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OMS, OMC, CPI et cie : ces institutions que veut dynamiter Donald Trump sont-elles capables de corriger leurs (énormes) défauts ?
©NICHOLAS KAMM / AFP

America First

OMS, OMC, CPI et cie : ces institutions que veut dynamiter Donald Trump sont-elles capables de corriger leurs (énormes) défauts ?

Donald Trump a fait des institutions internationales multilatérales un bouc émissaire lui permettant d'apparaître comme le défenseur d'une Amérique menacée par un ennemi extérieur.

Pierre Conesa

Pierre Conesa

Pierre Conesa est agrégé d’Histoire, énarque. Il a longtemps été haut fonctionnaire au ministère de la Défense. Il est l’auteur de nombreux articles dans le Monde diplomatique et de livres.

Parmi ses ouvrages publiés récemment, La Fabrication de l’ennemi : ou comment tuer avec sa conscience pour soi (Ed Robert Laffont, septembre 2011). 


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Atlantico : Donald Trump semble avoir entrepris de dynamiter les institutions internationales multilatérales. OMC, OMS et surtout ces derniers jours, la CPI ont été au coeur de plusieurs polémiques et, de facto, paralysées dans leurs actions. Elles ont ainsi vu leur crédibilité être entamée.  En refusant de coopérer avec ces institutions, dont les défaillances ont été importantes ces dernières années, Trump va-t-il dans la bonne direction ?

Pierre Conesa : Je ne crois pas qu’il faille partir des défaillances de ces institutions mais plutôt de la façon dont les Etats parties les utilisent ou pas. La Cour pénale internationale (CPI) a été créée après l’effroyable guerre civile de Yougoslavie, puis la création de cours spécialisées sur des crimes majeurs et génocides de la décennie 90 (Rwanda, Sierra Leone…). C’est une formidable avancée pour juger des criminels de guerre et ainsi briser le cycle de l’amnistie aveugle et éviter les mécanismes répétitifs de vengeance. Rappelons que la création de la CPI est née d’une proposition du Président Clinton qu’ensuite le Congrès américain a refusé de valider. De même le GATT qui a précédé l’OMC est né de volontés américaines de libéraliser le commerce international et abaisser les droits de douane.

Trump dirige sa diplomatie en fabriquant des ennemis pour matérialiser son thème de campagne « America first » et ainsi se faire réélire par un électorat très peu informé de la vie internationale. Il peut ainsi décider de créer des crises qui plaisent : L’Iran en dépit de l’accord 5+1 ; la Russie de Poutine qui nous a causé moins de tort que l’Arabie saoudite dans la diffusion planétaire du salafisme ; l’Organisation mondiale de la Santé qu’il accuse d’être manipulée par la Chine alors qu’il avait lui-même nié l’existence et la gravité du Covid 19. Le terrain de dénonciation de la CPI choisi par l’équipe de la Maison Blanche est très intéressant : il est hors de question qu’une institution pénale internationale juge un soldat américain quels que soient ses actes. Quel autre pays pourrait adopter la même position sans être accusé de violer le droit international ou d’être un régime autoritaire ?

Quels défauts peut-on pointer dans ces institutions et quelles méthodes peuvent-elles envisager pour les corriger ?  

Ces institutions sont des créations essentielles à la vie internationale et comme tous ce type d’organisation souffre de la multilatéralité qui rend les décisions et les réformes difficiles. Mais s’il faut saluer une organisation dénigrée par Trump, c’est bien l’OMS qui a alerté dès que possible sur une pandémie totalement inconnue. Prenons la question à l’envers : qu’auraient été les effets planétaires de la pandémie du Covid 19 si l’OMS n’avait pas existé ?

Le problème vient plutôt de la volonté déjà ancienne des néoconservateurs américains, très influents dans le parti républicain de se défaire de quelque forme de contrainte internationale dans leurs actions diplomatiques. Le livre témoignage de Richard Clarke (Contre tous les ennemis ; Albin Michel 2004) fourmille de preuves que les équipes de la Maison Blanche non seulement n’ont pas cru à la menace Al Qaïda, mais qu’en plus celles qui arrivent avec G. W. Bush (Rumsfeld, Wolfowitz…) sont décidées à frapper l’Irak quelle qu’en soit les preuves, même au prix d’un mensonge. On avait déjà constaté cette pratique américaine du mensonge avec G. W. Bush désignant l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord après le 11 septembre, en oubliant l’Arabie saoudite, pays dont étaient originaires 15 des 19 terroristes. L’amnistie accordée à Mohamed Ben Salman, dans le charcutage de Kashoggi est un nouvel exemple de déni de la réalité par les équipes républicaines de la Maison Blanche…

Sans correction de ces défauts ne sont-elles pas menacées de se marginaliser totalement voire de disparaître ?

Oui ces institutions sont menacées de disparition, comme sont menacées de sanctions tous pays qui s’opposerait à la volonté des Etats-Unis. Ainsi de l’Europe dont les entreprises sont menacées par la justice américaine, en cas de violation d’un embargo décidé par les Etats-Unis même s’il n’est pas reconnu par l’UE. La justice américaine s’est accordé un privilège d’exterritorialité qui lui permet de sanctionner tout accord ou contrat international s’il a été libellé en dollar, ou si une partie de la négociation s’est déroulée sur le sol américain.

Donc quand on additionne le cas de l’OMC, de l’OMS, de la CPI – liste à laquelle Il faudrait ajouter l’ONU dont les Etats-Unis se passent quand ils décident de violer le droit international- il vaudrait mieux parler d’un cas Trump et des néo-conservateurs américains que d’une crise des institutions internationales.

Trump pratique la Taqiya (mensonge autorisé par la religion) mieux que certains de ses prédécesseurs surtout qu’il a l’appui de certains téléprédicateurs néo-évangéliques. En mars 2018, Robert Jeffress, pasteur évangélique de Dallas, et chroniqueur sur Fox News, celui qui avait parlé d’Antichrist à propos d’Obama, explique à propos de l’affaire de la prostituée Stormy Daniels, qui racontait ses frasques avec Trump (déjà deux fois divorcé) : « Même si c’est vrai, cela importe peu dans les affaires politiques…Trump est moins fautif que David et ses dix concubines et Salomon et ses milles femmes. » Si on se réfère au dernier relevé du Washington Posti du lundi 1er avril 2020 : depuis son investiture il a prononcé 9.451 mensonges, ceci à un rythme accéléré : autant de mensonges ces 6 derniers mois que sur la première année et demi de mandat. Il a maintenant atteint un rythme de 22 mensonges par jour alors que la première année, c’était moins de 6.  Mais pour être honnête, certains sont des doublons, d’autres le résultat de l’ignorance.

Il faut que l’Europe se ressaisisse et pèse de son poids pour la survie de ces organisations internationales en compensant le recul financier américain. Elle sera lors en mesure de réformer ce qui doit l’être, mais pas d’acter leur disparition.

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