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Les femmes ont plus de difficultés à perdre du poids que les hommes.
Les femmes ont plus de difficultés à perdre du poids que les hommes.
©Flickr

Ce monde est injuste

Perte de poids : pourquoi c'est réellement plus difficile pour les femmes que pour les hommes

Une masse musculaire moindre et des hormones plus capricieuses expliqueraient cette injustice biologique.

Réginald Allouche

Réginald Allouche

Réginald Allouche est médecin et ingénieur. Il assure une consultation principalement axée sur le diabète gestationnel, la nutrition et la prévention du diabète de type II.

Son dernier livre publié aux Editions Odile Jacob porte sur ce théme du prédiabète : Du plaisir du sucre au risque du prédiabète, publié chez Odile Jacob.

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Selon plusieurs études, les femmes auraient biologiquement beaucoup plus de difficultés à perdre du poids que les hommes. Ceci s'expliquerait notamment par une différence de masse musculaire et d'hormones. Est-ce réellement le cas ? Dans quelle mesure ces observations sont-elles avérées ?

Réginald Allouche : Il existe de vraies différences entre les hommes et les femmes. On peut résumer ces différences par 4 facteurs : la génétique, les hormones, l'activité physique et le mode alimentaire.

La génétique : les femmes sont homozygotes (XX) elles ont donc une "solidité" génétique réelle, les hommes sont eux hétérozygotes (XY). Les femmes ont donc des métabolismes d'épargne et de survie plus importants que les hommes. Les différences génétiques expliquent aussi la moindre importance de la masse musculaire chez les femmes par rapport aux hommes. Les muscles au repos sont de grands brûleurs de calories (1 kg de muscle brule 30 cal par jour sans même bouger !). C'est d'ailleurs une des raisons majeures pour laquelle l'homme maigrit plus vite en cas de régime car il est plus musclé, il brûle donc plus, à calories égales.

Les hormones jouent également un rôle fondamental. Les hormones rythment la vie des femmes bien plus que les hommes. Elles rythment par leur cycle mensuel et par leur cycle tout au long de la vie.

La puberté, la pré-ménopause et la ménopause sont des moments critiques dans la vie d'une femme et beaucoup de facteurs liés à la gestion de leur poids se déterminent à ces moments-là.

Le passage de la puberté à l'âge adulte est le moment où une alimentation déséquilibrée peut tout changer en termes de poids. La pré-ménopause est très anxiogène pour les femmes car elles redoutent la prise de poids et la baisse de la libido. Il est vrai que les récepteurs à la surface des adipocytes (cellules qui stockent les graisses et les sucres) sont sensibles aux hormones sexuelles chez la femme comme chez l'homme. Cela rend la lipolyse (le relargage des graisses stockées) plus difficile. Cela explique aussi malgré tous les efforts, l'apparition d'un petit ventre chez les femmes et les hommes après 50 ans.

Mais il faut bien préciser que les effets de la ménopause peuvent être atténués par un comportement alimentaire adapté et par la pratique régulière d'exercice physique. Quant à la libido, on incrimine trop facilement la ménopause, une femme a de grandes chances de conserver une excellente libido après sa ménopause, le problème se situe plus dans l'image qu'elle a d'elle-même et de ses capacités de séduction. De plus, une pratique sexuelle régulière est un cofacteur favorable de régulation du poids.

Quelles raisons originelles peuvent expliquer cette différence de constitution ?

La génétique est donc responsable de ces différences dans la capacité musculaire entre hommes et femmes. Il s'ensuit un métabolisme de base différent. Le métabolisme de base est le nombre de calories brulées par l'organisme au repos afin de rester en vie. Il est simple à calculer : il suffit de mesurer sa masse musculaire appelée masse maigre sur une balance à impédancemétrie (en moyenne 60 euros sur Internet ou chez Darty). Il suffit de multiplier ce chiffre par 30 et on obtient le métabolisme de base en calories. Il est en moyenne environ de 1800 calories pour un homme et de 1400 calories pour une femme. 

Il existe aussi des différences dans la quantité de masse grasse entre homme et femme. Les hommes ont entre 15 et 25% de masse grasse alors que les femmes se situent entre 20 et 30%. On peut donc affirmer qu'une femme est structurellement plus "grasse" qu'un homme. Cela varie bien entendu en fonction de l'âge et de l'activité physique.

D'un point de vue psychologique, les femmes auraient un penchant beaucoup plus prononcé pour la nourriture. Elles seraient également plus enclines à se nourrir de manière compulsive - émotionnelle - pour combler un vide ou pallier un stress. Cela peut-il s'expliquer par le fait que les femmes soient plus "cérébrales" ? Y a-t-il d'autres raisons à l'origine de ces comportements ?

