Je suis un homme (blanc). Je suis cet être honni, responsable du malheur du monde, coupable par le seul fait qu’il existe. Du moins c’est ainsi que je suis désormais décrit. Pourtant je ne me reconnais dans aucun des portraits que des Torquemada brossent désormais sur les plateaux. Je ne suis pas harceleur. Je tiens la porte aux gens, il est vrai avec plus d’empressement devant les dames. Je n’ai pas l’impression d’être un oppresseur en étant galant. Oui, j’ai cherché dans ma vie, surtout quand j’étais plus jeune, à séduire des demoiselles. Mais en respectant toujours les règles subtiles du jeu de l’amour. Je n’ai jamais eu l’audace d’arrêter quiconque dans la rue. Et l’idée d’insulter une fille pour un refus me paraît aussi inimaginable que celle de commettre un vol à main armée. Question d’éducation sans doute, cette valeur dont il n’est plus permis de parler tant elle suggère en creux la triste vérité qu’il existe en effet une catégorie d’hommes qui sont d’authentiques porcs. Mais c’est là tout le problème : il ne semble plus possible de dire que nous n’en faisons pas tous partie. Les gens comme moi sont nés au mauvais moment. Celui où ils doivent payer pour un ordre du monde révolu dont ils n’ont pas profité et auquel ils n’ont jamais prêté la main.