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©IROZ GAIZKA / POOL / AFP

Compte à rebours

Mi-mandat : petit rétro-calendrier de ce qu’un nouveau Macron aurait à faire pour espérer créer la surprise en 2022

Le président de la République Emmanuel Macron vient d'atteindre un cap symbolique, la mi-mandat de son quinquennat.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Emmanuel Macron est à mi-mandat et la question se pose de savoir s’il existe un élément d’alternative à sa réélection. Les sondages récemment parus pronostiquent la réédition de l’affrontement avec Marine le Pen; et même si l’écart de deuxième tour est plus serré qu’en 2017, Emmanuel Macron devrait être réélu, nous dit-on. Cependant, il faut se souvenir que celui qui a battu Nicolas Sarkozy, à savoir François Hollande, n’a commencé à percer que moins d’un an avant l’élection de 2012 - suite à l’improbable explosion en plein vol de Dominique Strauss-Kahn. Quant à Emmanuel Macron lui-même, il n’a lancé sa candidature qu’à l’été 2016, là aussi moins d’un an avant l’élection. Il reste donc environ 18 mois pour qu’émerge éventuellement un adversaire au président sortant. Essayons d’identifier quelques certitudes et de poser quelques questions à ce propos. 

1. La gauche n’est pas capable de faire émerger un adversaire dangereux

Il est peu probable qu’un adversaire puisse sérieusement menacer Emmanuel Macron sur sa gauche. Le mieux placé, Jean-Luc Mélenchon, est, avec 13% d’intention de votes, six points en-dessous de son score du premier tour, en 2017. Ajoutons que le candidat de la gauche se verrait concurrencer par un socialiste (sans doute en-dessous de 10%) et un candidat écologique. En admettant même que dans la concurrence des faiblesses que devient l’élection présidentielle, Mélenchon réussisse à se qualifier pour le second tour, ses capacités de rassemblement dans l’électorat populaire seront considérablement restreintes par le choix qu’il a fait de s’associer à la manifestation contre l’islamophobie. Contre un Macron « candidat des riches », il n’aurait pas suffisamment de réserves dans l’électorat populaire de droite. 

2. Les Républicains et le Rassemblement National ou le concours des velléités

La menace contre Emmanuel Macron viendra plutôt de la droite. Cependant, la configuration actuelle est insuffisante pour gagner. Les candidats envisagés pour Les Républicains, tels Valérie Pécresse, Xavier Bertrand ou François Baroin ne passent pas la barre des 10% dans les sondages. Et pour cause: cette droite-là ne s’empare d’aucun des sujets, tels l’immigration incontrôlée ou la bioéthique, qui pourraient lui permettre de s’affirmer comme une réelle force d’opposition. Au Sénat, alors qu’elle dispose d’un sujet rêvé, la possibilité de ralentir le gouvernement sur la « PMA », Gérard Larcher ou Bruno Retailleau cherchent des prétextes pour que le débat soit le plus modéré possible. La même droite ne s’empare pas pour autant des sujets économiques, où elle pourrait montrer une compétence. Les élections municipales seront sauvées par LR puis la vérité apparaîtra de plus en plus: le parti n’est plus qu’un cartel électoral. 

Le Rassemblement National est apparemment en meilleur état que les Républicains, puisque les sondages créditent Marine Le Pen de plus de 25% au premier tour d’une élection présidentielle. Cependant, regardée de près, la situation n’est pas si fameuse. le parti s’enferme jusqu’à la caricature dans un splendide isolement, macérant la culture de la forteresse assiégée alors même qu’il est devenu la première force d’opposition dans les sondages. Le parti ne travaille pas suffisamment sur ses sujets de prédilection, tels l’immigration ou la sécurité. Il ne développe pas ses réseaux dans la haute fonction publique ou dans les milieux industriels. 

3. Marion Maréchal a dressé la stratégie gagnante mais les appareils politiques sont sans ressort pour la mettre en oeuvre. 

