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Manifestations à Hong-Kong : l’Occident est-il en train de perdre gros ?
©DALE DE LA REY / AFP

Mainmise du parti

Manifestations à Hong-Kong : l’Occident est-il en train de perdre gros ?

Les manifestations qui ont ébranlé Hong-Kong ces dernières semaines sont la preuve que le modèle de démocratie libérale adossée au capitalisme est moins universel qu'on ne le pensait.

Jacques Gravereau

Jacques Gravereau

Jacques Gravereau, fondateur et directeur de l'Institut HEC Eurasia, professeur à HEC, est l'un des grands experts européens des développements de l'Asie et de la mondialisation, auteur entre autres du Japon au XXe siècle et de L'Asie majeure.

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Atlantico : En quoi les manifestations qui ont ébranlé Hong-Kong ces dernières semaines sont-elles la preuve que le modèle de démocratie libérale adossée au capitalisme est moins universel qu'on ne le pensait ?

Jacques Gravereau : Les manifestations de cette semaine à Hong Kong ont fait massivement descendre dans la rue toutes les couches de la population de ce territoire de 7 millions d’habitants, devant la menace d’une nouvelle loi permettant l’extradition de Hongkongais vers la Chine, où le Parti communiste monopolistique n’offre aucune garantie d’Etat de droit au sens occidental, c’est le moins que l’on puisse dire.  Les citoyens de Hong Kong sont viscéralement attachés à l’Etat de droit hérité des Britanniques. En 1997, lors de la « restitution » de Hong Kong à la Chine, la charte dite de« un pays (la Chine), deux systèmes », juridiquement contraignante en principe, assurait à Hong Kong une très large autonomie, au moins pendant une période transitoire de cinquante ans, soit jusqu’en 2047. Il était gravé dans le marbre, d’accord partie entre le Royaume-Uni et la Chine, que Hong Kong resterait un Etat de droit, avec notamment une justice indépendante, une commission indépendante de lutte contre la corruption (la très efficace ICAC), une liberté d’opinion et d’expression, une monnaie indépendante (le Hong Kong dollar), une Bourse des valeurs réellement transparente, bref des garanties réelles et stables d’absence d’arbitraire ou de manipulations. Pékin se met à grignoter sérieusement ces garanties et entreprend d’accélérer l’avènement du modèle socio-politique chinois pour les Hongkongais. Ces derniers le redoutent plus que tout n’en veulent pas.

Dans les années 1980, Hong-Kong était considéré par les ultra-libéraux américains, tels que Milton Friedman et l'école de Chicago, comme un îlot de liberté et le modèle idéal à suivre. Pourquoi ce modèle n'est-il pas tenable ?

L’économiste-vedette Milton Friedman a eu son heure de gloire autour des années de son prix Nobel d’économie en 1976, ce qui fait tout de même 43 ans. Il a instrumentalisé Hong Kong au service de ses théories sur le libéralisme, sans vraiment se pencher sur la réalité de ce territoire, et à une époque où Hong Kong était encore une colonie britannique. A l’époque, personne ne votait à Hong Kong, pour ou contre une assemblée de députés, ni pour ou contre le dirigeant du territoire, le gouverneur nommé par Londres. Friedman a fait opportunément l’impasse sur ce système non-démocratique, qui perdure sous une autre forme, depuis 1997 où le drapeau chinois flotte sur Hong Kong.

Autant Hong Kong a toujours été un modèle de liberté économique, avec une réussite fulgurante qui a porté son PIB par habitant à 41.000 Euros aujourd’hui (France : 31.000 Euros), autant elle n’a jamais été une démocratie. Après 1997, une assemblée élue, le LegCo, a été constamment manipulée par la Chine afin qu’y perdure une majorité indéboulonnable de membres « politiquement corrects » vis-à-vis de Pékin, à commencer par la « chiefexecutive » actuelle de Hong Kong, Carrie Lam. Au passage,  il est curieux ou symptomatique, comme on voudra, que celle qui est censée gouverner politiquement Hong Kong soit affublée d’un titre tout droit sorti du business !

À l'aune des événements qui ont lieu à Hong-Kong, la prospérité et la liberté économique sont-elles encore en mesure d'apporter la démocratie et les libertés politiques ? Cette croyance n'est-elle pas mise à mal ?

L’éminent politologue Benjamin Barber écrivait en 1996 dans son ouvrage majeur  «Jihad vs. McWorld» :«Des capitalistes peuvent être démocrates, mais le capitalisme n’a pas besoin de démocratie et n’y conduit pas. […] L’économie de marché a fait preuve d’une remarquable capacité d’adaptation et a prospéré dans de nombreuses dictatures. » La Chine est éminemment capitaliste et a accédé à une prospérité certaine. Elle a su faire passer son PIB du quasi-néant il y a trente ans à 12 trillions de dollars aujourd’hui, et rattrapera le PIB américain dans dix ans. Et pourtant on n’y vote toujours pas. Les 90 millions de membres du Parti communiste chinois y veillent et n’ont nullement l’intention de se lancer dans un aventurisme qui fut fatal à la feu-URSS. De cela, nous pouvons être certains à vue humaine.

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