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Le mannequin canadien Rick Genest s'est fait tatouer un cadavre sur près de 90% du corps.
Le mannequin canadien Rick Genest s'est fait tatouer un cadavre sur près de 90% du corps.
©Reuters

Accros

Mode ou épidémie... Le tatouage rend-il addict ?

Perçu comme une forme d'expression, voire d'art, le tatouage est surtout, pour les psychanalystes, une manière socialement acceptée d'exprimer une souffrance... au même titre que l’alcoolisme, la toxicomanie ou les troubles du comportement alimentaire.

Evelyne Ridnik

Evelyne Ridnik

Psychothérapeute et psychanalyste, Evelyne Ridnik est co-auteur des livres « Ado accro, Parents à cran » et  « Parlons psy », aux editions l’Archipel. Elle tient un blog sur la psychothérapie et la psychanalyse.

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Le psychanalyste Didier Anzieu dans le Moi-Peau (Dunot 1995) écrit : « La peau fournit à l’appareil psychique les représentations constitutives du Moi et  de ses principales fonctions ».

Ainsi, les marquages du corps tels que les tatouages sont le miroir de l’intériorité, des sentiments ou de la souffrance de l’individu qui écrit sur son corps comme il pourrait le faire sur une ardoise.

Tatouage de star

On sait que de nombreuses stars sont tatouées : Angelina Jolie, David Beckham, Britney Spears… L’exhibition de leurs tatouages a pour but de se faire reconnaître par leurs fans et de susciter chez eux le besoin de les imiter. Elles créent ainsi une mode à leur image.

Mais le phénomène qui est peut-être le plus impressionnant est celui du « poly-tatouage » :  les tatouages répétés au point de recouvrir toute la surface tégumentaire. Comment devient-on poly-tatoué ?

Le tatouage, un trouble psychique

Longtemps considéré comme une faiblesse, on perçoit aujourd’hui la dépendance comme un trouble psychique en lien avec le corps. Son origine est liée à la combinaison de plusieurs facteurs comme l’histoire de vie, l’héritage familial, l’environnement socio-culturel. Il est à noter une prédisposition particulière lorsque l’un des parents souffre lui-même d’addiction (alcool, drogue…) : il  peut y avoir une reproduction de la conduite parentale.

Les accros aux tatouages ont une difficulté à exprimer les émotions. Le plaisir éprouvé par la personne au moment du tatouage montre, à l’instar des scarifications, que la sensation remplace l’émotion. La jouissance obtenue est toujours renouvelée, emprisonnant la personne dans un processus qui lui échappe. 

Travestir un manque de support identitaire

Il s’agit alors d’une véritable addiction, d’un passage à l’acte, d’une dépendance qui engage leur corps comme l’alcoolisme, la toxicomanie, les troubles du comportement alimentaire, ou des conduites à risques…

Réactivant les blessures oubliées de l’enfance, les malaises familiaux et les troubles de l’identité, ces addictions ont pour fonction inconsciente de travestir un manque fondamental originel en support identitaire, en appel de détresse ou en « mal dans la peau ». La peau devient le réceptacle de la souffrance psychique étouffée, le miroir d’une souffrance interne tournée vers le monde extérieur.

Une réponse au mutisme adolescent

Le plus souvent, cette addiction apparaît à l’adolescence. Certains jeunes se tatouent comme ils se scarifient, faute de pouvoir trouver les mots pour exprimer une problématique interne. Les tatouages expriment alors une défaillance de la parole, de la pensée ou de la communication.

C’est en effet au moment de l’adolescence qu’apparaissent les premiers tatouages. Ce passage vers la vie adulte oblige l’adolescent à se remettre en cause et à reconstruire son identité de manière quasi-permanente. Cet « entre-deux peaux » rend l’adolescent fragile et vulnérable. Pour la majorité des jeunes, le tatouage est un phénomène de mode, un besoin d’appartenance à un groupe ou au contraire une envie de marginalisation, sans passer par la parole.

Un moyen d’expression socialement accepté

Le marquage peut-être également un moyen  de concrétiser les changements corporels et psychiques de l’adolescence, un désir de séduire ou d’affirmer sous forme de transgression son identité au regard des parents ou de la société (marquer sa peau pour se différencier, se séparer, faire peau à part). Il est à noter que la douleur supportée lors des tatouages (le mot « tatou » provient du polynésien tatau qui veut dire frapper) marque un dépassement de soi-même, un rite initiatique de passage vers la vie adulte ; tout comme les piercings, les tatouages sont socialement acceptés.

Crédits photos : Reuters

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