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Eurotrash

N'en déplaise à Marine Le Pen, ce sont les classes populaires qui seraient les plus touchées par un retour au franc

Alors que la zone euro est menacée, la perspective d'un retour au franc évoquée notamment par Marine Le Pen vient d'être chiffrée par l'Institut Montaigne. Une éventualité qui pose plus de problèmes qu'elle n'en résout...

Michel Musolino

Michel Musolino

Michel Musolino est professeur d'économie. Il enseigne l'économie en classes préparatoires et dans des écoles de commerce à vocation internationale, comme l'Institut supérieur de gestion.

Il est l'auteur de L'Economie pour les Nuls (First) et Le Trader et la Ménagère (First).

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Atlantico - L'institut Montaigne a décrypté la proposition d'un retour au franc de Marine Le Pen. Concrètement, si nous quittions la zone euro, verrions-nous une différence sur le prix du pain ou de l'essence ?

Michel Musolino : Théoriquement sur le prix du pain, aucune. Le pain est fait avec de la farine française donc ça ne change absolument rien. Par contre, cela aurait un impact sur tout ce qui vient de l’extérieur, qui deviendrait plus cher du fait d’une monnaie dévaluée. Le prix du pétrole par exemple, serait augmenté aussi sec.

Tout ce que nous importons augmenterait : les voitures allemandes, les ordinateurs américains, les petits gadgets ou le textile chinois. La France importe beaucoup, elle a un gros déficit commercial. Une dévaluation de la monnaie entraîne un appauvrissement du pays. C’est un sacrifice que l’on accepte en ayant à l’idée qu’il entraîne une baisse des prix des produits français destinée à doper les ventes à l'étranger.

 

Qui souffrirait le plus ? Les riches ou les pauvres ?

Si nous prenons l’exemple de l’essence, qui serait beaucoup plus chère, il suffit de regarder la part que représente le budget carburant sur le revenu d’un ménage : les plus pauvres seraient évidemment plus durement touchés. Les prix du fioul, du chauffage, seraient difficiles à encaisser pour les ménages modestes.

Curieusement, l’effet serait inverse en ce qui concerne les revenus. L’inflation touche beaucoup plus le capital et le financier que le travail qui évolue en même temps que les prix des produits. C’est pour cette raison que l’Europe et les Etats-Unis continuent de lutter contre l’inflation : ils ne veulent pas impacter la finance globale.

 

Quelle serait la conséquence sur le PIB français ?

En allant plus loin dans le raisonnement, la France ferait face à des problèmes pour faire perdurer son modèle actuel. Il ne faut pas oublier que nous vendons énormément à l’étranger. Avec une dévaluation du franc et les mesures protectionnistes qui sont proposées par madame Le Pen, nos partenaires commerciaux seraient-ils prêts à nous acheter autant de produits ?

L’affaiblissement de la croissance serait une conséquence directe d’un enchaînement mécanique d’effets négatifs. Par exemple, il y a un impact qui ne serait pas visible au quotidien, dans le caddie au super marché, c’est le renchérissement de la dette. Elle est libellée en euros. Les gens que nous rembourserions après une éventuelle dévaluation du franc demanderaient à être payés avec une monnaie forte, le mark ou l’euro. Notre dette augmenterait de 20%. Aux 2000 milliards de la dette, il faudrait en ajouter 400. Conséquence : le montant des remboursements exploserait.

Autre effet pervers de la dévaluation : l’inflation. Les taux d’intérêt doivent le prendre en compte. Si les prix en France augmentent de 5 ou 6%, le taux d’intérêt doit augmenter en proportion, en y ajoutant la méfiance inévitable des banques. Le remboursement deviendrait plus cher et le développement économique serait bloqué. L’achat d’une voiture à crédit par exemple, se ferait beaucoup plus compliqué : un taux plus élevé la rendrait plus coûteuse et réduirait de fait le nombre de ventes et la production.

 

Entre le dollar et le yen, que vaudrait le franc ?

La règle de base, c’est le marché. Il y a une offre et une demande sur les monnaies. Si le franc est peu demandé, il n’est pas cher. Cette valeur dépend du commerce extérieur. Avec une balance négative, nous aurions des produits exportés en francs et importés avec d’autres devises. Le déséquilibre actuel en commerce extérieur condamnerait le franc à baisser. Sur le marché des changes, le franc serait plus vendu qu’acheté.

Ceux qui défendent la sortie de l’euro misent là-dessus pour relancer les exportations françaises : nos produits seraient moins chers. Nos produits seraient donc beaucoup plus compétitifs. Mais la France est un pays très développé. Elle vend des produits de haut niveau, des Rafales, des centrales nucléaires ou des TGV. Bien évidemment, avec l’euro qui est une monnaie forte, nous avons du mal à vendre ces produits. Mais nos clients sont des pays riches et le prix n’est pas le seul argument. Le développement d’un réseau et de tout le suivi qui va avec le produit est déterminant. Pour preuve : les Allemands vendent des produits haut de gamme alors qu’ils ont toujours eu des monnaies fortes.

 

Pourrait-on récupérer nos vieilles pièces et nos vieux billets en franc ?

Les anciennes pièces et les billets ont été détruits. Il faut tout refaire. C’est un coût comparable à celui du lancement de l'euro. Le plus onéreux, c’est surtout de remettre à plat tous les systèmes comptables et les prix. C’est un surcoût énorme pour les entreprises.

Nos euros eux, finiraient à la poubelle. La part estampillée française est sensée disparaître si nous quittons l’euro. Mais les pièces et les billets sont une goutte d’eau dans l’océan monétaire qui nous sert à acheter le pain du quotidien.

 

Si la France revient au franc, que devient le reste de la zone euro ?

L’euro serait touché mortellement. Les autres pays auraient probablement la tentation de suivre le mouvement. Ce serait un éclatement de la zone euro. Quelques pays du nord comme la Hollande et l’Allemagne maintiendraient une monnaie forte. Les pays du sud, comme l’Italie qui souffre beaucoup plus que nous de l’euro, seraient encore plus marqués. Tout ce qui est valable pour la France est valable pour l’Italie, l’Espagne ou le Portugal : avec des prix cassés, ils deviendraient de terribles concurrents pour nous.


Propos recueillis par Romain Mielcarek

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