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©ERIC FEFERBERG / AFP

Le début de la fin

PenelopeGate : François Fillon saura-t-il sauver sa candidature avec son grand meeting du 29 janvier ?

Le coup porté par les révélations du Canard Enchaîné est dur à encaisser pour le candidat des Républicains, en perte de vitesse depuis quelques semaines. Le meeting du 29 janvier risque d'être déjà décisif.

Jean Petaux

Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, « Territoires du politique ». Il a publié une dizaine d’ouvrages, pour la plupart consacrés à l’analyse localisée de la vie politique mais également à l’histoire politique sous la Vè République. Le dernier, à paraitre début octobre 2019, est un livre d’entretiens réalisés avec Philippe Madrelle qui fut président du département de la Gironde pendant 36 ans et parlementaire plus de 50 ans.

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Atlantico : Les révélations du Canard enchaîné concernant l'emploi de Pénélope Fillon par son époux à l'Assemblée nationale vient perturber la campagne du candidat des Républicains. En quoi est il possible de considérer que la révélation de cette affaire est d'autant plus perturbante qu'elle intervient à un moment de "creux" pour un François Fillon qui n'a pas su imposer son rythme à la campagne ? En quoi le grand meeting prévu le 29 janvier prochain revêt alors une importance capitale pour la candidat, pour reprendre la main ?

Jean PetauxLa première remarque que l’on doit faire c’est que légalement une ou un parlementaire a le droit d’employer qui elle ou il veut comme collaboratrice ou collaborateur. Que cette personne soit son épouse, son mari, son fils, sa fille, sa maitresse ou son amant. Contrairement au règlement existant au Parlement européen, il n’y a aucune incompatibilité professionnelle pour ce type d’emploi.  Au Parlement français, l’enveloppe financière dont dispose l’élu est de 9.531 € bruts. Elle porte le nom d’Indemnité Représentative de Frais de Mandats (IRFM). Sur cette enveloppe le parlementaire peut embaucher 1, 2 ou 3 personnes différentes. S’il s’agit d’un membre de la famille du député ou du sénateur, l’IRFM est plafonnée à 50% du montant total disponible (4.700 € bruts environ). Légalement il n’y a donc pas d’interdiction formelle à cette pratique. Toute la question est de savoir d’une part s’il a bien eu un réel travail fourni ou bien s’il s’agit d’un emploi fictif. C’est ce que l’enquête préliminaire ouverte par le Parquet Financier va faire en sorte vérifier. Pour dire les choses simplement on peut considérer que cette enquête n’est pas la plus compliquer à mener et que les Français devraient être vite fixés…

On voit bien qu’il n’est pas question ici de droit mais de « principe » pour ne pas dire de « déontologie ». François Fillon, s’il a employé jadis son épouse comme collaboratrice, n’a, à l’évidence, pas saisi que l’opinion publique est très défavorable à ce genre de pratique. Cela ne date pas d’aujourd’hui d’ailleurs même si les critiques se sont multipliées à ce sujet ces dernières années. Si Pénélope Fillon a réellement été la collaboratrice de son époux ou de son suppléant qui a siégé à sa place quand celui-ci était ministre, c’était tout à fait légal mais c’est devenu progressivement une faute morale. Si elle n’a pas été une réelle collaboratrice, si elle n’a pas travaillé, c’est une situation passible des tribunaux et cela deviendrait alors une faute juridique. Le problème dans les deux cas (faute déontologique ou faute juridique) c’est qu’il s’agit désormais d’une faute politique. Et en ce sens c’est très ennuyeux pour  Fillon. Cette affaire est révélée à un moment qui ne doit rien au hasard : moins de cinq jours avant ce qui est présenté comme sa véritable entrée en campagne : son grand discours de sacre de candidature, son « Porte de Versailles » (Sarkozy, 14 janvier 2007) ou son « Bourget » (Hollande, 22 janvier 2012) à lui. Il y a donc clairement, chez ceux qui ont « armé » et « lancé » le « missile Pénélope », une intention manifeste de déstabiliser François Fillon. Comme dans ce genre d’affaire il n’y a pas du tout d’investigation ou d’enquête mais, disons les choses clairement, une « balance », une « dénonciation » livrée au « Canard Enchaîné » ce sont donc bien des proches de Fillon, ou qui l’ont été, suffisamment proches en tous les cas pour avoir eu à connaitre les faits, qui ont « gentiment » révélé l’histoire. En politique, les « saloperies » ne viennent pas (ou rarement) des adversaires, elles trouvent leur source (très souvent) dans son propre camp. Il faut donc chercher du côté des « amis » de François Fillon, de ceux qui à un titre ou à un autre ont eu quelque raison de lui en vouloir, avant-hier, hier, récemment ou qui sont en conflit avec lui aujourd’hui pour trouver l’origine du « poulet » au « Canard »…

Face à cette situation François Fillon a deux attitudes possibles. Soit il s’embourbe dans une défense vaseuse (les premiers arguments qu’il a mobilisé pour réagir sont plutôt de cet ordre) et il s’enfonce un peu plus. D’autant qu’il y a fort à parier, comme c’est souvent le cas, que les « révélateurs » de l’affaire n’ont pas tout lâché d’un coup et en ont « gardé sous le pied » pour tirer une deuxième salve. Soit il est blessé et tellement touché qu’il a la rage et « lâche les chevaux » le 29 janvier prochain. Il casse tout, renverse la table, met toute sa hargne dans la bataille parce qu’il estime qu’avoir « touché » à son épouse est absolument inacceptable et montre que les auteurs de la révélation (qu’il connait forcément) sont des types dangereux, capables de tout, qu’il faut à tout prix terrasser et que pour le faire il faut gagner en mai prochain.

