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Pesticides : une étude montre que les abeilles meurent beaucoup plus à cause d’un parasite qu’à cause des néonicotinoïdes

Selon une étude publiée par l'Université de Wageningen aux Pays bas, le fort taux de mortalité des abeilles en Europe serait principalement la conséquence d'un parasite, le "varroa destructor".

François Lasserre

François Lasserre

François Lasserre est auteur d'un ouvrage de vulgarisation sur les insectes, J'observe les insectesédité chez La Salamandre, et vice-président de l'Office pour les insectes et leur environnement. Il est également co-président de Graine Ile-de-France, un reseau de structures qui font de l'éducation à l'environnement.

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Atlantico : Selon une étude publiée par l'Université de Wageningen aux Pays bas, le fort taux de mortalité des abeilles en Europe serait principalement la conséquence d'un parasite, le "varroa destructor". Cette hypothèse est-elle crédible alors que les néonicotinoïdes sont régulièrement montré du doigt ?

François Lasserre : Le varroa est un petit acarien qui s’installe sur les abeilles et qui leur aspire le sang et qui joue un rôle important dans la crise des abeilles.

Cependant, les causes sont multifactorielles et la question du varroa est pointée depuis longtemps. Mais selon le bilan de la DGAL pour 2015, les pesticides ne concerneraient que 4% de la mortalité des abeilles (mortalité d'origine toxicologique certaine, tout en prenant en compte le fait que le pesticide qui est pointé du doigt est utilisé en agriculture bio. (http://draaf.bourgogne-franche-comte.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/_Bilan_annuel_mortalites_SRAL_JANV2016_FM_MAAF-bleu__cle036c3e.pdf )

Ce bilan de la DGAL (ministère de l’agriculture) sur la hausse de la mortalité des abeilles parvient à un résultat qui pointe du doigt les mauvaises pratiques apicoles en premier lieu (et notamment la mauvaise gestion du varroa, parfois avec des produits trop puissants, parfois avec des remèdes de grand-mère). 

C’est un point que l’on entend rarement de la part des apiculteurs, qui sont des éleveurs dont certains cherchent de la productivité, mais depuis des millénaires, ils croisent les abeilles, ont pu importer ou exporter des maladies, et ont accentué la présence du varroa. Cela est normal dans un processus ou les apiculteurs élèvent des abeilles en essayant d’en tirer un certain rendement, et en essayant de ne pas se faire piquer. Mais cela a conduit à sélectionner des abeilles qui sont devenues un peu “faiblardes”. Quand on prend l’exemple du frelon asiatique -comme d’autres espèces - , il s’attaque aussi facilement aux abeilles parce que celles-ci sont justement fragiles, ou “faiblardes”. Cela révèle quelque chose. 

Au final, concernant cette crise des abeilles, c’est la lutte contre le varroa qui serait impliquée en premier lieu. On peut aussi citer d'autres mauvaises pratiques apicoles, comme les mauvaises préparations d’hivernage. Certains apiculteurs ne savent pas toujours bien faire de l’apiculture, même s’ils ne sont pas majoritaires. 

Ce qui est également vrai, c’est que quand les abeilles s’en vont pour se nourrir, elles se trouvent confrontées à un problème quantitatif et qualitatif, elles meurent de faim. Ce qui est ici soupçonné, c’est les conséquences du moment ou nous avons arrêté de favoriser les jachères. Les jachères sont des terrains qui sont remplis d’herbes folles, très diversifiés en terme de flore et donc très diversifiés en termes de pollens et de nectar. Or, comme nous, si les abeilles ne se nourrissent que d’un nectar ou que du pollen d’une seule plante, cela les fragilise. Non seulement les abeilles trouvent de moins en moins cette diversité sauvage, moins présente dans nos environnements, et lorsqu’elles en trouvent, la diversité n’est pas suffisante. Le résultat est un problème de qualité et de quantité de nourriture.  Et ce problème ne concerne pas que les abeilles, ce sont plus de 10 000 espèces qui sont confrontées à ce problème de quantité et de qualité de nourriture. Le varroa et cette absence de diversité seraient les deux principales causes de la situation actuelle. 

Les chercheurs de cette université ont également pu montrer que les abeilles traitées contre ce parasite accumulaient des résidus de ces substances dans la cire et dans le miel, alors que certaines colonies non traitées ont pu développer certaines résistances à ce parasite. N'a-t-on pas ici sous-estimé la capacité d'adaptation naturelle des abeilles ?

Je ne sais pas à quel point on sous estime l’évolution, mais celle-ci est toujours en marche. La biodiversité est une dynamique permanente. Chaque génération qui arrive, chaque bébé abeille qui arrive est différent. Ce sont des mutants, et certains sont plus adaptés que leurs congénères. Et puisque les insectes se reproduisent beaucoup plus, la dynamique de l’évolution est particulièrement rapide chez les insectes. On sait que les insectes évoluent et c’est aussi pour cela que l’on fait régulièrement de nouveaux pesticides. En revanche, il est toujours compliqué de se dire que l’on peut miser sur cette évolution, parce qu’il est très compliqué de maîtriser cette sélection. Cela prend du temps, et cela est compliqué. Cela dit, les entomologistes savent depuis longtemps que les insectes mutent très rapidement. On peut citer en exemple le fait que l’on parle actuellement d’abeilles ayant muté qui se mettent à voler en zigzag, ce qui les protège des attaques du frelon à pattes jaunes.

Cette même étude indique que les apiculteurs pourraient ainsi se concentrer sur des processus de sélection naturelle, en favorisant la reproduction des colonies résistantes au parasite. Ces méthodes de sélection naturelle pourraient-elles être une solution, à terme, de la "crise des abeilles" ?

Il est vrai qu’il est difficile de faire de cette évolution un allié, parce que cela n’est pas maîtrisé, l’évolution est le fruit du  hasard. Cela nécessite du temps et de l’argent, que les apiculteurs n’ont pas. C’est la confrontation qui existe entre un court-termisme inhérent à un business et l’évolution qui est un processus plus long. 

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