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Santé publique

Médicaments tueurs : à quand le prochain ?

Distilbène, Viox, Mediator, les scandales impliquant des médicaments se suivent et... se ressemblent. Tant que l'on ne réformera pas le système de veille pharmacologique, d'autres molécules tueront.

Stéphane Horel

Stéphane Horel

Stéphane Horel est journaliste indépendante et documentariste. Elle a publié La Grande Invasion, enquête sur les produits qui intoxiquent notre vie quotidienne en 2008, et Les Médicamenteurs en 2010, aux Editions du Moment. Elle a également réalise le documentaire Les Médicamenteurs diffusé à la télévision en 2009 et 2011.

 

 

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Atlantico : Le Médiator défraye la chronique depuis plusieurs mois dans l'attente d'un premier procès, au plus tôt à la rentrée, Le laboratoire ayant commercialisé le Distilbène voici 30 ans a été une nouvelle fois condamné jeudi dernier, d'autres scandales impliquant des médicaments sortent réguliérement dans les médias. Cela s'arrêtera-t-il un jour ?

Stéphane Horel : Après l’affaire du Viox, retiré du marché par le laboratoire Merck en 2004, vu la configuration du système de santé français, tout les observateurs avisés se demandaient quand arriverait le prochain scandale. Ce fût le Mediator.  

Le Mediator a provoqué un séisme, déclenchant deux missions d’information à l’Assemblée et au Sénat, les assises du médicament, le rapport Even/Debré. Mais cela part un peu dans tous les sens : on attend quel projet de loi va être présenté par Xavier Bertrand pour voir ce qui va vraiment changer dans le système et la manière d’évaluer les médicaments. Le Mediator a le mérite d’avoir déclenché une prise de conscience dans la société, mais auprès du pouvoir politique, je n’en suis pas sûr totalement.

Le problème principal est de trouver des experts qui n’ont pas de liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique, et qui puissent examiner les dossiers des médicaments avec un œil le plus impartial possible. Mais cela demande une refonte complète du système.

Certains évoquent l’idée de créer une école européenne de l’expertise indépendante, qui en gros, nettoierait le système. Cette école formerait des experts à l’évaluation critique d’un médicament. Pour évaluer,il ne faut pas que des spécialistes du médicament, mais aussi des épidémiologistes, des associations de patients, bref, beaucoup d’acteurs différents pourraient intervenir intelligemment sur ces questions là.

 

Les laboratoires sont ils toujours au service de la santé publique, ou du profit ?

 

Stéphane Horel : Quand on travaille dans une entreprise, quelle qu’elle soit, on doit un minimum croire en ce que l’on fait. Je pense donc qu’il y a une grande part de sincérité de l’industrie pharmaceutique quand elle dit qu’elle est là pour sauver l’humanité. Quand on les critique, ils répondent « nous créons des médicaments qui sauvent des vies ». Certes, mais cela n’a rien à voir avec le débat. On peut croire en ce que l’on fait, et penser que l’on crée des médicaments pour soigner des gens, et mettre sur le marché des médicaments qui n’ont pas été suffisamment évalués, ou qui ont des effets secondaires que l’on a dissimulés, car cela est arrivé.

Cependant, le problème ne se situe pas qu’au niveau des laboratoires. Le titre de mon livre, « les médicamenteurs », ne désignait pas que l’industrie pharmaceutique. Pour moi, les médicamenteurs, c’est aussi les pouvoirs publics, car l’industrie pharmaceutique fait quelque part très bien son boulot. Le directeur adjoint de l’Assurance Maladie m’avait dit, quand je faisais mon enquête, « ce sont de grands professionnels » . Le problème, c’est qu’il n’y a personne en face. Dans un Etat de droit, une démocratie, l’Etat et les pouvoirs publics devraient poser un certain nombre de limites à l’industrie pharmaceutique, ce qui n’est manifestement pas suffisamment le cas aujourd’hui. 

 

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