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Pleure ô mon pays bien aimé

Oyez, Oyez, braves gens, écoutez la triste complainte d’Amine Z. assigné à résidence

C’est grâce au Monde que nous la connaissons. Et dans ce journal, on récite tous les jours la même prière : « Drancy si je t’oublie que ma main se dessèche ».

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Il y a en France des millions de personnes qui souffrent. Des chômeurs, des SDF, des bénéficiaires du RSA, des qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Pour faire le portrait d’une personne souffrante, Le Monde n’avait que l’embarras du choix. Mais il a négligé ces catégories très quelconques pour s’intéresser au cas d’Amine Z. assigné à résidence.

Amine Z, 28 ans, est algérien. C’est un migrant entré clandestinement en France. Il a fait des séjours à Fleury-Mérogis notamment pour vol avec effraction. Il a été libéré mais n’est quand même pas tout à fait libre. Il est en effet assigné à résidence à Drancy où il habite au 18ème étage d’une tour.

D’après les autorités, il constitue «une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre public». On lui reproche d’avoir fréquenté les cours de boxe de Thierry Valorus, un recruteur djihadiste condamné depuis à 9 ans de prison. Et alors ? Il a bien le droit de prendre des cours de boxe Amine Z. ? Il n’en a pas trouvé à Drancy et en dépit de la faiblesse de ses moyens financiers il a fait l’effort de se rendre dans le 13ème arrondissement où officiait Thierry Valorus.

Le Monde s’est penché avec émotion sur le Golgotha du malheureux Amine Z. Le Christ, très chanceux, n’a eu qu’à le gravir qu’une seule fois. Pour Amine Z, c’est Golgotha 7 jours sur 7 ! Le Monde ne lésine pas sur les détails des horreurs qui lui sont infligées. « Du lundi au dimanche, à 9h30, il sort de son appartement, parcourt les 20 minutes qui le sépare du commissariat, patiente dans la file d’attente et pénètre dans le petit bâtiment vitré. A l’intérieur il attend au milieu des prospectus et des affiches incitant à la lutte contre la radicalisation islamique. Quand son tour vient, il écarte les bras et les jambes pour une fouille au corps, signe le registre et sort ».

Pourquoi l’oblige t-on à voir des affiches anti-islamiste qui doivent traumatiser cet homme fragile ? C’est insupportable ! Comble de l’acharnement Amine Z. a l’interdiction de rentrer en contact avec certaines personnes. Parmi elles, son voisin de palier, le gérant et l’employé du taxiphone voisin : tous sont suspectés de radicalisation islamiste. Est-ce la faute de cette innocente brebis si à Drancy il y a beaucoup de radicalisés islamistes ?

Le Monde, de plus en plus ému, lui donne encore la parole. « Oui je suis un petit voyou mais je ne suis pas un terroriste ». Sourde à ses appels de détresse, la préfecture envisage de le renvoyer en Algérie. Et là bas, ce sera un Golgotha d’une taille himalayesque. Cette touchante chanson de geste se termine comme celle de Roland soufflant dans son cor à Roncevaux : « parfois je voudrais être témoin d’un attentat pour sauver des gens et prouver que je ne suis pas un terroriste ». Oh oui vivement un attentat pour permettre à Amine Z. de retrouver son honneur perdu !

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