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©SYLVAIN THOMAS / AFP

Echiquier politique

Mais que prépare pour 2022 le "bordel" politique sans précédent des municipales ?

Alors que Yannick Jadot avait évoqué une possible alliance entre les Verts et Les Républicains pour les élections de mars prochain, la confusion semble régner sur la stratégie politique des différents partis. D'où vient cette confusion généralisée ?

Chloé Morin

Chloé Morin

Chloé Morin est ex-conseillère Opinion du Premier ministre de 2012 à 2017, et Experte-associée à la Fondation Jean Jaurès.

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Atlantico.fr : Yannick Jadot a répété la semaine passée qu'il n'était pas opposé à une alliance entre les Verts et LR aux municipales. Une alliance qui comme d'autres alliances potentielles paraît incongrue. A l'approche des municipales le "bazar" semble être total, pourquoi ? D'où vient cette confusion généralisée ? 

Chloé Morin : Il faut d’abord constater une difficulté du monde politique à retrouver ses marques après 2017, même si nous enregistrons dans les intentions de vote publiées les premiers signes d’un retour à une partition plus classique de l’échiquier. Je vais y revenir. 

Jadot tente en fait d’inscrire EELV dans une forme de centralité. Il s’inspire en cela d’Emmannuel Macron en 2017. 
Sa difficulté est que son mouvement a, lui, une histoire.  Historiquement, l’écologie politique s’est toujours plutôt inscrite à gauche en France. Et plus à gauche que le PS. Ce n’est pas forcément le cas des mouvements politiques écologistes ailleurs en Europe ou dans le Monde - je pense au Canada, à l’Autriche... -, mais c’est une réalité du paysage politique français.

Maintenant, Yannick Jadot avait affirmé à l’issue des Européennes et fort de son score élevé, avoir pour ambition de réorganiser le paysage politique autour de l’écologie, et donc de sortir du clivage gauche-droite et de son appartenance par défaut au champ de la gauche. 

Il mise d’ailleurs, pour sa part, sur une stratégie d’indépendance aux municipales. Mais la question est celle de la parole d’EELV - un parti dont on oublie souvent qu’il ne le dirige pas.

Or, le parti est divisé sur cette stratégie. Pour l’heure, EELV a refusé - par exemple à Marseille, ou à Paris - dans de nombreuses villes de s’allier à une gauche avec laquelle elle gouverne, parfois depuis plusieurs mandats et dont ils partagent de facto le bilan. Mais certains cadres semblent déplorer cette stratégie.

Il n’y a jamais eu d’alliance avec la droite au préalable, car une alliance se fait aussi sur un partage de valeurs, de projet de société. Dès lors, cette alliance potentielle des verts avec la droite, qui paraît incongrue pour des raisons historiques, ne serait que la conséquence logique de ce choix de l’indépendance. Est-il judicieux? C’est un autre sujet... on voit bien l’intérêt d’EELV d’augmenter son nombre d’élus par les alliances. Pour gouverner les villes, évidemment, mais ce n’est pas tout. C’est utile aussi aussi pour le Sénat, par exemple…

Mais force est de constater que sur le plan des valeurs et des idées, la proximité des électeurs écologistes est plus grande avec la gauche qu’avec la droite - même si c’est surtout le cas de ses militants et de ses cadres, tous issus de la gauche, et moins de ses électeurs, qui comptent beaucoup d’opportunistes désaffiliés et relativement dépolitisés, dont le vote est essentiellement un vote de cause. Reste que ce qui éloigne aussi les électeurs est l’opportunisme des politiques, leur capacité de mutation et de passer d’un discours à l’autre, parfois très rapidement. 

Maintenant, la crise des partis est réelle, et le grand bazar des municipales illustre bien le fait que nul n’y échappe. Pour ce qui est du reste de l’offre électorale, on note en effet une volonté assez générale des élus sortants ou des primo-candidats de s’émanciper des étiquettes et de se distancer le plus possible de leurs familles politiques d’origine. C’est un jeu qui n’est pas nouveau, mais qui s’est considérablement amplifié depuis le séisme de 2017 : en effet, auparavant le jeu des alternances gauche-droite conduisait la droite à être honteuse lorsqu’elle exerçait le pouvoir au niveau national, alors que la gauche d’opposition revendiquait fièrement son étiquette pour bénéficier d’une vague de rejet du président et de la majorité en exercice. Le phénomène inverse était observé lorsque la gauche exerçait le pouvoir.

