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Malades d'Internet (littéralement) : l'abus d'heures en ligne a un impact dévastateur sur le système immunitaire

Publicités intempestives, informations à sensation, photos et vidéos choquantes, etc. : l'utilisation d'Internet peut être source de stress, ce dernier perturbant alors la sécrétion du cortisol, une hormone ayant une action déterminante sur notre système immunitaire.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Une étude réalisée par des scientifiques des universités de Swansea et Milan révèle que les utilisateurs excessifs d'Internet (environ 10h/jour) ont 30% de chances supplémentaires de tomber malades que les autres. Ceci serait dû aux variations de cortisol qu'induit cette utilisation excessive. Quel est le rôle spécifique de cette hormone ? Dans quelle mesure impacte-t-elle notre système immunitaire ? Comment s'explique cette relation de causalité ?  

Stéphane Gayet Qu’est-ce que le cortisol ? Les stéroïdes sont des substances hormonales dérivées des stérols. Il y a chez l’homme trois groupes d’hormones stéroïdes : les œstrogènes, les androgènes et le groupe progestérone-glucocorticoïdes-minéralocorticoïdes. Les hormones glucocorticoïdes (ou glucocorticostéroïdes) et minéralocorticoïdes (ou minéralocorticostéroïdes) sont des hormones sécrétées par les glandes corticosurrénales (parties périphériques des glandes surrénales). Les hormones glucocorticoïdes sont ainsi appelées, car elles sont actives sur le métabolisme des glucides. Le cortisol ou hydrocortisone est la principale hormone glucocorticoïde ou glucocorticostéroïde chez l’homme. C’est une hormone qui exerce de multiples actions. Elle est appelée hormone de l’éveil, car sa sécrétion est maximale le matin et au contraire minimale le soir.

Quel est le rôle physiologique du cortisol ? C’est une hormone de l’action et de l’énergie. Ses activités ont pour but de nous rendre aptes à agir, mais froidement, pas dans l’urgence, à la différence des catécholamines que sont l’adrénaline, la noradrénaline et la dopamine. Ces dernières sont les médiateurs chimiques de la réaction à un stress aigu, elles agissent à très court terme. On peut définir le stress à la fois comme une contrainte, une tension ou une agression s’exerçant contre un organisme, et comme la réponse ou réaction non spécifique de cet organisme à cette contrainte, tension ou agression. Le stress aigu stimule la sécrétion de catécholamines. Le stress prolongé ou répété stimule la sécrétion de cortisol. L’échelle de temps n’est pas la même : l’immédiateté ou le très court terme d’un côté, le court terme de l’autre. Le glucose est l’une des principales sources d’énergie de nos cellules : le cortisol fait monter la teneur du sang en glucose (hyperglycémie). Il favorise la dégradation des protides (muscles, os), ce qui facilite la production d’enzymes nécessaires au métabolisme énergétique. Il favorise la dégradation des graisses, ce qui libère encore de l’énergie. Il augmente la rétention de sodium et d’eau, ainsi que l’élimination de potassium : l’organisme est ainsi bien hydraté. Le cortisol s’oppose aux mécanismes de défense de plusieurs façons : il réduit la simple réaction inflammatoire (réponse non immunitaire à une agression), la réponse immunitaire et favorise l’atrophie des organes immunitaires ou lymphoïdes. Il augmente la force du myocarde (cœur), il fait monter la pression artérielle en contribuant à accroître l’efficacité circulatoire. Il stimule la production de globules rouges, mais inhibe la production de lymphocytes. Il augmente la force musculaire, diminue la fatigabilité et stimule le système nerveux central, particulièrement le cerveau (excitation). Ce sont là ses principaux effets.

Que faut-il retenir des effets du cortisol et comment interpréter son rôle sur l’immunité ? Il faut retenir des actions du cortisol que cette hormone nous rend plus performants à court terme : tout est mis en œuvre ou presque pour être plein d’énergie afin de dominer une situation difficile à laquelle nous devons faire face. L’inhibition des mécanismes de défense contre les agents microscopiques peut être interprétée de la façon suivante : ce ne sont pas de vraies menaces à court terme, eu égard aux dangers macroscopiques, et il y a mieux à faire pour notre survie que de s’inquiéter des microorganismes (faire feu ou flèche de tout bois, se préparer à affronter l’ours et négliger les fourmis). Il faut bien comprendre que le cortisol nous aide à court terme pour les raisons développées, mais qu’il nous dessert au contraire à moyen et long terme (fonte musculaire et osseuse, diabète, hypertension, dépression immunitaire…).

Les fluctuations de cortisol seraient dues, selon cette étude, aux alternances d'état de l'utilisateur excessif, entre stress et apaisement. Qu'est-ce qui est générateur de stress dans l'utilisation d'Internet ? A l'inverse, qu'est-ce qui peut être source d'apaisement ?

Se connecter à Internet, c’est comme entrer dans un parc d’attractions et de loisirs dont les manèges ne seraient pas sécurisés. Internet est comme un volcan en éruption : ça chauffe, ça fait du bruit, ça envoie des projectiles, c’est dangereux. C’est excitant, grisant et en même temps violent et déstructurant. Le danger est présent à chaque page ou presque.

