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Noisiel : cachez-moi cette homophobie des quartiers sensibles que je ne veux surtout pas voir
©OSCAR DEL POZO / AFP

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Noisiel : cachez-moi cette homophobie des quartiers sensibles que je ne veux surtout pas voir

Les images des ébats d'un couple homosexuel de Noisiel ont été diffusées sur Twitter. Cette vidéo a généré de nombreux messages de haine. Noisiel est devenu un "top tweet" avec un déferlement de dizaine de milliers de messages homophobes en raison de la participation d'un jeune de la ville sur cette vidéo.

Mehdi Aifa

Mehdi Aifa

Mehdi Aifa est président fondateur de l'Amicale des Jeunes du Refuge. 

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Atlantico.fr : La ville de Noisiel a beaucoup fait parler d'elle ces derniers jours à la suite d'une sextape partagée sur les réseaux sociaux montrant un homme pratiquant une fellation à un autre homme. Depuis la publication de cette vidéo, des centaines de messages haineux et homophobes ont circulé sur la toile. Un des deux hommes sur la vidéo a quitté la France depuis que la vidéo a été mise en ligne.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez vu ce déferlement de haine ?

Mehdi Aifa : Je n'ai pas été surpris. C'est un énième déferlement homophobe sur les réseaux sociaux initié par des banlieusards. Nous sommes témoins tous les jours de propos homophobes venant de personnes identifiées comme vivant en banlieue ou en cité. Pour moi c'est le quotidien. Concernant ce jeune homme, il a été volontairement outé et ce pour annihiler son existence, pour laver l'honneur d'un quartier en ostracisant la tare qui ne collerait pas à l'image que la banlieue se donne. Nous l'avons vu sur twitter avec ce déferlement de haine mais aussi sur Snapchat où des gens ont publié son identité et son adresse. Il ne faut pas croire que cet outing forcé n'est qu'un jeu d'ado prépubère qui viennent de découvrir que deux hommes peuvent avoir des relations sexuelles, il s'agit là d'une mise à l'index pour rappeler à tout un quartier que l'homosexualité et par extension les homosexuels n'y ont pas leur place et qu'ils feraient mieux de bien se cacher ou de fuir, ce que ce jeune homme a été malheureusement contraint de faire. Cela n'a qu'un but, intimider celles et ceux qui ne collent pas à la norme, la leur.

La majorité des commentaires ont été écrits par des habitants de cités voisines, à dominance masculine. Y a-t-il un problème avec l'homosexualité dans les banlieues ? 

Oui il y a un problème, elle n'est pas tolérée, elle est honnie par toute une doxa, et elle est majoritaire, qui voudrait que l'homosexualité est une importation de l'Occident et serait un mode de vie de blanc. La puissance et la virilité sont une norme dans cet environnement. Or, l'homosexuel est vu comme un être faible et fragile, il est donc relégué au rang de femmelette. Mentionnons aussi que la population de ces quartiers est à dominance d'origine nord-africaine et que l'on vit dans ces quartiers comme dans son pays d'origine. L'homosexualité dans les pays d'Afrique du nord est sévèrement réprimée par la loi mais aussi par l'opinion publique et nous constatons une importation de ces interdits dans nos territoires français. Territoires que j'ose appeler territoires perdus de la République. La religion qui prédomine dans ces banlieues ce n'est pas la religion catholique, mais l'islam et par prolongement l'islamisme et l'islam politique. Les homosexuels sont considérés comme haram (interdit) et nous le voyons dans certaines agressions homophobe, les agresseurs sont en très grande majorité d'origine nord africaine et parfois les agressions ont pour justification la religion islamique. Nous l'avons vu avec l'agression d'une personne transgenre à Grenoble, nous l'avons aussi vu avec le brigade anti-trav à Paris.

Pourtant, l'homosexualité existe belle et bien en banlieue et parfois ces homophobes de jour, viennent goûter à l'homosexualité la nuit. Une dualité qui questionne mais qui a des réponses dans le système oppressif des banlieues. Une oppression culturelle et cultuelle qui se propage... Il est dramatique de savoir que des homosexuels doivent vivre cachés dans ces environnements. Il est aussi dramatique de savoir que l'on doive parfois s'aliéner au point de fonder une famille, vivre avec une femme et y avoir des rapports sexuels le jour, et vivre sa vie d'homosexuel la nuit et ce pour satisfaire aux diktats et  desideratas d'une oppression qu'on refuse de nommer.

Comment se fait-il que très peu d'organisations LGBT+ n'aient pas condamné plus fermement ces propos haineux ? Pourquoi ne pointent-elles pas clairement les responsables ?

Trop peu effectivement et souvent la condamnation est assortie d'un "ne stigmatisons pas" ou d'un "ne faisons pas l'amalgame". Elles n'ont aucun courage et agissent de la sorte par peur d'être étiqueté d'islamophobe. L'exemple de SOS Homophobie est frappant. Elle condamne et parle de "reflet d’un internet pollué quotidiennement par des expressions de haine et de rejet." Ce n'est pas le reflet d'un internet mais le reflet d'une micro-société dans notre société qui gâche la vie des homosexuels en banlieue. Ces associations sont dans l'incapacité d'identifier et de nommer ce mal.

Je conclurai par cette citation de Camus : Mal nommer les choses, c'est ajouter au malheur du monde. Ne pas nommer les choses, c'est nier notre humanité.

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