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Non, le Bore-out n’est pas une maladie professionnelle (voici pourquoi)
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Mise au point

Non, le Bore-out n’est pas une maladie professionnelle (voici pourquoi)

Au cours des dernières semaines, de nombreux écrits ont fait état d'une nouvelle maladie professionnelle, le "Bore-out ". Cependant, considérer ce phénomène réel d'ennui au travail comme une pathologie serait une erreur.

Xavier  Camby

Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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Atlantico : Ces dernières semaines, de nombreux écrits ont fait état d'une nouvelle maladie professionnelle assimilable à un syndrome d'ennui au travail et baptisée le "Bore-out". Dans quelle mesure considérez-vous qu'il s'agit d'une imposture ? 

Xavier Camby : Je veux d'abord dire mon estime et mon respect pour tous ceux qui s'engagent résolument et sans mercantilisme contre toutes les formes nouvelles de la souffrance au travail. Leurs initiatives sont variées et très nombreuses, de part le monde entier. Comme dans toute recherche, des tâtonnements sont inévitables et il est bien évident que certaines explorations sont plus avancées ou plus heureuses que d'autres.

Réduire le Bore-out à un ennui professionnel me semble erroné. Et très paradoxal : dans les faits, seuls sont réellement victimes d'accidents psychiques professionnels, dans les 3 formes que j'ai décrites ailleurs, ceux qui travaillent intensément, qui sont très engagés et qui assument de vraies responsabilités ; un paresseux ou un dilettante ne fera jamais un Burn-out, un Bore-out authentique, ni ne souffrira d'un syndrome d'imposture. 

La dépression nerveuse, de nature différente mais dont les symptômes sont quasi identiques, est plus vraisemblable, pour celui qui déclare s'ennuyer au travail. La Faculté - en Amérique du Nord comme en Europe - semble incapable à ce jour de faire cette distinction et refuse d'étudier cette nouvelle forme de souffrance qu'est l'accident psychique : les traitements indistinctement proposés consistent en une camisole chimique (on efface les symptômes, en ignorant les causes) et dans le renvoi de l'accidenté à sa seule responsabilité privée (en l'invitant à des introspections culpabilisantes, souvent inutiles).

Le Bore-out n'est pas lié à l'ennui professionnel. Ce contre-sens provient sans doute d'une traduction un peu trop littérale ou hâtive, autant que de la méconnaissance de l'écoeurement professionnel, que ce mot désigne pourtant.

Si le "Bore out" n'est pas une maladie, de quoi s'agit-il véritablement ?

Une claire distinction entre une maladie et un accident est nécessaire. Par exemple, mon grand-père était maître de carrière. La poussière de granite, comme la fumée de combustion des explosifs, le firent souffrir toute sa vieillesse d'un trouble respiratoire appelé emphysème. C'est une maladie liée à l'exercice spécifique d'un métier particulier. Un accident professionnel aurait été l'éclatement imprévu d'une roche, la rupture d'un câble, un engin mal contrôlé, mais aussi bien une chute de vélo ou un coup de marteau sur le pouce, causant une blessure physique.

Le Bore-out est un accident psychique. Cette nature, à la fois accidentelle et psychique, le rend moins facilement identifiable, car en dehors de nos références habituelles. Il procède d'un profond - même si inconscient - écoeurement pour une activité professionnelle, exercée trop longtemps sous contrainte, inconsciente elle aussi. Ses premiers symptômes peuvent être physiques : nausées, vertiges, chutes, vomissements, syncopes. Puis psychiques : insomnie, déconcentration, changements d'humeur, dépersonnalisation, désespoir, angoisses, pulsions suicidaires...

Contrairement à une croyance inepte ou à une coupable lâcheté (qu'hélas j'ai rencontrée chez quelques dirigeants ou DRH), cet accident psychique est toujours directement lié à l'exercice d'un travail. Toujours professionnel donc, même s'il peut impacter ou détruire ensuite la vie entière de sa victime. Toujours donc à considérer aussi comme de la responsabilité de l'employeur, qui doit premièrement le prévenir - c'est possible et même assez simple - et le guérir, c'est-à-dire prendre en charge ceux qui en souffrent. Certaines lois rendent parfois cet accompagnement difficile. Mais rien n'est plus inhumain, ni indigne que d'entendre certains employeurs, jusque dans les administrations publiques, nier leur responsabilité face aux accidents psychiques professionnels.

Quelles sont alors les "vraies" maladies professionnelles auxquelles sont sujets les travailleurs occidentaux ?

Je ne suis ni médecin, ni spécialiste des maladies professionnelles. Mon travail, cependant, m'a amené à connaître et à étudier les accidents psychiques (loin des systèmes de prêt-à-penser ou des idéologies scientifiques et médicales) pour entreprendre de les guérir. Ce qui est possible.

Plusieurs croyances occidentales constituent pour moi le terrain pathogène à toute souffrance psychique au travail

- La première est que le travail serait nocif pour l'homme, constitutif d'une peine ou d'une punition. Née d'images fausses et d'étymologies erronées, cette croyance nie que le travail constitue d'abord un lieu d'apprentissage, de découverte et de croissance, de rencontre, de collaboration et de partage, de création de valeur ajoutée, d'invention, de dépassement de soi et de célébration... Toute une mythologie, hédoniste, mystique ou misérabiliste, célèbre hélas cette idée dévastatrice :

- La seconde, non moins pernicieuse, vient d'un long conditionnement inconscient, lors de nos études : nous sommes programmés pour atteindre une perfection individuelle (et solitaire) en lieu et place de créer ensemble un mieux-être partagé, d'obtenir un résultat en commun. Naissent ainsi, dans toutes nos communautés laborieuses, des tyranneaux égocentrés, insatisfaits d'eux-mêmes et des autres à force d'imperfections, toxiques et destructeurs, à force de vouloir les cacher ;

- La troisième est le tabou de l'échec. La peur d'échouer détruit une bonne partie de notre énergie psychique. On apprend pourtant plus de ses erreurs que de ses réussites. Et seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais !

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