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Des manifestants anti-vaccins à Bordeaux, en septembre 2020.
Des manifestants anti-vaccins à Bordeaux, en septembre 2020.
©Philippe LOPEZ / AFP

Pédagogie

« Oui mais on manque de recul… » : 10 arguments pour répondre aux questions SENSÉES des vaccino-sceptiques (et les rassurer)

La question du manque de recul sur le vaccin revient souvent chez les vaccino-sceptiques. Voici qu'on peut y répondre ainsi qu'aux autres arguments.

Christopher Payan

Christopher Payan

Christopher Payan est virologue au CHU de Brest et professeur à la faculté de médecine de l'université de Bretagne Occidentale (Brest).

Il est l'un des auteurs de Mini manuel de microbiologie (Editions Dunod)

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Eric Billy

Eric Billy

Eric Billy est chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg. Il est membre du collectif Du côté de la science.

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Morgane Bomsel

Morgane Bomsel

Morgane Bomsel est chercheuse au CNRS à l'Institut Cochin. Elle est virologue spécialiste de l'immunologie des muqueuses.

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1. La question du manque de recul revient souvent et un certain nombre de vaccino-sceptiques mettent en avant le fait que les périodes de test des vaccins sont toujours en cours jusqu’en 2022 ou 2023 pour les plus connus. Que répondre à ça ?

Eric Billy : Quand on ouvre un essai clinique, on définit ce qui va être fait. La période, l’objectif et les critères. Dans l’étude proposée initialement sur les vaccins, ils voulaient voir à deux ans quel était le niveau de réponse immunitaire, donc faire durer l’étude jusqu’en 2023. Mais dans l’étude de phase 3, les résultats ont démontré l’efficacité et la sécurité du vaccin. Cet argument joue sur une non-connaissance du public sur la manière dont les essais cliniques sont réalisés pour faire des amalgames. Il faut aussi rappeler que les gens qui ont reçu Pfizer en phase 1 et 2 sont vaccinés depuis plus d’un an. Donc nous avons le recul. La pharmacovigilance existe, elle est là et capable de voir des effets indésirables plutôt rares.

Morgane Bomsel : Effectivement mais cela suit le cadre de test de phase III/IV clinique habituel. Cependant, dans le cas précis du COVID, vu la situation, une exception a été faite après l'évaluation du bénéfice risque du vaccin. En conséquence des millions de personnes (et pas quelques milliers suivis en phase clinique) de tout âge et catégorie, (>12 ans) ont été vaccinés avec une absence d'effet secondaire important et généralisés (bien sur quelques cas particuliers mais excessivement rares, comme pour tout médicament/vaccin). Il est donc très peu probable qu'un effet négatif du vaccin émerge dans l'année à venir. Le bénéfice risque reste en entière faveur de la vaccination.

Christopher Payan : On ne connaît pas de vaccin où les effets secondaires se sont déclarés à long terme. Ils se déclenchent dans les heures ou les jours qui suivent. Les essais de phase trois ont commencé en juillet 2020 et il n’y a pas d’effets secondaires de long terme. Les effets sont les mêmes que ceux retrouvés dans les heures suivant l’injection avec les points d’injection douloureux, éventuellement un syndrome grippal, un peu de fièvre, etc. Tout cela avait été vu dans les essais initiaux. Les problèmes sont des cas particuliers pas la norme.

2. Quels sont les effets indésirables connus du vaccin, sont-ils plus graves que ce qu’on recense habituellement pour ce genre de produits ?

Eric Billy : Les effets indésirables sont très différents en fonction des gens. Le plus courant est une rougeur ou une douleur au muscle du deltoïde pendant 24h, ce sont des effets indésirables importants. Mais se prendre une porte à le même effet. Et c’était attendu puisqu’il y a une réponse immunitaire. Il peut y avoir des douleurs musculaires et un peu de fièvre mais le paracétamol est votre ami. Mais c’est très court et modéré. Par ailleurs, l’absence d’effets indésirables ne veut pas dire que le système immunitaire ne répond pas.

