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Orientation : l'été, saison de toutes les angoisses pour tous les parents dont les enfants ne sont encore inscrits nulle part
©XAVIER LEOTY / AFP

Education

Orientation : l'été, saison de toutes les angoisses pour tous les parents dont les enfants ne sont encore inscrits nulle part

Si les vacances sont bien méritées pour bien des élèves, cette période est aussi un grand moment de stress pour certains parents et élèves qui ne savent pas ce qu'ils vont faire à la rentrée.

Jean-Louis  Auduc

Jean-Louis Auduc

Jean-Louis AUDUC est agrégé d'histoire. Il a enseigné en collège et en lycée. Depuis 1992, il est directeur-adjoint de l'IUFM de Créteil, où il a mis en place des formations sur les relations parents-enseignants à partir de 1999. En 2001-2002, il a été chargé de mission sur les problèmes de violence scolaire auprès du ministre délégué à l'Enseignement professionnel. Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur le fonctionnement du système éducatif, la violence à l'école, la citoyenneté et la laïcité.

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Atlantico : Que ce soit après le Brevet ou après le Baccalauréat, qui sont ces Français qui ne savent pas comment orienter leurs enfants et quelles sont les difficultés qu'ils rencontrent ?

Jean-Louis Auduc : Le passage 3eme/Seconde ou Terminale/baccalauréat est aujourd'hui pour une masse d'élèves de plus en plus importante très problématique, car l'utilisation de logiciels et de gestion numérique est très loin de tout résoudre.

Quelles sont les principales difficultés rencontrées ?

Au niveau de l'orientation 3e/Seconde:

 On estime le nombre d'élèves en difficulté d'orientation en troisième autour de 50 000 concernant ceux en formation professionnelle et en apprentissage. Il y a les difficultés rencontrées, notamment à Paris, pour obtenir le lycée de son choix dans le cadre du barème rectoral et de la procédure Affelnet qui comprend une partie "contrôle continu" que chaque établissement a géré individuellement. Bilan: Des affectations problématiques pour certains élèves suivant la politique de notes de leur collège. Interrogé le 5 juillet à l'Assemblée nationale, le ministre s'est inquiété de "la complexité de la gestion Affelnet" et s'est interrogé sur "la sincérité" de certains livrets scolaires." Une bonne alerte pour la mise en place du contrôle continu dans des examens......

Des difficultés aussi chez une masse de jeunes souhaitant une orientation en lycées professionnels qui n'ont pas eu la filière professionnelle souhaitée et qui ne seront orientés qu'à la rentrée de septembre dans une filière professionnelle non souhaitée avec tous les risques de décrochage scolaire.

Il y aussi une masse de jeunes souhaitant l'intégration dans un CFA (Centre de Formation d'Apprentis) dans le cadre d'une formation CAP par l'apprentissage et qui ne trouve de contrats d'apprentissage au niveau CAP compte tenu de la diminution continuelle de ceux-ci au profit de contrats à des niveaux plus élevés (Bacs Pros, BTS....). Une grande partie de ces jeunes risque de se trouver "déscolarisés".

Au niveau de l'orientation Terminale/enseignement supérieur:

 Cette fois on serait autour de 100 000 élèves avec un problème d'orientation après le bac. Le logiciel APB ( affectation Post-Bacs ) n'étant pas du tout adapté à la diversité des baccalauréats ( 50% de Bacs généraux, 30% bacs professionnels, 20% Bacs technologiques)et à la diversité des formations du supérieur où les formations à l'Université ne représentent que 50% de toutes les formations du supérieur, les jeunes ne trouvent pas de place dans les orientations choisies et se trouvent soumis pour une part d'entre eux au "tirage au sort" dans les formations les plus choisies.

L'accompagnement pour une bonne orientation en fin de cycle est-elle sufisamment adaptée ?

Non, si l'on a travaillé cette dernière décennie, à la liaison CM2/6e , on n'a pas travaillé suffisamment sur la continuité collège/lycée ou terminale/enseignement supérieur.

Concernant la liaison collège/lycées, le problème principal réside dans l'orientation en lycée professionnel ou en Centre de Formation en Apprentissage. Tout se fait comme si toutes les filières étaient équivalentes par rapport au prérequis. Or, entre les filières "mécanique", "espaces verts" "médico-social" ou "cuisine", il y a d'énormes différences!

Les stages professionnels prévus en collège sont très mal utilisés pour les élèves se destinant à l'enseignement professionnel. Ils sont plutôt gérés par les relations des familles que par les besoins des élèves. Toutes les études montrent que ce sont les élèves qui vont être orientés en lycées professionnels ou en apprentissage qui trouvent le moins des opportunités de stages en collège!

Concernant la liaison Terminale/ Enseignement supérieur, il faut cesser de "globaliser" les baccalauréats comme l'enseignement supérieur. Il faut cesser de raisonner comme s'il n'y avait qu'un baccalauréat: le baccalauréat général. En BTS, BTS  86%  des  bacheliers  généraux  sont diplômés, 78% des bacheliers technologiques et 59% des professionnels. En DUT, les résultats sont assez similaires 82%  des  bacheliers  généraux  sont  diplômés, 67% des bacheliers technologiques et 59% des professionnels. Tous ces diplômés vont aller pour une partie d'entre eux vers la licence professionnelle qui s'est beaucoup développée ces dernières années. Quant à la licence générale en université, il y a un vrai problème pour les bacheliers généraux. Les diplômés en 4 ans ne sont que de 45% pour les bacs L et 51% pour les bacs S pourtant réputés les meilleurs. Il faut traiter ce problème qui est une question essentiellement pédagogique de continuité Lycée/Université.

Quelles seraient les mesures salutaires pour éviter ces cas de parents et élèves "en perdition" ?

Je pense que trois mesures seraient indispensables pour mieux assurer la continuité tout au long du système éducatif.

Il faut que le principal palier d'orientation soit en fin de 4eme afin de faire de la classe de troisième une classe de préparation de la seconde générale et technologique ou de la seconde professionnelle.

Construire un cycle 3eme /Seconde s'avère indispensable pour permettre aux jeunes d'être mieux préparer à la seconde générale et technologique et pour les autres de faire un choix de filière professionnelle réfléchi et non subi, ce qui ne peut que diminuer le décrochage scolaire. En fonction de ces choix, les collèges auront à gérer prioritairement les stages en entreprise pour ces élèves. Des jumelages Collège/lycée professionnel ou collège/CFA pourraient être mis en place ainsi que des jumelages Collège/lycée général et technologique pour rassurer les élèves sur le travail à réaliser en lycée.  

Concernant la liaison terminale/enseignement supérieur, il faut une réflexion non seulement au niveau du lycée, mais aussi au niveau du supérieur.

La réflexion doit notamment se faire autour de la notion de "classe".

Cette structure est présente de manière permanente en collège et en lycée. Elle subsiste au niveau de l'enseignement supérieur dans les BTS, les DUT, les classes préparatoires, les écoles spécialisées professionnelles (infirmières, travail social, ...), qui ont souvent des réussites importantes. Elle disparait, ce qui n'est pas le cas dans de nombreux autres pays au niveau des licences générales de l'Université. Ceci explique sans doute que seul un BAC S sur deux réussisse la licence en 4 ans!

Il faudrait donc ouvrir un chantier sur cette question entre lycées et Universités.  

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