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Panama : les JMJ du Pape François correspondent-elles encore à l’intention originale de Jean-Paul II ?
©Luis ACOSTA / AFP

Journées mondiales de la jeunesse

Panama : les JMJ du Pape François correspondent-elles encore à l’intention originale de Jean-Paul II ?

Mardi 22 janvier ont commencé au Panama les Journées mondiales de la Jeunesse, grand rassemblement inventé il y a plus de 30 ans par le pape Jean-Paul II.

Jean-Baptiste  Noé

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire, rédacteur en chef de la revue de géopolitique Conflits. 

Il est auteur notamment de : La Révolte fiscale. L'impôt : histoire, théorie et avatars (Calmann-Lévy, 2019) et Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015)

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Atlantico : Les Journées Mondiales de la Jeunesse ont été créées en 1987 par Jean-Paul II pour permettre à la jeunesse chrétienne de vivre un rassemblement de grande ampleur. Vingt-quatre ans plus tard, ces rassemblements continuent à se tenir tous les deux ou trois ans, et les dernières JMJ ont été ouvertes au Panama hier. Existe-t-il un changement dans la façon dont le pape François envisage cet événement par rapport à ses deux prédécesseurs, Jean-Paul II et Benoit XVI ?

Jean-Baptiste Noé : Chaque pape aborde ces rencontres avec sa personnalité et son charisme. Mais l’intuition d’origine de Jean-Paul II demeure : permettre aux jeunes catholiques de tous les pays de se rencontrer pour des moments de festivités, d’échanges et de prières. Il s’agit de démontrer aussi que la foi catholique n’est pas dépassée, mais qu’elle attire de nombreux jeunes. On le voit dans le nombre de participants, qui ne cesse de croître à chacune des rencontres. 300 000 à Rome en 1985, 1.2 million à Paris en 1997, 2 millions à Madrid en 2011, 3 millions à Cracovie en 2016.
Benoit XVI y a introduit l’adoration eucharistique et a insisté sur la confession. François a gardé cela, ainsi que la dimension missionnaire et apostolique des JMJ. Il s’inscrit pleinement dans la continuité de ses prédécesseurs.

Certains commentateurs reprochent aux JMJ d’être des rencontres de « pop chrétienne ». Entre festivité et pèlerinage, quelles signification et place ont prises ces JMJ chez les jeunes chrétiens dans leur parcours de foi aujourd'hui ?

Les journées mondiales de la jeunesse ont lieu tous les ans, mais les grandes rencontres internationales se tiennent tous les trois ou quatre ans. Ainsi, chaque génération y participe et cela contribue à forger leurs souvenirs et leurs identités. On arrive aujourd'hui au moment où les premiers participants sont devenus parents et voient leurs enfants partir à leur tour aux JMJ. Cela contribue à une mémoire collective. Il est difficile de voir les conséquences directes de ces journées, mais l’on dispose de nombreux témoignages de conversions lors de ces rencontres ou bien de jeunes qui y ont compris leur vocation sacerdotale ou religieuse.   
Les JMJ sont devenues des incontournables de la foi catholique, à la fois une mémoire partagée entre les générations et des moments de prière partagés entre les jeunes. À cela s’ajoute la participation à l’organisation : la sécurité, le logement, etc. C’est une organisation lourde, qui permet de confier de hautes responsabilités à des gens très jeunes, exactement comme dans le scoutisme. 

Faut-il voir dans l'évolution des JMJ, comme le défend le vaticaniste John Allen, une affirmation d'une forme d'évangélisme catholique ?

Les évangéliques n’ont pas le monopole des rencontres et des festivités. Pour ma part, je les place surtout dans la continuité de l’histoire de l’Église : celle des fêtes populaires, des rogations, des pèlerinages. C’est une façon extérieure de vivre sa foi, qui rompt avec la stratégie de l’enfouissement chère aux progressistes des années 1970. Le catholicisme s’est toujours inscrit dans des lieux : les sanctuaires, les tombes des saints, les basiliques. Les JMJ contribuent à définir de nouveaux lieux du catholicisme, à tisser une nouvelle géopolitique de la foi. Mais cela n’a rien d’évangélique, parce que les sacrements sont omniprésents : la messe, la confession, ajoutées à la prière personnelle et à l’adoration eucharistique.   

Que révèle le choix du Panama par le Pape François pour cette 16e édition ?

Il y a toujours une alternance entre une ville d’Europe et une ville d’un autre continent. François est un pape de l’Amérique latine. Il aime son continent, il le comprend. Après Rio, Panama est un choix logique. C’est un petit pays, qui avait été visité par Jean-Paul II en 1983. La venue du Pape François sera donc un grand moment, qui va par ailleurs poser de sérieux défis logistiques, à la fois pour accueillir les milliers de pèlerins et l’ensemble des journalistes accrédités. C’est le plus grand événement international organisé par ce pays. Autant dire que le défi est d’importance pour eux aussi.  

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