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"Les politiques demeurent toujours incapables de répondre comme il se doit au problème des banlieues."
"Les politiques demeurent toujours incapables de répondre comme il se doit au problème des banlieues."
©DR

Amertume républicaine

Marche de l'Egalité : quand les politiques cesseront-ils leurs opérations de récupération pour passer enfin à l’action ?

Été 1983 : les banlieues lyonnaises s'embrasent dans une série d'affrontements entre jeunes et policiers. De cet évènement est née la Marche de l’Égalité. Samedi aura lieu une marche commémorative. Trente ans après, les politiques demeurent toujours incapables de répondre comme il se doit au problème des banlieues. Farid Temsamani, porte-parole de l'association Banlieue Plus, nous fait part de son état des lieux.

Farid Temsamani

Farid Temsamani

Farid Temsamani est consultant en intelligence économique et porte-parole de l'association "Banlieue Plus".

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Atlantico : Récemment, Naïma Charaï, présidente de l'Acsé (Agence pour la cohésion sociale et l'égalité des chances) a qualifié la 1ère Marche de l’Égalité organisée il y a 30 ans de "marche (...) sans lendemain". Partagez-vous cet avis ?

Farid Temsamani : Comme tout début, les initiateurs de la Marche - Toumi Djaïda et le Père Delorme - et les milliers de marcheurs ont fondé en celle-ci les espoirs de toute une génération autrefois sans voix. Dans le contexte difficile qu’était celui du début des années 1980, cette Marche a néanmoins été un succès dans la mesure où elle a réussi à réunir, à son apogée, plus de 100 000 personnes dans les rues de Paris. Ce mouvement nouveau à l'origine des démarches citoyennes a sonné le début d'une nouvelle ère, notamment d'investissements associatifs. Hélas, elles n'ont pu atteindre intégralement les aspirations de ces citoyens en manque d'égalité tant les revendications furent nombreuses. 

La Marche de l’Égalité de 1983 est la conséquence des émeutes survenues dans la banlieue lyonnaise au cours de l'été de cette même année, entre jeunes du quartier des Minguettes et forces de l'ordre. Pourquoi ne pas avoir ranimé le mouvement après les émeutes de 2005 ?

Le contexte et la genèse de la Marche pour l'égalité de 1983 diffère de celui de 2005. La réponse en 1983 des jeunes des Minguettes et d'autres quartiers s'inscrivait dans une démarche complètement pacifique. En 2005, soit 22 ans plus tard, le constat d'échec dans les banlieues était plus amer. La réaction, malheureusement, a conduit aux violences que tout le monde connait. Les dimensions structurelles des années 2000 (chômage grandissant et ségrégation territorial) ont accentué la réponse brutale à la différence de 1983.      

Au cours de ces trente dernières années, l'image des banlieues s’est largement dégradée au sein de la société française. Pensez-vous la réconciliation, et à terme leur intégration durable au sein de la société française, possible ?

D'une part, les habitants des banlieues sont pleinement citoyens de notre pays. Ils contribuent à la richesse nationale et n'aspirent qu'à être considérés comme des citoyens à part entière. Il est avéré que l'image véhiculée n'est pas des plus flatteuses. Néanmoins, elle n'est pas toujours des plus réalistes. Il est vrai que les difficultés sont plus importantes en banlieue qu'ailleurs. Nul besoin de le nier. En dépit des plans pléthoriques consacrés aux quartiers populaires, les inégalités n’ont pu être enrayées. A quand un véritable plan de refondation des banlieues? Il est indéniable qu'une réconciliation doit s'opérer pour le bien de la cohésion nationale. Tant les habitants des banlieues que le reste de notre société doivent mutuellement aller au-delà des préjugés. Il en va de notre responsabilité de relever ce défi. 

Le mouvement issu de la Marche de l’Égalité a été repris quelques temps après ses débuts, une fois que celui-ci a commencé à prendre de l'ampleur, par le PS à travers SOS Racisme présidé alors par Harlem Désir. Craignez-vous une répétition de l'histoire ?

Le Parti Socialiste, à travers la création de SOS Racisme sous l'impulsion des membres des jeunes socialistes, des jeunes trotskistes et des jeunes de la ligue communiste révolutionnaire, a effectivement procédé à la récupération politique de la Marche de 1983. Dans le contexte d'un mouvement citoyen dénué de volonté partisane et face à la volonté d'agiter la menace de l'extrême-droite, le président de la République de l'époque a réussi à récupérer médiatiquement le mouvement. Aujourd'hui, les nombreux acteurs associatifs qui œuvrent sur le terrain ne peuvent pas, une nouvelle fois, être bernés pour des fins autres que l'aspiration à une égalité républicaine. Enfin, trente ans après, les citoyens de nos quartiers populaires, ayant appris des erreurs du passé, veilleront à ce que l'histoire ne se répète pas.

Lorsque la première marche a atteint Paris en décembre 1983, François Mitterrand avait reçu une délégation auprès de laquelle il s'était engagé à accorder pour les immigrés une carte de séjour et de travail valable pour 10 ans. Qu'attendez-vous politiquement de la marche commémorative de samedi ?

Tout d'abord, la réponse obtenue était très éloignée des attentes de cette marche. Les marcheurs avaient soif d'existence républicaine. Au titre de la commémoration du trentième anniversaire de cette marche, il s'agit avant tout d'un devoir de mémoire et de transmission aux plus jeunes et moins jeunes afin que cette part de l'histoire de notre pays ne soit pas oubliée.

En décembre 2013 sortira le film de Nabil Ben Yadir, La Marche, qui revient sur l'évènement. Jamel Debbouze figure au générique. Incarne-t-il pour vous une réussite de l'intégration ?

Monsieur Debbouze incarne, indéniablement, une réussite à la française. Il représente le talent français de par le monde et permet ainsi de promouvoir la richesse des composantes de la France.

Propos recueillis par Thomas Sila

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