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Entretien

Mgr de Rochebrune : “L’Opus Dei est très éloigné du mythe du pouvoir occulte, du mélange religion/politique, du Da Vinci Code et du complot clérical”

A l'occasion de la sortie de l'ouvrage "OPUS DEI - Confidences inédites", Monseigneur Antoine de Rochebrune revient pour Atlantico sur les mythes qui entourent l'Opus Dei. Il évoque également l'importance d'avoir des convictions profondes, tout en respectant les avis contradictoires, sur des sujets tels que la théorie du genre, l'avortement, ou encore le rôle de la famille.

Antoine de Rochebrune

Antoine de Rochebrune

Antoine de Rochebrune a été ingénieur et docteur en génie électrique avant d’être ordonné prêtre. Nommé par Xavier Echevarría, prélat de l’institution religieuse à Rome, et fait Monseigneur par le pape Benoît XVI en 2006, il a la charge de l’Opus Dei en France. Il est aussi docteur en théologie dogmatique et, avant tout, "pasteur".

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Atlantico : Dans quelle mesure l'ouvrage OPUS DEI - Confidences inédites permet-il de déconstruire un certain nombre de mythes sur l'Opus Dei ? Qu'est-ce que l'Opus Dei et quelles sont les idées fausses les plus répandues à son sujet ? 

Antoine de Rochebrune : Il me semble que laisser par écrit, de manière accessible au grand public, une série de réponses précises à toutes les questions qui se posent sur l’Opus Dei, relève d’un devoir d’information et de transparence qui est très positif. D’autant plus que ce qui a été reproché à l’Opus Dei dans le passé, c’est un prétendu côté secret, mystérieux voire invisible de ses membres. Or, l’Opus Dei, institution encore jeune de l’Église catholique (fondée en 1928), s’adresse à des personnes laïques, mariées ou célibataires, qui dans leur vie professionnelle, sociale et familiale recherchent la sainteté. Contrairement aux idées reçues, la spiritualité ne concerne pas seulement les prêtres et les religieux, mais tout le monde est appelé à rejoindre l’Absolu de Dieu dans leur vie ordinaire : l’Opus Dei est là pour le rappeler et pour aider à y parvenir. Vous voyez, ce programme est tellement éloigné du mythe du pouvoir occulte, du mélange religion/politique, du Da Vinci Code et du complot clérical, qu’à la limite un journaliste peu rigoureux et assoiffé de sensationnalisme se met à copier les idées farfelues rencontrées dans les réseaux sociaux et internet. Or ce qui est écrit dans un livre reste écrit.

"La féminité apporte beaucoup à la famille, à la société… Vous voyez, je risque de déplaire à tous ceux qui prônent la théorie du genre…". "Une société qui ne donne pas naissance à la vie meurt". " La vie est un miracle qui ne se brade pasC’est ce que constate la Bible. La réalité aussi d’ailleurs". Dans cet ouvrage, vous avez exposé au journaliste Philippe Legrand vos positions personnelles sur certains sujets qui sont au cœur du débat aujourd'hui : théorie du genre, avortement, institution du mariage, famille. Est-il plus difficile aujourd'hui, dans un monde de relativisme, d'avoir des convictions profondes ? Pourquoi ceux qui défendent des visions tranchées allant à l'encontre de la tendance générale font-ils peur ?

Vous venez d'extraire quelques phrases de mon livre. Mais je vous rassure ; ce n’est pas une compilation de sentences dogmatiques ! Il s’agit plutôt d’une conversation à bâtons rompus où tous les sujets ont été abordés très librement. Et ce n’est pas parce que mon discours s’appuie sur des convictions profondes qu’il ne respecte pas les points de vue contradictoires. C’est d’ailleurs en cela que je crois me distinguer de certaines postures relativistes que Benoît XVI n’hésitait pas à qualifier de dictatures. Je suis en effet convaincu qu’il n’y a aucun antagonisme entre conviction et respect de la liberté. C’est pourquoi le débat me semble plus que jamais nécessaire : il nous donne l’occasion non seulement de nous mettre à la place de l’autre et de mieux le comprendre, mais aussi d’apprendre à formuler nos propres convictions avec clarté, délicatesse et sans raideur. N’est-ce pas là d’ailleurs le principal défi pour les chrétiens aujourd’hui : rendre aimable la vérité reçue du Christ, Lui qui a dit que "la vérité vous rendra libres". 

Face à ce relativisme grandissant quel est le risque que ceux qui portent des convictions profondes s'autocensurent ? Dans quelle mesure la "bien-pensance" menace-t-elle la liberté d'expression des voix divergentes ?

On peut payer cher dans sa vie professionnelle ou sociale le fait d’aller contre ce que vous appelez "bien-pensance". Par ailleurs, au moment de prendre publiquement la parole, on court souvent le risque d’être maladroit et de déclencher des polémiques pas toujours bien intentionnées. C’est pourquoi notre monde a besoin de chrétiens qui soient non seulement courageux mais aussi "astucieux". J’aime citer le Christ lorsqu’il conseillait à ses disciples : "Soyez prudents comme des serpents et candides comme des colombes" (Mt 10,16). Si je devais traduire cette phrase dans le contexte actuel, je dirais : ne mentez pas en en disant moins que ce qu’il faut, ne blessez pas en en disant plus que ce qu’il faut !

Au sujet du mariage pour tous, vous avez indiqué "En général, et a fortiori pour toutes ces initiatives nationales qui touchent l’opinion et qui engagent chacun individuellement, je ne donne aucune consigne personnelle. C’est le propre de l’Opus Dei de laisser chacun libre de choisir et de prendre ses responsabilités". Pourquoi est-il important, qu'au sein de l'Opus Dei, et plus généralement au sein de l'Eglise, l'indépendance d'opinion soit garantie ? Néanmoins, en tant que membre de l'Opus Dei, est-il vraiment possible, sur un tel sujet, d'exprimer un avis contraire à celui de l'Eglise ? 

J’en suis convaincu : chacun est seul maître de la manière dont il estime devoir agir, en fonction des circonstances où il se trouve. Ainsi l’Opus Dei se propose uniquement de former les personnes, sur le plan spirituel, chrétien, intellectuel : il donne des outils en communiquant ce que dit l’Église. Pour les thèmes qui concernent la société, l’Église s’exprime dans le cadre de ce que l’on appelle sa doctrine sociale, à savoir un cadre ferme, mais qui doit s’adapter aux circonstances de chaque époque, de chaque pays, de chaque citoyen.

Pour ce qui est du "mariage pour tous" : une chose est de savoir ce que l’Église pense de la question, une autre est de décider pour soi-même d’un éventuel engagement. L’Église n’impose rien. Elle n’a jamais dit : "Allez tous manifester !". La marge de liberté est donc énorme : on peut faire le choix de manifester, on peut aussi choisir de rester chez soi et de prier, on peut décider d’écrire, de s’engager dans des actions en faveur de la famille ou bien d’aider des personnes homosexuelles à vivre leur foi chrétienne en accord avec l’enseignement de l’Église. Les styles et les niveaux d’action sont infiniment variés !

Autre chose serait, pour un chrétien en général, pour un membre de l’Opus Dei en particulier, d’exprimer un avis contraire à celui de l’Église. Si cela arrivait, j’en serais peiné mais je n’allumerais pas de bûcher, ni moi ni personne d’autre dans l’Opus Dei d’ailleurs ! 

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