont continué à épargner après le confinement.

Depuis, le mois de mars, tout le monde épargne, les personnes à revenus modestes comme le prouve la progression du Livret d’Epargne Populaire après dix ans de déclin, les jeunes qui ont également mis de l’argent su leur Livret Jeune. Néanmoins, ce sont les cadres vivant dans les grandes agglomérations qui ont mis le plus d’argent de côté. L’épargne a progressé parce que l’Etat a joué le rôle d’amortisseur : chômage partiel ; aides aux entrepreneurs, PGE, etc. La France est le pays de l’OCDE où les revenus on le moins baissé depuis le début de la crise. 

Quels sont les livrets les plus rentables ? Où placer son épargne sans prendre de risques inconsidérés ? 

Sébastien Laye : La politique expansionniste des banques centrales (depuis 2015 en Europe) et d'assouplissement quantitatif était déjà présenté dans la pensée keynésienne comme l'euthanasie du rentier. En résumé, plus rien n'offre de rendement satisfaisant. L'immobilier locatif, avec tous ses risques d'impayés, peinent à générer plus de 3% par an net de tout. Les livrets sécurisés offrent des rendements risibles, entamés par l'inflation, vers 0.7% par exemple pur un LDD. L'assurance vie parait le seul support à offrir encore un rendement correct , mais il y a plusieurs sortes d'assurance vie: l'assurance vie classique, monétaire, garantie, est tout aussi décevante...celle en unité de compte comporte de la pierre papier, des véhicules qui investissent dans de l'immobilier professionnel (bureaux, commerces) d'où des retours plus alléchants vers 4%: mais attention, la préservation du capital n'est pas garanti, nous sommes déjà là dans un produit proche de la Bourse; cette dernière, à travers un PEA par exemple, peut délivrer de très bons retours sur investissement mais elle est volatile et peut entamer le capital. Par ailleurs, le point d'entrée actuel parait trop élevé en termes de valorisations fondamentales.

Philippe Crevel : Les ménages privilégient depuis le début de la crise la sécurité, la liquidité et s’assoit sur le rendement.  Le placement numéro un est un non-placement, ce sont les dépôts à vue, les comptes courants : + 45 milliards d’euros depuis mars. L’encours atteint la coquette somme de 459 milliards d’euros contre moins de 200 milliards d’euros en 2007. Le Livret A avec son rendement de 0,5 % a collecté 2,25 milliards d’euros en août et près de 25 milliards d’euros depuis le début d’année. (produit plafonné à 22 950 euros). Le Livret de développement durable connaît également une forte progression (+7 milliards d’euros depuis le début d’année avec un plafond à 12 000 euros et même rendement que le Livret A). Même les livrets bancaires fiscalisés qui, en moyenne, offre une rémunération de 0,13 % (selon la Banque de France) connaissent des collectes positives (+12 milliards d’euros depuis le début du mois de mars). Les ménages non imposables peuvent opter pour  le Livret d’Epargne populaire, dont le  taux est de 1 % et qui n’est soumis à aucun prélèvement. Son plafond est de 7000 euros. Par ailleurs, les jeunes de moins de 25 ans peuvent choisir le « Livret Jeune » dont la rémunération varie de 0,5 à 1 % en fonction des établissements. Son plafond est de 1600 euros. Ce placement est exempt de prélèvement.

Le Plan d’Epargne Logement avec un rendement de 1 % taxé à 30 % depuis le 1er janvier 2018, avec une période de blocage de 4 ans n’est pas le meilleur des placements. En revanche, les titulaires de vieux PEL (avant 2018) qui pouvaient être rémunérés à 2,5 voire plus ont tout intérêt à les garnir (le taux du PEL applicable est celui en vigueur à la souscription à la différence des autres livrets).le plafond du PEL 61 200 euros. 

Une règle, en matière d’épargne s’impose, pas plus de trois mois de revenus mensuels en épargne liquide sauf évidemment pour ceux qui sont confrontés à un risque de revenus élevés ou qui doivent faire un achat important. Il est toujours recommandé de diversifier, de choisir des produits que l’on comprend et d’éviter les plans trop beaux pour être sûrs et honnêtes. 