Internet réunit l’apocalypse, le train fantôme, le bordel, la pornographie, les scènes de guerre, les blasphèmes, l’endoctrinement, les atrocités physiques, les arnaqueurs, la drogue et les mensonges décomplexés et même organisés. On est en permanence dans la démesure. À cela s’ajoutent : les flux de publicités bondissantes et agaçantes, les informations à sensation, les photos agressives et choquantes, telles que des photos de sexe, de seins, de fesse, des illustrations et vidéos d’actes sexuels monstrueux, d’enfants et d’adultes mutilés, meurtris ou ensanglantés, d’horreurs, autant de visuels qui perturbent la pensée, l’attention et le sommeil et sont des sources de stress.

Il faut aussi parler des produits mirifiques, des tentations d’achat, de l’argent facile, des objets de luxe, des publicités pour des médicaments vous transformant en surhomme ou surfemme, des propositions de drogue ou d’armes, de rencontres incroyables et merveilleuses.

Internet est le théâtre de mensonges, duperies, fourberies et manipulations. La désinformation y est constante, plus souvent organisée que naïve et elle intoxique les esprits. Un préadolescent apprend quelque chose de juste de ses parents, puis lit le contraire sur Internet : tout cela est déstabilisant et génère de l’angoisse et de l’insomnie, donc du stress. Facebook est pour beaucoup d’utilisateurs un jeu de mensonge ou au moins de large exagération. Or, mentir occasionne du stress : il faut se souvenir, être à la hauteur de son mensonge ; on est à l’affût des réponses de ses amis et amies par la messagerie interne. Il faut dire que les gestionnaires de Facebook sont en pratique dépassés par les abus incessants qu’ils ne parviennent pas à contrôler en temps réel.

Nous sommes avec Internet dans un monde irréel, accéléré, où tout est exagéré. Le temps est court, il n’y a pas de repos, il faut être performant et la violence n’a pas de limite. Les excès de tous types, tentations, sensations, illusions et fantasmes sont autant d’agressions stressantes. Comment un esprit humain peut-il résister à une telle avalanche de stimuli, aussi violents et dangereux les uns que les autres ? Ce qui est particulier à Internet, c’est la discordance entre la violence mentale et émotionnelle, et l’immobilité physique. C’est cette discordance qui est particulièrement néfaste pour la santé : le stress est très important, mais le corps statique ne peut pas l’évacuer, car il est vissé à son siège.

Il est certain que, si l’on compare l’usage d’Internet à la lecture d’un livre, au fait de regarder un film long métrage, aux promenades, au sport, au bricolage, à la cuisine, etc., nous avons, d’un côté un monde où le stress est constant, et de l’autre, un monde au contraire antistress, déstressant et apaisant. Le contraire de l’hygiène de vie face à une vie douce et bienfaisante.

Communique-t-on assez, selon vous, sur les dangers d'une utilisation excessive d'Internet sur notre santé ? Quels conseils recommandez-vous pour limiter ces effets néfastes de son utilisation sur notre santé ?

Il est vrai que l’on communique vraiment très peu sur les dangers d’Internet. Il faut dire qu’Internet est aujourd’hui le support et le vecteur d’une grande partie de notre économie. Le meilleur y côtoie le pire. Beaucoup d’individus sont influençables et impressionnables. Notre société est décevante à bien des égards ; or, Internet nous fait miroiter beaucoup de choses factices, mais qui nous impressionnent et nous séduisent.

Comment se protéger ? Il est difficile de se raisonner tout seul. Le mieux est d’en parler à ses proches, car Internet est un univers irréel qui nous fait perdre prise avec la réalité. Pour se raccrocher à la réalité, il faut en parler avec des personnes saines et équilibrées (parents, proches...). Une solution extrême serait de procéder comme certaines personnes ayant une addiction pour les jeux d’argent : elles se font elles-mêmes interdire de jouer. Ainsi, un internaute drogué de l’Internet pourrait faire limiter lui-même ses heures de connexion.

Le mieux est sans doute de rechercher un équilibre de vie. Cet équilibre, cette hygiène de vie, comporte un certain nombre de règles qui sont incompatibles avec le fait de passer 10 heures par jour devant son écran : s’accorder suffisamment de temps pour manger, avoir une activité physique régulière, ne pas se coucher après 23 heures, avoir une activité de création ou de relations humaines, etc.

Qu'en est-il des dangers sur notre santé liés aux différents supports permettant l'accès à Internet ? Le danger est-il le même d'un support à l'autre ? 

Tous les appareils électroniques émettent des ondes électromagnétiques de faible énergie, qui constituent un danger potentiel à moyen et surtout long terme. Les écrans d’ordinateur ou de tablette électronique sont eux-mêmes nocifs pour la santé, d’autant plus que l’on en est près. Ces perturbations concernent la vue (fatigabilité, troubles de l’accommodation), le psychisme et le sommeil. À ce titre, la télévision que l’on regarde à deux mètres de distance est beaucoup moins nocive qu’un écran d’ordinateur que l’on regarde à trente centimètres. Ainsi, la première mesure est de se tenir à distance de l’écran. Il ne reste plus beaucoup d’écrans à tube cathodique, mais ils sont encore plus fatigants pour la vue que les écrans plats.

Mais l’un des conseils les plus importants est de s’astreindre à quitter l’écran du regard toutes les 15 à 20 minutes et à s’éloigner de l’ordinateur pour faire toute autre chose au moins cinq minutes toutes les heures. Il ne faudrait pas excéder trois heures de suite d’activité sur écran. Ce sont là des règles simples, mais qui demandent une autodiscipline. Or, Internent est une drogue. À éviter le plus possible : utiliser un ordinateur portable en position semi-assise sur son lit. Réagissez, ne vous laissez pas rendre malade par votre ordinateur et surtout par Internet !

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