La question se pose sérieusement de savoir si la droite a envie de gagner. LR et le RN sont incapables de se parler. Les autres forces de droite prennent un malin plaisir à se scinder en groupuscules. Entre décembre 2018 et septembre 2019, d’une intervention devant le club d’entrepreneurs Audace à la Convention de la Droite, en passant par différents entretiens dans les médias et des échanges avec des personnalités LR, Marion Maréchal a tracé les contours d’un projet comme la droite n’en a plus possédé depuis Nicolas Sarkozy. Elle a fait ressortir sans ambiguïté qu’un conservatisme populaire et rassembleur est possible. Pour autant, à LR, à quelques exceptions près, on préfère préparer les municipales à entrer dans la logique de rassemblement, potentiellement gagnante, tracée par l’ancien député du Vaucluse; quant au RN, on semble préférer une nouvelle défaite à la possibilité d’ouvrir grand les fenêtres et d’aérer la maison. Un des sondages commandés régulièrement par l’ambassade d’Allemagne et transmis à Berlin en juin dernier, montre sans ambiguïté que l’effet d’une candidature Marion Maréchal serait considérable: cinq points d’abstention en moins (75% de participation au 1er tour et non plus 70%); et un second tour à 48,5/51,5 contre Emmanuel Macron, soit dans la zone d’incertitude. Les différentes familles de droite ont dix-huit mois pour prendre enfin cette hypothèse au sérieux. Mais la seule tradition à laquelle une partie de la droite semble s’accrocher, c’est celle des divisions, du morcellement et des atermoiements. 

4. Le scénario de crise est le plus probable

Tout ce que nous venons de passer en revue relève d’un déroulement sans imprévus des événements d’ici 2022. Le scénario ressemble en partie à la séquence 2015-2017, en particulier du fait du probable succès relatif pour LR aux élections municipales de 2020 et de la vraisemblable incapacité du RN à percer aux élections régionales de 2021. Il rester qu’Emmanuel Macron n’est plus le candidat que l’on n’attendait pas; il est le président sortant. Peut-on imaginer qu’il soit réduit à l’impuissance comme François Hollande, dans un pays où la situation se détériore toujours plus? Avant l’été, tous les médias chantaient les louanges d’un président qui avait fait mieux que se rétablir après la crise des Gilets Jaunes. Et puis les incidents se sont enchaînés: débordements, meurtre d’un universitaire à Rouen et déboulonnage d’une statue du Général de Gaulle à Evreux après des matchs de coupe d’Afrique gagnés par l’Algérie; attentat à la préfecture de police de Paris; incendie de Chanteloup-les-Vignes: après la France périphérique, c’est la France des banlieues pourtant abondamment pourvue  d’argent public depuis 30 ans qui semble ne plus être tenable. Le président essaie une stratégie à la Sarkozy: s’emparer du thème de l’immigration pour gagner des voix sur sa droite mais les événements vont désormais trop vite pour lui, comme le montre le débat sur le voile. 

Ajoutons que les perspectives ne sont pas bonnes sur le plan économique: un nouveau durcissement de la politique monétaire européenne est possible après le départ de Mario Draghi, qui pourrait voir une remontée des taux et des attaques des marchés contre l’endettement français. Il est très probable que la capacité du président à mettre en oeuvre sa politique de réformes se réduise à néant, que les mécontentements se multiplient. Il suffira que la France périphérique se remette elle aussi en mouvement pour que le président soit plongé dans une nouvelle crise. La séquence des « Gilets Jaunes » rend plausible la répétition d’un triptyque - aveuglement initial, panique du pouvoir puis reprise en main brutale. Et la psychologie d’Emmanuel Macron rend probable, en cas de nouvelle déstabilisation sérieuse de son pouvoir, le recours à tous les outils que lui donne la Constitution, y compris l’article 16. 

5. Les domaines-clé dans lesquels un adversaire politique sérieux d’Emmanuel Macron doit se préparer

On voit ainsi s’esquisser un scénario fondé sur des événements inattendus. Il est possible d’en tirer quelques conclusions provisoires: 

- la dérive autoritaire de la présidence d’Emmanuel Macron est visible depuis l’annonce à la presse de la loi sur les « fake news » en janvier 2018 et sa promulgation en décembre 2018, qui prévoit de placer les campagnes des adversaires du président sous surveillance et menace de sanctions en cas de « désinformation ». Un adversaire sérieux d’Emmanuel Macron doit, dès maintenant, se préparer à combattre sans ménagement la confiscation progressiste des libertés. 

- la probable nouvelle crise de l’euro prouvera, si besoin était, l’inefficacité de la politique européenne du président de la République. Un adversaire qui voudrait peser face à Emmanuel Macron, devra proposer un rétablissement de la position française en Europe. 

- Emmanuel Macron incarne jusqu’à l’excès le centralisme français. Son adversaire devra repenser complètement le rôle et les modalités de fonctionnement de l’Etat. Le pays a besoin d’un Etat déconcentré dans la plupart des sujets y compris l’éducation.  Il a besoin de démocratie locale dans la France périphérique. En revanche, il doit redevenir efficace au centre dans tous les domaines dits régaliens (défense, intérieur, justice), reprendre la maîtrise de nos frontières et mener une politique étrangère empreinte de modestie, peu bavarde mais permettant au pays de traiter le plus en amont possible, les déstabilisations du pays par des chocs internationaux.  

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