3. Peut il y avoir des effets du vaccin à long terme ? 

Eric Billy : Dans la pharmacopée de tous les vaccins, il n’y a pas d’effets secondaires à long terme qui ne seraient pas des effets déjà identifiés à deux ou trois mois. Si on avait dû voir des effets, nous les aurions déjà vu. Et on en a vu. On a vu qu’AstraZeneca avait un problème de thrombose dans un risque de 1 sur 100.000. C’est pour ça qu’on a réservé ce vaccin aux plus âgés. Mais c’est un phénomène rare. Il y a cinq fois plus de chance d’avoir un accident de voiture qu’une thrombose. Il a ete identifie rapidement en Europe à partir du moment où on a commencé à l’utiliser avec la pharmacovigilance. De la même manière on a vu la petite hausse de myocardite chez les jeunes garçons de 12 à 15 ans vaccinés avec Pfizer. 

4. Ils présentent l’ARN messager comme une technologie nouvelle dont on ne connaît pas les effets. Est-ce vraiment le cas ?

Eric Billy : On entend pas mal de rumeurs : les vaccins ARN on n'a pas de recul, ils n'ont pas été testés suffisamment longtemps. Faux. Les vaccins ARNm sont le résultat de décennies de recherche et d'essais. Les vaccin ARNm sont en développement depuis plus de deux décennies : cela inclut la stabilité de l'ARNm mais également le moyen d'amener l'ARNm dans les cellules : les lipides. Les nanoparticules qui contiennent les ARNm et les protègent ont même été étudiées pour favoriser leur capture par les cellules dendritiques, un type cellulaire qui est une des pierres angulaires pour développer une répnose immunitaire adaptative. Donc même dans le choix des lipides il y a eu des années de recherches.

Autre point à comprendre c'est qu’avant d'aller chez l'homme la toxicité des composants et du produit fini sont testés chez les animaux, et ce n'est que quand tous les feux sont au vert que l'on part en Phase I. Avant la COVID, BioNTech était connu en oncologie pour son approche vaccinale ayant pour objectif chez les patients atteints de cancer d'initier une réponse immunitaire contre les cellules tumorales et développant une immunité cellulaire en plus de l'immunité humorale.

L'objectif c'est d'aider le patient à de nouveau combattre la tumeur grâce à son propre système immunitaire en l'entrainant à reconnaitre les cellules tumorales.

Une de leurs premières publications dans le domaine : 2003, donc travaux antérieurs. Si on regarde le pipeline des différents projets de BioNTech on s'aperçoit qu'avant la COVID, ils avaient déjà une grande diversité de projets, certains en Phase I et Phase II donc avec des composant, lipides et ARNm dont les effets indésirables avaient déjà été étudiées :

- 15 projets précliniques

- 11 projets Phase I

- 1 projet Phase II (contre mélanome)

- 1 [projet Phase III (SARS-COV-2)

Pour le projet de Phase II en collaboration avec Genentech, les détails sont ici. Début de l'étude janvier 2019. Une des premières études de BioNTech, ouverte en décembre 2014, et toujours en cours dans une indication cancer du sein triple négatif. Pour conclure, BioNTech a une longue expérience dans le domaine des ARNm microencapsulés, et pour de nombreuses indications, les études ont été nombreuses et il n'y a pas d'essai autorises chez l'homme sans profil de toxicité au préalable chez l'animal. Ces vaccins sont sûrs et ont certainement été les médicaments les plus scrutés depuis la pharmacovigilance jusqu'à la disponibilité des données cliniques brutes auprès du public.

Morgane Bomsel : Il n’est pas vraiment "nouveau". Cette technique est étudiée depuis plus de 10 ans, avec des multiples essais chez l'homme en petit nombre sans effets néfastes.