Les ménages cherchant du rendement devront évidemment prendre des risques, c’est-à-dire supporter des variations de capital. Les crises sont des périodes à forte volatilité au niveau des actions. Avec cette crise, nous avons pu constater que les épargnants français n’ont pas trop vendu au moment de la chute des cours. Il y en a même qui ont été opportunistes et qui ont acheté, environ 150 000 selon l’Autorité des Marchés Financiers. En matière d’actions, il faut savoir acheter mais aussi vendre en se fixant des objectifs de plus-values. 

En matière d’actions, l’épargnant a tout avantage à souscrire un Plan d’Epargne en Actions dont le régime fiscal est très attractif. A partir de 5 ans , seuls les prélèvements sociaux de 17,2 % sont exigibles. Ce plan pourra être complété par un  PEA – PME (plafond 75 000 euros qui se rajoute à celui du PEA 150 000 euros). Les titres non cotés sont moins corrélés aux indices boursiers et peuvent offrir de bons rendements mais le risque y est plus important.  

Pour associer sécurité et rendement, l’épargnant pourra opter pour l’assurance vie : qui est une enveloppe fiscale intéressante surtout après 8 ans et qui permet de préparer, en outre sa succession. C’est en volume, plus de 1700 milliards d’euros,  le placement préféré des Français. Placement de moyen et long terme, il est un peu délaissé depuis le début de la crise mais par sa souplesse et la multiplicité des supports auxquels elle permet d’accéder, elle reste incontournable. 

Les fonds euros offre une  garantie en capital avec un rendement attendu cette année entre 1,2 et 1,4 %. Avec les unités de compte, les assurés peuvent accéder à tous les types de placements, immobilier (SCPI), actions en vifs, fonds actions, fonds obligataires, fonds structurés, etc. L’important est de comprendre. La taxation des gains varie de  25,7 à  30 %. Un abattement de 4600 euros pour un célibataire et de 9200 euros pour un couple est applicable après huit ans. 

L’épargnant qui a mis de côté durant la crise sanitaire peut également penser à améliorer sa future retraite et opter pour le nouveau Plan d’Epargne Retraite. Ce produit offre un avantage fiscal à l’entrée ou à la sortie. Il permet de sortir en rentes ou en capital au moment de la liquidation des droits à la retraite. Il est possible même de sortir avant pour acheter sa résidence principale. 

Y a-t-il des secteurs à privilégier ?

Sébastien Laye : Le simple bon sens vous conduira à fuir les secteurs décimés par la pandémie (services, commerces, hotellerie) et à privilégier les secteurs plus défensifs (pharmacie, grande distribution): je mettrais de coté la technologie, qui profite de la pandémie mais qui pose là encore la question des survalorisations boursières. L'immobilier, qui profitera d'une éventuelle reprise de l'inflation, reste attrayant à condition de choisir de bonnes SCPI ou OPCI investissant dans les bureaux, la logistique. Je déconseille fortement dans le contexte actuel l'immobilier résidentiel locatif, produit le plus populaire en France: entre le risque locataire en pleine pandémie, la possibilité d'une correction des prix de certains maisons, l'investissement en temps....privilégier les actions de secteurs défensifs à fort dividende soutenable, ou leurs obligations: nombre d'actions en France de sociétés stables délivrent des rendements de 5-6%.

Philippe Crevel : La règle est, en matière d’actions, la diversification sans trop multiplier les lignes. Actuellement, les technologiques sont un peu chères tout comme les foncières (SCPI). Il faut privilégier les secteurs un peu massacrés par la crise et qui pourraient rebondir, énergie, transports, tourisme, etc. L’agro-alimentaire est à regarder avec attention. Le secteur de l’eau est très dynamique comme le prouve l’affaire Suez/Veolia. La santé en raison de la situation sanitaire mais aussi du fait du vieillissement de la population n’est pas à négliger même si évidemment il y sur ce secteur un bouillonnement spéculatif. Au niveau géographique, l’Asie et les Etats-Unis sont toujours attractifs. 

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