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©ludovic MARIN / POOL / AFP

Meurtre de Samuel Paty, laïcité, liberté d’expression...

Réseaux sociaux arabes et élites anglo-saxonnes : l’étau fatal qui étrangle la France

Alors que les appels au boycott contre les produits français se multiplient et que les drapeaux tricolores et portraits d'Emmanuel Macron sont brûlés au Moyen-Orient, nos alliés anglo-saxons se désolidarisent de la position française.

Dov Zerah

Dov Zerah

Ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA), Dov ZERAH a été directeur des Monnaies et médailles. Ancien directeur général de l'Agence française de développement (AFD), il a également été président de Proparco, filiale de l’AFD spécialisée dans le financement du secteur privé et censeur d'OSEO.

Auteur de sept livres et de très nombreux articles, Dov ZERAH a enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), à l’ENA, ainsi qu’à l’École des hautes études commerciales de Paris (HEC). Conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine de 2008 à 2014, et à nouveau depuis 2020. Administrateur du Consistoire de Paris de 1998 à 2006 et de 2010 à 2018, il en a été le président en 2010.

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Atlantico.fr : Appels au boycott contre les produits français, drapeaux tricolores et portraits d'Emmanuel Macron brûlés, insultes d'ERDOGAN, manifestations monstres au Bangladesh, mobilisation sur les réseaux sociaux.... La colère du monde musulman contre la France est-elle sans précédent ?

Dov Zerah : Dans le monde musulman, probablement. Mais la France a connu d’autres campagnes de boycott. Rappelons-nous, celle de par le Monde en 1995 après la reprise des essais nucléaires, aux États-Unis en 1969 et en 2003, en Chine en 2008…

Certaines manifestations interpellent. Á Gaza et à Ramallah, alors que la France a toujours défendu la cause palestinienne… Á Bagdad, alors que la France n’a pas hésité à s’opposer aux États-Unis pour éviter la seconde guerre du Golfe. Depuis la fin de la guerre d’Algérie, la rue arabe connait « la politique arabe de la France » développée par le Général de GAULLE et poursuivie par tous ses successeurs.

La difficulté de la situation présente tient à la posture d’ERDOGAN. Pour faire face aux difficultés économiques et aux contestations de son autoritarisme et des nombreuses violations des droits de l’homme, il s’est lancé simultanément dans une radicalisation religieuse et dans un impérialisme géostratégique.

En transformant Sainte Sophie en mosquée, il n’a pas hésité ouvrir la boite de Pandore de l’opposition des religions. Cela ne l’empêche pas de critiquer « la laïcité à la française » …

En intervenant militairement en Syrie et en Libye, en remettant en cause la souveraineté grecque sur certaines îles ou zones recelant des hydrocarbures, Ces prétentions portent atteinte à nos intérêts et à ceux d’un partenaire européen. ERDOGAN devrait être plus prudent. Á force de jouer avec le feu…

De l'autre côté, nos alliés anglo-saxons se désolidarisent et critiquent la position française sur le blasphème et la laïcité. "La France veut réformer l'islam au lieu de combattre le racisme systémique", titrait le Washington Post il y a quelques jours. La France est-elle prise en étau ?

Oui, le monde anglo-saxon nous trouve trop laïcard. Il n’hésite pas à critique cette spécificité française unique au Monde, le principe de laïcité. Soit ! Et alors ? Qui, dans le monde anglo-saxon, peut-il donner des leçons de morale à la France ? Les Américains avec leur devise « In God we trust » et le recours à la religion pour justifier des décisions publiques ? Les Anglais qui n’acceptent l’autre qu’à la condition qu’il ne prétende pas devenir membre du « british club » ?

La France ne cherche nullement à réformer l’islam ! En revanche, comme les Américains et les Anglais, et avec eux, nous combattons ceux qui utilisent le terrorisme au nom de l’Islam. Les Américains ont eu tort d’oublier Daniel PEARL. Abandonner le droit au blasphème ou remettre en cause le principe de la laïcité ne changerait pas l’agenda de l’islam politique. Bien au contraire ! Cela constituerait un tragique renoncement qui ne ferait que les encourager et les convaincre qu’ils sont sur la bonne voie…

La France a-t-elle encore des alliés sur ce sujet ou est-elle définitivement isolée ? Emmanuel Macron s'est-il engouffré dans une impasse ?

La France ne serait plus la France sans sa devise « liberté, égalité, fraternité » et le principe de laïcité… Néanmoins, ne sous estimons pas leur difficile conciliation avec l’islam radical. Un musulman appartient à sa famille, à sa tribu, à la nation islamique, la Oumma. Y-a-t-il place pour l’individu, les droits de l’homme dans la société islamique ?

Si Macron avait renoncé aux caricatures, on l'aurait accusé de faiblesse et de soumission. S'il réaffirme le droit au blasphème, on l'accuse de mettre le feu aux poudres. Y a-t-il une solution ?

Oui, il a eu le courage d’affirmer ce que nous sommes et ce en quoi nous croyons. N’oublions pas Munich et le déshonneur de Vichy et de la collaboration.

La France dérange, mais ne cherche à imposer son modèle et le principe de la laïcité à aucun autre pays. Aussi, ceux qui viennent chercher refuge chez nous pour des raisons économiques ou politiques doivent respecter nos règles, les éléments, toutes les composantes de notre contrat social. La liberté de conscience est assurée par la loi de 1905. Toute personne a la possibilité de pratiquer sa religion, à condition qu’elle n’interfère pas la sphère publique. Mettre l’espace commun à l’abri des passions religieuses est une condition essentielle d’un « vivre ensemble » optimal.

Rappelons-nous l’exemple de la communauté juive. La Révolution de 1789 a accordé l’émancipation aux Juifs. 17 ans plus tard, en 1806, Napoléon, avec des questions, interpelle des représentants de la communauté sur la compatibilité de la tradition juive avec le code civil et avec la possibilité de s’intégrer à l’ensemble national ; ce questionnement permet de comprendre la différence entre une société laïque à la française et un ensemble multiculturel. Pour répondre positivement à certaines questions contraires à la loi biblique, les responsables se sont retranchés derrière la règle recommandée en terre d’exil « la loi du pays, c’est la loi » … Dans l’entre-deux-guerres, le slogan des juifs originaires d’Europe centrale était : « Heureux comme Dieu en France ».

Cet entretien a été effectué mercredi, avant l'attaque survenue à Nice ce jeudi 29 octobre 

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