5. Les vaccins à ARN messager ont-ils un effet sur l’ADN ?

Eric Billy : Il n’y a aucune preuve. De toute manière, la quantité d’ARN apporté par le virus est diamétralement supérieure à celle apportée par le vaccin. L'ARNm vaccinal va rester dans le cytoplasme et va directement être traduit. Sa durée de vie est estimée à environ deux heures. Le virus lui va détourner l’intégralité de la machineries cellulaires pour produire du génome viral. Une fois cela fait les cellules remplies de nouveaux virus (virions) sont détruites et les virus se déversent dans l’espace intra-cellulaire et infectent les autres cellules qui se trouvent autour. Donc le risque d’une intégration ou d’une rétrotranscription dans le génome est bien plus importante avec le virus. Dans les deux cas, aujourd’hui elle n’a pas été démontrée. Pour étayer cela, les partisans de cette idée citent un papier qui a depuis été complètement démonté pour ses biais expérimentaux. Il n’a pas de cas démontré, en particulier quand on fait de l’injection dans un tissu différencié comme l'injection intramusculaire.

6. Certains soulignent des problèmes évoqués par le passé concernant d’autres vaccins (Accusation du ROR et de l’autisme, Hépatite B et sclérose en plaque) ? Qu’est-ce qui est vraiment établi ou pas ? Y-a-t-il pu avoir des cas isolés ?

Eric Billy : L’affirmation sur le ROR se basait sur une étude anglaise qui a été reprise et démontée. Pour la sclérose en plaque c’est pareil. Aujourd’hui, de nombreuses personnes sont vaccinées à l’hépatite B sans qu’on constate d’incidence de sclérose en plaque. Les gens pensent parfois qu’il y aurait un gain pour la société à cacher un effet secondaire mais il n’y en a pas. S’il y a des effets secondaires, il va falloir les traiter. Ça n’a aucun intérêt pour la santé publique.

Il ne faut pas faire de confusion avec certains médicaments. Les gens évoquent souvent le médiator. Il peut y avoir des toxicités et effets secondaires sur des médicaments pris de manière chronique sur plusieurs années. D’où l’importance de la pharmacovigilance. Mais un vaccin, c’est deux injections. Si au bout de quelques mois on ne voit pas d’effets, c’est qu’il n’y aura pas d’effets tardifs.

Morgane Bomsel : Les études n’ont pas établi de relation de cause à effet certaine en général. Des cas isolés en corrélation. Rien n'est 100% sûr en pharmacopée mais c’est valable dans la vie en général. Ni le doliprane, ni sortir dans la rue où un chauffard peut vous écraser ne sont 100% sûrs.

7. On souligne parfois le risque des adjuvants dans la vaccination. Qu’en est-il pour les vaccins Covid ?

Eric Billy : Moderna et Pfizer n’ont pas d’adjuvant. Il y a des molécules qui stabilisent le Ph de la solution, la force ionique, qui sont des solutions salines pour ressembler aux conditions rencontrées dans les tissus et également pour maintenir l'intégrité des nanoparticules du vaccin . Il n’y a rien d’autre. On ajoute
des adjuvants dans les vaccins ancienne génération car souvent la réponse immunitaire n’était pas très efficace. Donc on créait localement une inflammation pour initier une réponse importante. Aujourd’hui avec les ARN messager c’est différent, on le donne aux cellules qui produisent elles-mêmes la protéine Spike. Cela va être beaucoup plus efficace et il n’a pas besoin d’adjuvants. Il y en a dans le Novavax et il y en aura dans le vaccin de Sanofi. 

Morgane Bomsel : Les adjuvants sont ici l’ARN messager du vaccin lui-même (bien que ses effets soient atténués par rapport à un ARNm "normal") et des lipides qui permettent aussi à l'ARN de pénétrer dans la cellule. Il n’y a rien de toxique.

8. Comment se fait-il qu’il y ait des cas de contamination et parfois de formes graves chez des personnes déjà vaccinées ? Est-ce statistiquement inéluctable ? Y-a-t-il un problème d’efficacité ? Le calcul bénéfice / risque est-il en faveur du vaccin ?

Eric Billy : Dans une population de 100 personnes, l’efficacité des vaccins sur les formes sévères est estimée à 93 %. Restent 7% qui ont des comorbidités, qui sont sous traitement, qui ont des spécificités biologiques, certains une sénescence. Cela peut conduire à ce que le vaccin ne réponde pas chez certain. Mais aucun médicament n’est efficace à 100%. Les vaccins sont parmi les traitements les plus efficaces.