Je ne crois pas que les femmes soient plus compulsives que les hommes. Les hommes vont plus facilement se tourner vers l'alcool, le tabac, les femmes vers la nourriture plutôt sucrée. Les compulsions dépendent souvent de leur niveau d'acceptabilité sociale : l'alcool pour les hommes, le sucre pour les femmes..... 

La femme est-elle plus stressée qu'un homme ? Je pense que la femme en parle plus et mieux que les hommes. Les femmes sont plus en contact avec les aliments que les hommes car bien souvent ce sont elles qui préparent les repas, nourrissent les enfants à heures régulières. Ce contact permanent avec les aliments expliquent que les stress sont souvent compensés par des aliments directement à portée de main... 

En ce qui concerne le sucre il est plus souvent "féminin" que masculin. Les confitures, pâtisseries et autres desserts sont dans l'inconscient social assimilés à la féminité. Les publicitaires l'ont bien compris et maintiennent d'ailleurs cette filiation. La confiture se vendrait plus mal si elle s'appelait "Bon Papa" !

Existe-t-il malgré tout des points sur lesquels les hommes sont défavorisés ?

Certainement, c'est leur méconnaissance de ce représente un bon comportement alimentaire. Lorsqu'ils suivent un régime, leur femme en est bien souvent à l'origine. Ils sont plus tournés vers le plaisir alimentaire que vers le caractère santé d'une pratique alimentaire.

L'alcool est une constante chez l'homme et le devient malheureusement de plus en plus chez la femme. Il faut remercier ici l'invention des "happy hours" qui permettent une initiation précoce et peu couteuse à l'alcool de nos adolescents.

Les hommes sont aussi victimes de nombreux perturbateurs endocriniens présents dans notre alimentation et dans l'eau courante et qui les ....féminisent. La fertilité masculine a baissé de 25% en 20 ans. 

Quels conseils donneriez-vous aux femmes afin qu'elles puissent accélérer leurs efforts d'amincissement malgré toutes ces contraintes ?

Si nous reprenons les 4 facteurs cités au début de l'article, voyons ensemble sur lesquels on peut agir :

La génétique : On ne peut pas changer son génome mais on sait aujourd'hui que les comportements alimentaires, l'exercice physique voire même la méditation peuvent influencer l'expression de nos gênes existants. Par exemple la diminution de la consommation d'oméga 6, acides gras insaturés présents dans le maïs, le soja et le tournesol permet de diminuer l'expression des gènes de différenciation des pré-adipocytes en adipocytes (cf travaux G.Ailhaud et F.Massiera). En clair, on fabrique moins de cellules de stockage : les adipocytes.

Les hormones : On doit désacraliser la ménopause et ne pas en faire une sorte d'interruption de la vie "d'avant". On peut se prescrire des doses de zinc permettant de favoriser la sécrétion de testostérone qui est l'hormone de la libido également chez la femme.

S'obliger à pratiquer une activité physique régulière à raison de 3 fois 50 minutes par semaine. Exercice physique et non sport, c'est à dire à environ 50% de ses capacités physiques. L'important est la régularité et non l'intensité. Après 50 ans, il faut pratiquer cela comme un 'job". On ne manque pas à son travail donc il faut une assiduité du même type. Cela permettra d'atteindre les âges du 3ème âge en pleine santé et donc d'en profiter...

Le comportement alimentaire : C'est paradoxalement le plus facile... il faut : Faire des repas à heures régulières dans le calme. La durée du repas doit être d'au moins 21 minutes afin de permettre aux signaux de satiété de se mettre en place. Chaque bouchée doit être mâchée au moins 12 fois afin que les capteurs situés sur la langue soient bien en contact avec les aliments et que le plaisir parvienne bien à la zone de récompense située entre le cortex et l'hypothalamus (reward system ou noyau). Le cerveau doit avoir sa dose de plaisir alimentaire sinon gare... Prendre un bon petit déjeuner en 2 fois si nécessaire pour celles qui n'ont jamais faim le matin ou pas le temps. Le déjeuner et le diner : il faut privilégier les légumes crus ou cuits avec de bonnes protéines (œufs, poulet, viande blanche, poissons bien sûr)/

Je ne suis pas favorable aux féculents aux 2 repas mais seulement à midi et surtout cuits "al dente" et en contrôlant la quantité. 2 fruits par jour et pas plus avec un seul laitage et pas à 0%. En fait, suivre un régime du type méditerranéen adapté en quelque sorte... Avec toujours à portée la table des index glycémiques pour choisir les aliments à index bas < 50. Pour celles qui aiment le vin, 1 verre de vin rouge tannique tous les 2 jours peut tout à fait être bu même en période de restriction calorique.

Ne pas oublier votre ration quotidienne de noix et d'amandes, ce sont des trésors !

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