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Monde d’après : les enseignements et les leçons de la crise du coronavirus pour se prémunir efficacement contre les futures pandémies

Alain Bauer et Roger Dachez ont publié "Comment vivre au temps du coronavirus, un manuel pour comprendre et résister" aux éditions du Cerf. Les auteurs reviennent sur une somme historique d'alertes et de rapports multiples qui auraient dû nous permettre de combattre la Covid-19. Extrait 2/2.

Roger Dachez

Roger Dachez

Né en 1955, Roger Dachez est professeure à l'université Paris-Diderot. Il est également président de l'institut Alfred Fournier et l'auteur de nombreuses publications. En collaboration avec Alain Bauer, il a écrit Les Promesses de l'Aube et Une histoire de la médecine légale et de l'identification criminelle

Voir la bio »Alain Bauer

Alain Bauer

Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai. Dernier livre paru : Vivre au temps du coronavirus (Cerf)

Il est également l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du crime (Cnrs, 2013) et Le terrorisme pour les Nuls" coécrit avec Christophe Soullez (First, 2014).

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Souvent on a comparé la gestion de cette crise à la période de 1940. On a rappelé l’ouvrage fondateur de Marc Bloch, L’étrange défaite. On est passé, selon une jolie formule utilisée par Patrick Lagadec en 2010, de la « drôle de guerre » à la « drôle de grippe ». Après le déni, la paralysie, les plus grands États du Monde ont tenté de gérer une crise qu’ils avaient oubliée et à laquelle ils avaient tous été confrontés dans le passé. 

En France, encore agitée d’une crise de gilets jaunes qui semble n’en pas finir de passer, la « trêve des confineurs » semble aussi se terminer et le terrain social bruisse d’une rentrée marquée par les effets à long terme des effets sociaux de cette crise multiple. 

Et maintenant, comme d’habitude, nous allons commencer sans doute à passer à autre chose. 

Il va d’abord falloir solder le traditionnel « Responsable, coupable, solvable ». Il appartiendra aux tribunaux de faire ce travail indispensable en démocratie, y compris en attendant que soit enfin tranché le sort de cet anachronisme français qu’est la Cour de Justice de la République. 

Puis lutter contre l’amnésie. Car nous avons fait la démonstration que cette épidémie ne nous a pas pris en embuscade. La surprise « stratégique » est beaucoup plus rare que l’aveuglement. Scientifiques, chercheurs, espions, analystes, intellectuels, romanciers, réalisateurs de films, ingénieurs, députés, sénateurs, ministres mêmes. Nombreux sont celles et ceux qui ont tenté de prévenir avec les moyens dont ils disposaient. 

Si le péché originel de la dissimulation sur la disponibilité des masques pèsera sans doute longtemps sur une communication d’État qui entrera dans les manuels comme l’exemple à éviter, il convient maintenant de reconstruire ce qui avait été patiemment élaboré par le passé. 

La France dispose des compétences et des expériences permet  tant de nous préparer ensemble à la pandémie qui vient. Cette répétition générale a montré les défaillances, les fautes, les failles du système mis en place depuis 2013. 

Le Professeur Claude Got a identifié le 10 mai 2020 six fautes commises par l’État. Prenons le parti de déterminer autant d’objectifs:

– Remettre en état l’outil de prévision indépendant et doté d’un budget propre, placé auprès du Premier ministre, et chargé d’établir un plan annuel, public et mis à jour, de préparation à la crise sanitaire (avec des objectifs chiffrés et contrôlés annuellement par le parlement) 

– Se préparer à la pédagogie du port du masque et du stock de masques individuels dans la population. Anticiper une obligation de port dans tout l’espace public. 

– Remettre en état l’outil industriel : Masques, respirateurs, gel, réactifs, principes actifs de médicaments et considérer qu’il s’agit d’un secteur stratégique majeur.

– Préparer un dispositif de contrôle permanent, température et tests des entrées sur le territoire. 

– Préparer une révision générale de l’usage des Etablissements Recevant du Public permettant par les dispositifs d’isolation relative, de ventilation et de protection, de rétablir la vie sociale, le tourisme et les transports, dans des conditions sanitaires et économiques soutenables. 

– Enfin, se préparer à la grave crise sanitaire et environnementale qui se profile. Tout est désormais réuni pour que ces effets soient bien plus désastreux à l’avenir. Le coût humain de la pandémie en cours, à cet instant, reste douloureusement supportable. Il n’est que peu de chose eu égard aux menaces qui se profilent. 

Il ne sert à rien de nier la réalité : elle gagne toujours. Et se préparer aux crises ne les empêche pas de survenir. Mais cela permet d’y survivre.

A lire aussi : L’avenir des pandémies : le "péril jaune" et les risques liés à la mondialisation 

Extrait du livre d’Alain Bauer et de Roger Dachez, "Comment vivre au temps du coronavirus, un manuel pour comprendre et résister", publié aux éditions du Cerf, 9,99 € - Sortie Livre Numérique, EBook -Possibilité pour les librairies d’impression sur demande

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