Morgane Bomsel : C'est normal pour l'infection : le vaccin ne protège qu’environ 60 % de l'infection environ (donc 40% reste infectables) mais il protège environ 95% des cas graves et de la mort. Il en va de la même manière pour les quelques cas graves et les morts. Le vaccin ne protège qu’à environ 95% et pas à 100% donc restent 5% de personnes pouvant décéder. Ces chiffres sont totalement en faveur du Vaccin. Ce n'est pas le vaccin qui provoque le décès mais l'infection par le COVID. Je vous renvoie à la très bonne explication du journal Le Monde.

Christopher Payan : Il faut attendre 15 jours pour avoir un effet protecteur. Donc si des personnes sont contaminées juste après leur injection, c’est possible. Des cas d’infections plus à distance ont été décrits, c’est peu fréquent mais ça existe. En général, les personnes vaccinées qui ont été exposées présentent des signaux relativement faibles. Souvent, ils sont peu ou pas contaminant. En Angleterre ou Israël qui ont beaucoup vacciné leur population, il y a eu quelques infections mais peu de formes graves. Les hospitalisations concernent majoritairement les gens non vaccinées. Il faut aussi rappeler qu’en se vaccinant on protège aussi l’entourage.

9. Peut-on être contaminé au Covid par le vaccin ?

Eric Billy : Non. Il y a beaucoup de rumeurs mais c’est faux. Et on ne peut même pas être positif à un test antigénique comme le disent certains. Quand on injecte dans l’épaule le vaccin, on va créer des anticorps en réponse cellulaire contre la protéine Spike. Les tests antigéniques détectent la protéine N, pas Spike.
Il n’y a pas de correspondance ou de réaction croisée possible. Pour les tests PCR, on recherche l'ARN viral de 2 ou 3 gènes, or le vaccin n'apporte que l'ARNm de Spike. Par ailleurs on n’injecte que très peu de virus dans le bras et ça reste essentiellement localisé au point d'injection. 

Morgane Bomsel : Le vaccin n'est pas un virus et ne peut donc pas "contaminer". Le vaccin, c'est l'information génétique pour permettre la production d’un morceau d'une protéine de surface du virus nécessaire a pour le système immunitaire qui va produire des anticorps protecteurs contre le virus.

10. Les vaccins accroissent-ils l’apparition de nouveaux variants plus résistants ?

Eric Billy : La vaccination en elle-même ne peut pas faire apparaître de nouveaux variants. Par contre, mal faire la vaccination, espacer les doses un peu comme on l’a fait en Angleterre peut effectivement créer des conditions pour l’apparition de variants qui pourraient avoir un échappement immunitaire. Mais ce n’est pas ce qui se passe en France et en Europe, même au Royaume-Uni on est assez en sécurité à ce niveau-là. Dans le même temps, il a été démontré que la vaccination empêchait efficacement le taux de mutation et la variabilité. Et la contagiosité de la personne va être réduite. 

Morgane Bomsel : Il y participe sûrement indirectement. Mais d'un autre côté il semble que ces mutations rendent le virus moins toxique (moins grave) bien que capable d'infecter plus, en quantité, de gens. Les mutations sont inévitables avec ou sans vaccin. 

Christopher Payan : La question est à double tranchant. L’apparition des variants nécessite une diffusion liée à un passage de plus en plus fréquent du virus chez les personnes. Moins il y aura de personnes vaccinées, plus il va se diffuser et plus il y aura de variants potentiels qui pourront se sélectionner. Et plus on vaccine moins il pourra circuler. Mais la question se pose si on est dans un entre deux. Si une moitié des sujets est vaccinée et l’autre pas, ça laisse un espace suffisamment large pour que le virus continue à se diffuser et il va être confronté à des sujets vaccinés. Cela peut entrainer un effet de sélection des variants qui peut survenir chez les sujets non vaccinés et ferait émerger un variant résistant aux vaccins. Pour l’instant les variants continuent à être sensibles au vaccin. La pire situation c’est l’entre deux, d’où l’intérêt de vacciner autant que possible.

Propos recueillis par Guilhem Dedoyard

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