À présent, on eût pu croire que tous les partis au pouvoir dans les communes revendiqueraient leur étiquette de bons opposants au national dans un jeu classique de vote sanction. On pouvait penser qu’ils chercheraient à se positionner comme meilleurs opposants à un Emmanuel Macron impopulaire, tandis que les candidats LREM feraient profil bas. Or, on constate qu’il n’en est rien : tous sont, dans les mots et sur leurs affiches, plus ou moins “citoyens”, plus ou moins “ouverts”, plus ou moins “pragmatiques” et éloignés des batailles idéologiques... J’y vois l’illustration du passage à une nouvelle ère politique, celle de l’hyper-défiance. Les partis, les étiquettes, la politique nationale sont devenus tellement toxiques qu’il faut absolument s’en distancer. Voire même, pour certains, ériger l’"anti-système" au rang de seule et unique vocation... c’est le cas de nombreux partis populistes aujourd’hui , dont le seul objectif revendiqué est de “dégager” ceux qui exercent le pouvoir. 

Par conséquent, le seul élément de lisibilité, la seule constante dans ce scrutin, c’est l’écologie: EELV peut bénéficier d’une prime du fait de son antériorité sur le sujet, cela explique à mon sens les bons scores promis à ses candidats. Mais une bataille acharnée est engagée - y compris à droite, dont ce n’est pas la tradition, ainsi qu'au Rassemblement national - pour lui contester le monopole de cette cause unanimement appréciée. La logique voudrait que cette bataille conduise le sujet écologique à se normaliser, dans les années qui viennent, et donc le parti écologiste à se radicaliser dans ses propositions ou à perdre sa rente de situation électorale. 

Attention néanmoins. L’illisibilité politique peut aussi être un piège démocratique. Les cas de Biarritz et Paris pour LREM sont tout de même inquiétants de ce point de vue. Les électeurs sont attachés à un minimum de cohérence... 

Que pourrait-il se passer durant l'entre-deux tours des municipales ? Alors que l'on observe en ce moment de nombreuses tensions au sein  de plsuieurs familles politiques (LREM par exemple) ces alliances incongrues pourraient-elles durer et tenir par la suite ? 

L’entre-deux tours est, dans cette élection un jeu très politique, bien que local, d’alliances et de places sur les listes. Il faudra clairement faire un programme, s’accorder sur des projets concrets. La politique municipale est en effet sans doute la plus concrète, celle où les élus maîtrisent le mieux leurs projets. Cela ne veut pas dire que des oppositions idéologiques n’existent pas, au contraire. Mais elles peuvent parfois et même souvent, selon les contextes locaux et la personnalité des candidats, être dépassées. L’on dit souvent que les territoires sont comme des laboratoires d’idées et d’alliances pour l’échelon national. Il sera intéressant de voir si et comment la droite pourrait concrètement gouverner avec les écologistes. Le temps le dira... 

L’expérience la plus intéressante, cependant, en vue de 2022 est sans doute les tentatives - parfois incomplètes - d’union de la gauche. On le voit, à Marseille tous les partis de gauche ne sont pas unis, mais des barrières importantes sont tombées, et des égos mis de côté. Au total, la gauche y fait 30%... les municipales marqueront-elles le début d’une dynamique pour les régionales puis la presidentielle, une forme de renouveau d’un pôle de gauche dont on voit bien qu’il existe encore dans les sondages mais pâtit jusqu’ici de divisions partisanes et personnelles ? Ce sera une question à suivre de près... 

Qu'est-ce qui pourrait ressortir de ce chaos pré-élections et des potentielles alliances conclues lors des municipales, notamment si elles sont victorieuses, pour 2022 ?

Je pense qu’il faut faire très attention à ne pas vouloir tirer d’enseignements stratégiques trop vite. 

Le premier enseignement, nous le savons, ce sera l’échec ou la réussite de LREM.  C’est cela qui va être ausculté en priorité. LREM est-il autre chose qu’un parti fondé autour d’un homme ? Est-il implanté localement ? 

Pour le reste : 2022, la présidentielle, c’est une lutte d’écuries. Personne ne s’alliera à l’autre à moins d’un « programme commun » et d’un choix du candidat pour le porter. LR ne cédera pas la place au candidat EELV... 

Surtout, au delà du Président, il ne faut pas oublier que les législatives, ce n’est pas un scrutin de liste. On ne panache pas. C’est une lutte dans chaque circonscription... le scrutin majoritaire à deux tours, c’est une mécanique qui ne permet pas d’échafauder des équilibres préétablis. 

L’alliance véritable ne viendra que si une majorité ne se dégage pas des législatives. 

Pourtant, si j’en reviens à la gauche, je crois que cette étape est peut être nécessaire à sa compréhension que personne n’y arrivera seul. 

L’étape préparatoire de la présidentielle, dans cette perspective, ce sera sans doute surtout les régionales.

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