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Crédits Photo: SEBASTIEN BOZON / AFP

Révolution pour les patients ?

Médecine : la téléconsultation en plein boom

La téléconsultation, qui permet une consultation régulière par un médecin par vidéo, s'est de plus en plus démocratisée à travers l'Hexagone. Quelles sont les principales raisons de son succès ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : La téléconsultation ou consultation en communication à distance connaît depuis son début en 2018 un essor décisif. Quelles sont les raisons de ce succès ? Comment définir la téléconsultation et quels en sont les principes et les règles ?

Stéphane Gayet : La téléconsultation fait partie des activités de télémédecine. Celles-ci comportent des actes médicaux qui sont effectués à distance, au moyen d'équipements et de services de vidéotransmission. Les activités de télémédecine sont aujourd'hui bien encadrées par la législation et la réglementation (article L. 6313-1 du Code de la Santé publique, qui est le code unique ou presque de la santé ; un code est un regroupement thématique de lois, et de règlements associés aux lois).

Parmi les principaux volets de la télémédecine, on distingue la téléconsultation et la téléexpertise.

La téléconsultation permet à un professionnel médical de donner une consultation à distance à un patient. Cette activité concerne aussi bien la médecine générale que la médecine spécialisée. C'est donc un patient qui s'adresse à un médecin.

La téléexpertise permet à un professionnel médical (dit « requérant ») de solliciter à distance l’avis d’un -ou dans certains cas de plusieurs- professionnels médicaux (dits « requis »), en raison de leurs compétences particulières, et à propos d'un patient. C'est donc un médecin qui s'adresse à un autre médecin, en principe spécialiste.

Depuis le 15 septembre 2018, les médecins peuvent facturer à l'Assurance maladie les actes de téléconsultation. C'est dire qu'elle est une nouvelle modalité de prise en charge des patients. Un an après son lancement officiel, soit le 15 septembre 2019, on enregistrait déjà plus de 60 000 actes de téléconsultation facturés sur l’ensemble du territoire français.

On a constaté que le nombre de téléconsultations facturées chaque mois était en constante augmentation depuis la mise en place du remboursement, avec une nette accélération depuis le début de l’année 2019.

Globalement, ce sont les médecins généralistes qui pratiquent le plus la téléconsultation (65 %) ; cependant, on remarque que de nombreux autres spécialistes y recourent également (35 %) : les spécialités qui apparaissent un peu plus fréquentes que les autres sont la psychiatrie, la gynécologie et la pédiatrie. Dans l'ensemble, ces médecins sont nettement plus jeunes que la moyenne des médecins français. Concernant les patients, différentes catégories y ont recours et là encore les plus jeunes sont largement représentés ; il est assez frappant d'apprendre que les deux-tiers des patients sont des femmes, et donc qu'un tiers seulement sont des hommes. S'agissant de la répartition géographique des actes de téléconsultation sur l'ensemble du territoire hexagonal, on remarque une grande hétérogénéité : la région Ile-de-France totalise près de 45 % des actes, puis viennent les régions Occitanie et Grand-Est.

Les principales modalités et règles de la téléconsultation

La téléconsultation (et la téléexpertise) est soumise aux mêmes exigences que l’exercice médical en « présentiel ». De plus, la réglementation instaure des exigences spécifiques à la télémédecine.

La vidéotransmission doit se faire par l'intermédiaire d'une plateforme numérique sécurisée. Le respect du secret médical et la protection des données personnelles font bien entendu partie des fondamentaux.

Le patient doit se trouver dans un endroit calme et bien éclairé. L'équipement nécessaire est un ordinateur ou une tablette numérique, une caméra d'ordinateur (« webcam », qui peut être intégrée ou non à l'appareil) et une connexion internet à haut débit. Il est souvent préférable d'utiliser un microphone externe, qui permet en général une meilleure intelligibilité.

On trouvera ici une fiche synthétique qui récapitule les modalités pratiques.

Pour le bon respect du parcours de soins du patient, un acte de téléconsultation ne doit pas être dissocié dudit parcours. La réglementation impose que, dans les 12 mois qui précèdent la téléconsultation, au moins une consultation physique (c'est-à-dire en « présentiel ») doit avoir été réalisée, soit avec le praticien téléconsultant, soit avec le médecin traitant si c'est lui qui a orienté le patient vers une téléconsultation.

Quels sont les avantages et les points forts de la téléconsultation ?

C'est confortable pour le patient et pour le médecin. Pour le patient : pas de déplacement (avec toutes ses contraintes à la fois de temps, de dépense, de stress, d'habillage, d'aide le cas échéant…), pas de séjour dans une salle d'attente, possibilité de se faire assister d'un conjoint, d'un enfant ou de son médecin traitant (comme de tout autre professionnel de soins).

La consultation s'effectue de façon plus détendue et plus naturelle que dans un cabinet de consultation.

Pour le médecin : beaucoup moins d'aléas à type de retard ou d'oubli, observation du patient dans son contexte de vie au quotidien (du moins s'il est à son domicile), interrogatoire facilité par la présence de tiers le cas échéant et voix du patient pouvant être amplifiée si nécessaire. Le médecin peut s'installer à son aise et disposer autour de lui de tous les documents ou outils pouvant lui être utiles. La gestion du temps est optimisée. Il est possible d'enregistrer la conversation. On conçoit facilement tous les avantages du numérique, mais dans le respect de la confidentialité et de la protection des données. À distance, on peut établir des ordonnances sécurisées, prescrire des examens complémentaires et beaucoup d'autres actes.

Ainsi, la téléconsultation est confortable pour les deux parties et applicable à de nombreuses pathologies ou états de santé. Une dizaine d’opérateurs proposent aujourd'hui aux médecins libéraux une solution de téléconsultation clef en main, avec des frais s’élevant à 15 ou 20 % du prix de la consultation.

Quels sont les inconvénients et les points faibles de la téléconsultation ?

Le fait de ne pas être directement en contact avec le patient peut être dérangeant dans certains cas. La communication a tout de même un côté un peu artificiel, les émotions ne sont pas perçues de la même façon.

Il manque toute la dimension physique de l'examen clinique : on ne voit pas marcher le patient et il effectue bien moins de gestes que dans un cabinet de consultation ; on le voit en général d'emblée assis sur une chaise, ce qui a tout de même un côté réducteur. C'est plus particulièrement gênant quand on n'a jamais rencontré ce patient auparavant.

Certes, on peut apercevoir des signes de dyspnée (essoufflement), une pâleur, un ictère important (« jaunisse »), le patient peut nous indiquer son pouls et sa pression artérielle (à l'aide d'un auto-tensiomètre), nous montrer un bras, une main ou le haut de son thorax (poitrail). Mais il existe bien sûr des régions du corps difficilement montrables et l'image à l'écran est selon le cas plus ou moins déformée par rapport à la réalité ; il est évident que l'auscultation du cœur, celle des poumons et la palpation des organes comme le foie, la rate, les artères superficielles ou les adénopathies (ganglions lymphatiques en situation superficielle et pathologiques) ne sont pas possibles.

À dire vrai, pour qu'une téléconsultation se déroule convenablement, il faut qu'il y ait une bonne et réciproque relation de confiance, entre le médecin et le patient ; or, cela ne va pas de soi a priori.

On trouvera sur cette page du ministère différents renseignements ainsi que les tarifs applicables.

En conclusion, la téléconsultation est une formidable et utile application des nouvelles technologies de l'internet et de la communication à la prise en soins d'une personne. Elle devrait continuer à se développer très rapidement.

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