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Alt-right

Mais qu’est-ce que le Boogaloo auquel aspirent nombre d’émeutiers américains ?

Un nouveau terme a fait son apparition, celui de "Boogaloo", au sein de l'Alt-Right américaine. Alors qu'il désignait une danse dans les années 50, le Boogaloo a perdu sa définition initiale pour être repris par l’extrême-droite américaine en tant que cri de ralliement pour appeler à la guerre civile. Sur quoi repose ce mouvement ?

Jean-Yves Camus

Jean-Yves Camus

Chercheur associé à l'Iris, Jean-Yves Camus est un spécialiste reconnu des questions liées aux nationalismes européens et de l'extrême-droite. Il est directeur de l'Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès et senior fellow au Centre for the Analysis of the Radical Right (CARR)

Il a notamment co-publié Les droites extrêmes en Europe (2015, éditions du Seuil).

 

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Atlantico.fr : Au coeur de l’Alt-Right américaine, un nouveau terme a fait son apparition celui de Boogaloo. Utilisé pour désigner une danse dans les années 50, le Boogaloo a perdu sa définition initiale pour être repris par l’extrême-droite Américaine en tant que cri appelant à la guerre civile. Que signifie-t-il réellement ?  

Jean-Yves Camus : Le terme Boogaloo est repris dans les milieux de l’Alt-Right comme étant un nom de code pour appeler au chaos généralisé afin de mettre à bas l’État fédéral. Celui-ci perçu comme totalitaire doit être mis à mal car il a confiné et privé les citoyens des libertés individuelles. Dans certains États, la législation sur les armes est devenue plus dure et pour les adeptes du mouvement, c’est un droit inaliénable inscrit dans la Constitution Américaine.  

Le Boogaloo consiste à accélérer la chute du système en s’insérant dans tous les interstices existant pour amener la machine à dérailler. Lors des manifestations liées à la mort de George Floyd, l’idée est de tirer profit du chaos en les détournant de leur objet initial. Les membres de l’Alt-Right veulent profiter du fait que les forces de l’ordre se mettent à découvert pour commettre des actes que la surveillance policière ne leur permettrait pas de faire en temps normal. Ce sont des actes de disruption. 

Ils vont tenter de mettre le chaos par tous les moyens. Le Boogaloo, c’est le chaos qui doit amener la fin d’un État, considéré par l’ultra-droite américaine, comme étant intrinsèquement illégitime et totalitaire. 

Ce mouvement s’exprime dans la rue mais il est surtout le fruit d’internet. De nombreux mèmes, gifs relaient son message sur les réseaux sociaux ou dans les autres espaces où les membres de l’Alt-Right échangent. Où le mouvement vit-il ? 

Tout le problème vient qu’il vit tout d’abord sur internet. C’est une sorte d’écosystème existant sur un certain nombre de serveurs cryptés ou via des vidéos sur Youtube ou des médias sociaux plus mainstream comme Twitter. Cela pose des interrogations aux services de renseignements du monde comme : est-ce qu’un jour un participant actif à cet univers virtuel peut se transformer en terroriste dans le monde réel. Malheureusement oui, cela se produit. 

Cependant il faut être prudent sur leur présence dans les manifestations. Des officiels des manifestations de Minneapolis ont confirmé leur présence mais la question importante est de savoir ce qu’ils viennent voir, si ils viennent jauger les manifestation. On suppose qu’ils sont là pour voir le modus operandi et afin de jauger l’action des forces de police ainsi que la force et le mode d’action des manifestants. Cela peut en rester là, mais on ne peut pas exclure que des individus essaient de venir pour attiser les braises.

Sur quoi repose ce mouvement ? 

Il a des racines anciennes. Sur une prétendue illégitimité, ceux qui se revendiquent du mouvement considèrent l’État fédéral avec une grande suspicion. Au fonnd, on ne tient pour légitime que le pouvoir directement issu des communautés, notamment dans les secteurs les plus ruraux des États-Unis. Vous élisez directement votre shérif, lui est chargé du maintien de l’ordre donc il est légitime. Un certain nombre de milieux américains ont théorisé cela. Le seul niveau de contrôle légitime pour eux est celui du comté. Tous ce qui est supérieur, comme l’État fédéré et l’État fédéral est une extension indue de l’emprise de l’État sur les libertés individuelles. 

Dès le début des années 80, on voit apparaître un certain nombre de groupes violents qui ont pour objectif de mettre à bas un État fédéral qu’ils estiment aux mains de forces ennemies. Ces adversaires sont en particulier les Juifs (théorie d’occupation sioniste), les Francs-maçons et tout ce qui compose la bureaucratie fédérale. Cette partie de l’ultra-droite est allée jusqu’au terrorisme, l’attentat de 1995 contre le bâtiment fédéral d’Oklahoma City en est un bon exemple. Puisqu’il représente un échelon local de l’administration, il doit être abattu. 

Nous n’avons pas idée en France du nombre de suprémacistes blancs arrêtés chaque année aux Etats-Unis par la police. Ce sont des faits réguliers, punis souvent par des peines de prison à vie. Aux États-Unis, tout est permis sous couvert d’une plus importante liberté d’expression qu’en France. Mais, la différence importante est que lorsque l’on se fait prendre, il n’y a plus de mesure.

On a parfaitement le droit aux États-Unis de défiler avec un drapeau et une croix gammée en se maquillant comme Adolf Hitler. Cela fait partie de vos droits. Mais si vous dépassez le stade de la liberté d’expression, que vous passez à l’action et que par malheur vous atterrissez entre les mailles de la police vous prenez le maximum. Il ne faut pas oublier que l’année dernière, deux exécutions capitales de suprémacistes blancs ont eu lieu.

Pour retrouver l'analyse et le décryptage de Barthélémy Courmont, Franck DeCloquement, Xavier Raufer et Edouard Husson sur les tensions aux Etats-Unis suite à la mort de George Floyd et sur l'anti-racisme, cliquez ICI

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