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©BERTRAND GUAY / AFP

Echéances électorales

Nicolas Hulot : radioscopie d’une popularité stérile

Selon les derniers sondages et les récentes enquêtes du JDD ou de l'observatoire politique réalisé par Elabe pour Les Echos, la cote de popularité de Nicolas Hulot devance celle du PS ou de LREM. Cette popularité peut-elle se traduire dans les urnes lors des prochaines élections ?

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet, universitaire, essayiste, auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire des Présidents de la République (Perrin 2013 et 2017)

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Atlantico.fr : La cote de popularité de Nicolas Hulot s'envole, loin devant celle du PS ou de LREM. Cette popularité peut-elle se traduire dans les urnes aux prochaines échéances électorales ?

Maxime Tandonnet : Nicolas Hulot est une personnalité emblématique, une icône médiatique très populaire. Il présente avec Ushuaïa une émission de télévision fétiche qui sublime les voyages, la nature, l’exotisme. Il s’est imposé comme un symbole de la défense de l’environnement. Cela ne présume en rien de ses capacités à diriger une politique. Il a été ministre d’Etat au début du quinquennat Macron et cette expérience s’est terminée en fiasco. Personne n’attend vraiment de lui aujourd’hui qu’il reprenne des responsabilités opérationnelles. Lui non plus n’y tient sans doute pas. Dans le monde actuel, il est infiniment plus facile d’être un personnage emblématique que de se confronter aux réalités. Sa vive popularité reconquise – elle s’était effondrée lors de son passage au gouvernement – ne se traduira probablement pas à l’avenir par des succès électoraux pour lui-même. Elle reste du domaine du symbole. En revanche, elle traduit une préoccupation pour l’environnement qui peut en effet se traduire par une poussée électorale de courants se réclamant de l’écologie. 

Derrière la figure populaire de Nicolas Hulot se cache le projet politique porté par EELV. Cet engouement pour les figures écologistes peut-il permettre aux Verts de sortir de leur statut de parti du vote par dépit ou de bonne conscience ?

De fait, les questions de protection de l’environnement et les inquiétudes pour le climat occupent en ce moment une place centrale dans la conscience politique des Français et notamment de la jeune génération. C’est un sujet qui dépasse le cadre national et même européen. Le sentiment que l’avenir de la planète et de l’humanité est en jeu est largement partagé et dominant surtout chez les moins de trente ans. C’est une réalité qu’il faut prendre en compte. Le vote écologie, dans les mois qui viennent sera, non pas de dépit, mais de conviction et d’idéalisme. Il est difficile d’anticiper sur le niveau qu’il peut atteindre mais il ne faut pas négliger qu’aux municipales, il batte des records. Ce sera le reflet d’une sensibilité croissante dans le pays. Ce vote écologique est aussi le signe d’un manque de confiance dans les autres partis, en particulier le PS et LREM qui revendiquent aussi une identité « verte » mais ont perdu leur crédibilité dans ce domaine. En matière d’écologie, il vaut mieux être opposant et pouvoir faire rêver qu’en charge des responsabilités et devoir assumer des choix… Ce fut tout le drame du bref passage au pouvoir de Nicolas Hulot. 

Le projet d'écologie politique de Nicolas Hulot est-il compatible avec nos institutions ou s'inscrit-il dans une logiciel de pensée trop détaché de l'exercice concret de la politique ?

Ce n’est pas tellement une affaire d’institution mais de réalisme. Il y a une part d’utopie et de rêve dans le projet écologique tel qu’il est préconisé par les Verts. Cependant, pour se nourrir dans le monde moderne, il faut une agriculture qui utilise des engrais et autres produits contestés. Pour se déplacer en avion ou en voiture, il faut émettre du carbone. Pour se chauffer et faire tourner l’industrie, il faut utiliser l’énergie nucléaire. Et si l’on arrête le nucléaire, on revient au charbon – comme les Allemands – qui est infiniment plus polluant. Et puis même, si en France on décide de revenir à l’ère préindustrielle, cela ne signifie pas que la Chine, l’Inde, les Etats-Unis, ces gigantesques empires industriels qui polluent infiniment plus que la France, suivront son exemple. La France, par idéologie, aura sacrifiée son bien-être et son avenir sans le moindre avantage pour la planète. Le sujet est donc complexe et ne peut pas se réduire à l’idéologie. Il doit prendre en compte d’autres dimensions de la vie publique, économiques, sociales, technologiques et se traduire dans la réalité par des arbitrages, des décisions et non des rêves. Dans les faits, les partis se réclamant de l’écologie ne sont sans doute pas les mieux placés pour  définir les points d’équilibre nécessaires et les traduire en politiques publiques. 

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