On verra bien dimanche soir si le « missile Pénélope » qui « devait l’abattre l’aura rendu plus fort » (pour paraphraser Nietzsche) ou si le candidat officiel de la droite va rester englué dans une campagne qu’il faut bien qualifier d’atone et d’inaudible jusqu’au jour d’aujourd’hui.

 

Alors que François Fillon était parvenu à remporter la primaire, notamment grâce à un soutien massif d'un électorat aisé, le candidat LR se doit désormais de conquérir un électorat populaire. En quoi les révélations du Canard Enchaîné peuvent elles être un frein à cette ambition ? Au delà de son programme, le positionnement "droit dans ses bottes" défendu par François Fillon son image personnelle, ici bousculée n'est elle pas le handicap du candidat vis à vis de cet électorat ?

Les révélations du « Canard » sont aussi ravageuses pour Fillon que celles qui ont concerné la location d’un appartement par Laurent Juppé, le fils de celui qui était alors Premier ministre, dans le parc HLM de la mairie de Paris. Dans ce genre d’affaire encore une fois ce qui est désastreux c’est l’image qui est ainsi renvoyée. Dans un contexte extrêmement défavorable aux représentants politiques, aux élus, à tout ce qui est identifié (la plupart du temps à tort) comme faisant partie des « élites » (catégorie totalement indéfinie et creuse), « refiler » un emploi à son épouse cela ressemble à une forme de « passe-droit », un « privilège » (en latin : « un droit privé »), une « faveur » considérée aujourd’hui comme caractéristique de l’appartenance à une « caste ». Donc, clairement, pour un électorat populaire déjà peu enclin à considérer François Fillon comme à même de défendre ses intérêts, ce « micro-événement » (celui de la rémunération de son épouse) participe à accroitre la défiance qu’il nourrit à son égard. Et Fillon peut jouer les « pères la rigueur » fustigeant les « fraudeurs à la Sécu », il lui sera désormais opposé ce vieil adage : « La femme de César doit être irréprochable »… À l’évidence Madame Fillon offre toutes les garanties de qualités exigées pour la femme de César. Mais là où on est en droit de s’interroger c’est sur une certaine partie du« story telling » qui a été construit à son sujet, par les propres communicants travaillant auprès du vainqueur de la primaire de la Droite. Pénélope Fillon nous était encore présentée voilà peu (« Sud Ouest », 26 novembre 2016) comme une femme au foyer (qui  a « élevé les 5 enfants du couple nés entre 1982 et 2001») ayant renoncé à une carrière d’avocate, née au Pays-de-Galles, tout juste conseillère municipale de Solesmes (72), qui dit en 2007 à « Paris-Match » à l’occasion de la nomination de son mari à Matignon (qu’elle exècre) : « Je n’y arriverai pas », préférant le jardin de son manoir sarthois et ses chevaux.. Etonnant pour une collaboratrice parlementaire dont on pourrait penser, sans exagérer, qu’exerçant cette activité professionnelle elle s’intéresse de près à la vie politique et parlementaire. Sauf à ne pas vraiment travailler efficacement pour son « patron ».
 

Comment François Fillon s'est il rendu vulnérable à ce type de révélations ? En quoi son passage du rôle de challenger de la primaire à celui de favori de la présidentielle, couplé aux différentes hésitations (sécurité sociale, question des déficits de l'Etat) ont-elles pu participer de cette vulnérabilité ?

François Fillon est vulnérable à ce genre de révélations tout simplement parce qu’il a gagné mais aussi parce que c’est un vainqueur qui apparait comme fragile. Vainqueur il concentre vers lui les tirs ; fragile parce qu’il a semblé hésiter depuis sa victoire de la primaire, et quand il a voulu montrer qu’il n’hésitait pas, qu’il ne variait pas, il a reconcentré les tirs sur lui, le fragilisant encore plus. C’est le paradoxe de la primaire. Et pourtant celle de la Droite a été très mobilisatrice et sa victoire sans appel face à Alain Juppé. Le paradoxe de la primaire tient essentiellement au fait qu’elle reste très partielle, limitée non seulement à un camp mais, en l’occurrence, à une fraction d’un camp (plus de 59 ans, retraités, revenus supérieurs au revenu moyen per capita). Vainqueur mais fragilisé car installé sur une base électorale plus « pointue » qu’élargie, Fillon est, de surcroit, politiquement positionné sur le flanc droit de la Droite. Il ouvre un espace considérable sur son flanc gauche, au centre-droit de l’axe idéologique. Forcément il s’expose aux attaques de ses multiples concurrents. Et plus on s’expose plus on doit être vertueux. Ou réputé tel. C’est en ce sens qu’il est dans une situation compliquée. Il a construit une partie de sa victoire lors de la primaire sur une remise en cause très sèche de Nicolas Sarkozy :  « Peut-on imaginer le général de Gaulle mis en examen ? ». Quand on choisit ce type d’argument et que l’on « cogne » ainsi sur ses propres « associés-rivaux » on n’a absolument pas droit à la moindre erreur ni même de prêter le flanc à la moindre suspicion. C’est le risque (calculé) qu’a pris François Fillon. Dans l’épisode concernant son épouse Pénélope Fillon, il se peut très bien que l’enquête préliminaire du Parquet financier aboutisse à un « non-lieu ». Mais ce sera, pour partie trop tard, comme on dit « le mal aura été fait » pour Fillon. Pas certain que l’affaire soit totalement effacée de « l’ardoise magique » qui est celle que lit le corps électoral…

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