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Obésité des jeunes : pourquoi l'épidémie a des impacts beaucoup plus vastes que la seule question sanitaire
©JEAN-CHARLES SEXE / AFP

Une question de poids

Obésité des jeunes : pourquoi l'épidémie a des impacts beaucoup plus vastes que la seule question sanitaire

Le ministère de la Santé a publié hier les chiffres de surcharge pondérale chez les jeunes : près de 20% des adolescents seraient touchés, un chiffre en augmentation depuis 2009.

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Un surpoids au sens propre et au sens symbolique

La tendance se confirme, avec cette enquête récente, les jeunes grossissent, un bon tiers d'entre-eux souffre de surpoids, voire d'obésité et cela les touche d'autant plus qu'ils font partie des classes sociales défavorisées. La mal-bouffe, les écrans, sont les premières raisons invoquées et les plus objectives, pour expliquer cette tendance qui nous rapprocherait du mouvement déjà largement opérationnel sur la jeunesse américaine. En réalité, l'alourdissement des jeunes générations est une tendance mondiale des pays les plus industrialisés. Mais cet embonpoint n'est pas un simple constat, c'est le symptôme d'une pathologie sociale plus large et qui passe aussi par des pertes d'aptitudes physiques et intellectuelles, globalement sous forme de paresses. A cette enquête sur le surpoids, on peut accoler d'autres enquêtes menées sur les capacités sportives, qui mettent en évidence une perte de ce que les spécialistes appellent la VO2-Max, cette mesure caractérisant l'aptitude à l'effort, la cylindrée de l'individu en quelque sorte. Constituée principalement avant l'âge de treize/quatorze ans, elle conditionne les futures capacités sportives et elle est en baisse globale. On note particulièrement la baisse de l'endurance. Egalement, les items liés à la dextérité sont en baisse, ces capacités à réaliser des choses fines avec les segments terminaux, les mains, les doigts. Pour corroborer ces données, il faut écouter les professeurs de primaire et de collège, évoquer la perte de l'effort, la médiocre qualité de l'écriture, la réticence à s'accrocher en cas d'échec, une paresse intellectuelle et physique globale donc. Mais tous ces paramètres sont très inégalement répartis dans la population et touchent principalement les catégories sociales les plus défavorisées effectivement, mais ce serait trop simple de pointer éternellement les mêmes.

Sens propre et sens symbolique

En réalité, sur le plan symbolique, le surpoids, l'obésité, sont synonymes de satiété, de corps et d'esprits comblés, si ce n'est gavés et donc, sur le plan cérébral également gavés, donc blasés, tant à ces jeunes âges, corps et esprit, marchent ensemble. Et le désir vient du manque... On peut bien sûr incriminer les burgers de fast-foods, les pizzas, consommés en boucle, appréciés des jeunes, repas individuels ou entre copains, mais surtout repas rapides. Mais là encore, il s'agit du symptôme. A l'origine, l'abolition du temps, celui du repas traditionnel, à table, en famille, disparu au profit d'une alimentation, au coup par coup, quand l'enfant a faim et un « nourrissage » rapide, entre deux écrans, dans le pire des cas, debout devant le réfrigérateur. Quelques commentateurs ont évoqués les écrans, très addictifs, qui poussent les jeunes à se nourrir entre deux jeux, entre deux conversations, ou même pendant le jeu. Mais on ne peut incriminer uniquement l'enfant. Le loisir numéro un des jeunes adultes est aussi le jeu vidéo et les jeunes parents ne sont pas moins intoxiqués par ces écrans que leurs enfants. Et l'enfant n'est donc pas le seul à avoir un temps d'alimentation déstructuré. Soit que les parents peinent à avoir autorité pour faire venir à table des enfants tenus par leurs électroniques respectives, soit que les parents eux-mêmes ne passent pas à table et se nourrissent comme ils nourrissent leurs enfants, au coup par coup, chacun son écran et chacun son alimentation. Et de fait, ces phénomènes de surpoids ou d'obésité concernent souvent l'ensemble de la famille.

Que les rondes sont belles...

Au chapitre des causes, toujours dans la fibre de la paresse, la réticence à cuisiner, où le manque de savoir faire, sont corroborés par le succès des émissions culinaires, qui témoigne de la recherche de quelque chose de perdu. Effort de courses, effort de cuisine, souci de diversification, sont diversement appréhendés et on passe de la famille soucieuse d'équilibre et de diversité, épluchant les étiquettes, cherchant les meilleurs produits, parce qu'elle y est sensibilisée et parce qu'elle en a le temps, à la famille désinvolte, habituée des plats cuisinés tout prêts, toujours les mêmes, ceux que l'on connaît et que l'on aime, lesquels sont le plus souvent, trop gras, trop sucrés, trop salés. Avec entre les deux, toutes les configurations possibles, dépendant du degré de sensibilisation, de temps et de moyens des parents. Mais il ne faut pas s'y tromper, cuisiner, manger sainement et diversifié ne coûte pas plus cher que d'expédier de la mal-bouffe au quotidien, cela coûte même moins cher. On est bien dans cette notion de paresse globale. En primaire, il m'est arrivé de multiples fois de voir des parents refuser la sortie scolaire en prétextant la difficulté ou l'incapacité à préparer un pique-nique pour leur enfant, il faut le vivre pour le croire.

Pour arranger le tout, la correction politique s'en mêle, gare à celui qui n'aimerait pas les rondes, aujourd'hui magnifiées, façon Marlène Schiappa. Ou cette enquête, voici quelques années, qui affirmait que les hommes avec un peu de « brioche » étaient plus sexy sur la plage. Tout est fait pour que le surpoids soit décomplexé et même « tendance », dès lors, pourquoi faire attention à ce qu'on mange et à sa pratique sportive ? On pourra noter qu'il est étonnant que la mode esthétique colle au mode d'alimentation le plus rentable, un peu comme une entente cordiale entre les deux promoteurs.

Au final, ce surpoids de nos jeunes, mais aussi de leurs parents, doit nous inquiéter, il est synonyme de beaucoup d'autres problématiques sociétales, de perte de repères, de perte de relations, de perte d'asymétrie entre parents et enfants, de perte de désirs et de trajectoires personnelles dans un contexte déprimé auquel le législateur participe. L'inflation de normes, le contexte sécuritaire permanent, la peur diffuse de l'avatar, du chômage et plus largement du lendemain, fait de la société française, à chaque enquête, l'une des plus pessimistes des pays industrialisés. Cela conduit à un autre mode de vie, chacun son écran, chacun son alimentation, en forme d'échappatoires, devant l'adversité. Ce surpoids est aussi à prendre au sens symbolique, d'une société qui en a, comme dit l'adage : plein le dos...

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