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Méfiez-vous des femmes ? Focus sur le retour d’expérience d’une chasseuse de têtes d’élite
©Reuters

Journée des femmes

Méfiez-vous des femmes ? Focus sur le retour d’expérience d’une chasseuse de têtes d’élite

"Il y a beaucoup de dirigeants à la recherche de femmes pour des postes à responsabilité alors qu'auparavant on préférait vraiment les hommes, surtout dans certains secteurs", Catherine Euvrard.

Catherine Euvrard

Catherine Euvrard

Catherine Euvrard dirige CE Consultants, l'un des plus importants cabinets de chasseurs de têtes, spécialisé dans le recrutement de cadres supérieurs et dirigeants. Ses deux précédents ouvrages : En avoir ou non, secrets d'un chasseur de têtes (JC Lattes), On marche sur la tête ! (Eyrolles).

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Quelles sont les difficultés particulières à placer des femmes à des postes de direction ? En quoi ces difficultés peuvent-elles également découler des candidates elles-mêmes ?

Catherine Euvrard : En tant que chasseuse de têtes, j'ai comme ressenti personnel que lorsqu'une femme est à un poste important, elle est nettement plus efficace qu'un homme. Pourquoi ? Car elle a du vécu, elle est humaine, elle va parler aux gens… Ce sont des qualités que l'on retrouve plus difficilement chez les hommes. Le problème c'est que vu qu'elles sont très bonnes et qu'elles adorent le challenge, les femmes vont jusqu'au bout dans les démarches de recrutement mais lorsque le poste leur est acquis, elles finissent par le décliner. Parfois, car elles en profitent pour se faire garder dans leur société et obtenir le poste qu'elles souhaitaient en interne, cela peut arriver et les hommes le font aussi, mais surtout je pense que la femme sait ce qu'elle a comme acquis et elle est plus fidèle à l'entreprise et a peut-être un peu plus peur du changement qu'un homme.

Je parle bien là toujours des postes de cadres dirigeants. Les ¾ des déceptions que j'ai eues dans ma vie de chasseuse de têtes étaient avec des femmes. Pas plus tard qu'avant-hier, j'ai eu le cas justement d'une femme qui a préféré rester dans son entreprise alors qu'elle avait été retenue pour un poste dans une autre entreprise. Le problème c'est que ce genre de déconvenues nous font perdre du temps, aussi bien du côté des chasseurs de têtes que des entreprises à la recherche de nouveaux profils de dirigeants.

Aujourd'hui les femmes sont plus diplômées que les hommes dans le monde du travail. Mais avant les femmes très diplômées construisaient une carrière. Elles travaillaient beaucoup et essayaient continuellement de progresser. Maintenant, il me semble que cette mentalité a évolué. Elles sont toujours désireuses de s'engager et de se battre mais peut-être un petit peu moins qu'avant car les enfants et la vie personnelle ont pris une place plus importante. Elles veulent moins voyager, sont beaucoup plus regardantes sur le lieu de travail…

Dans les deux cas pour ceux qui candidatent à des postes à responsabilité, ce sont des personnes qui ont vu leurs parents s'épuiser au travail et ils ne veulent pas faire la même chose vis-à-vis des enfants.

Comment les entreprises à la recherche de dirigeants réagissent aujourd'hui aux candidatures de femmes considérant les difficultés suscitées ?

Contrairement à ce que l'on pourrait croire aujourd'hui on me demande plutôt des femmes que des hommes aux postes de cadres supérieurs ou de "middle-management". Il y a beaucoup de dirigeants à la recherche de femmes pour des postes à responsabilité alors qu'auparavant on préférait vraiment les hommes, surtout dans certains secteurs.

Ce que je réponds systématiquement aux recruteurs c'est qu'ils verront de "bons candidats" et que j'aimerais que l'on ne parle pas de sexe. Il faut arrêter de raisonner en ces termes.

Après d'un point de vue général, je pense que les femmes sont plus consciencieuses au travail. C'est aussi ce que pensent les recruteurs et c'est la conséquence de ces campagnes prônant l'embauche des femmes aux postes de responsabilité. Peut-être sommes-nous aujourd'hui parfois dans l'excès inverse.

Quelles en sont les conséquences pour les DRH et chasseurs de têtes ? Comment ces différences peuvent-être internalisées, au fil du temps, dans les processus de recrutement ?

Pour attirer les femmes et qu'elles soient heureuses les entreprises, ils doivent essayer de faire des postes à leur mesure. C'est d'ailleurs pour cela que l'on voit de plus en plus de crèches d'entreprises, il y a des tas de choses qui se développent et sont très intéressantes et qui s'inscrivent dans les profondes modifications du monde du travail.

Du point des chasseurs de têtes, je pense qu'il est intéressant d'intégrer la dimension du sexe du candidat en fonction du profil de l'entreprise. Si une entreprise est déjà composée très majoritairement de femmes, il est intéressant d'essayer d'y placer quelques hommes et inversement. C'est d'ailleurs de plus en plus pris en compte par les recruteurs.

 A titre personnel encore une fois je suis dorénavant plus anxieuse lorsque je présente une femme dirigeante dans une "shortlist". Je me méfie plus qu'avant c'est sûr.

 

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