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Rentrée politique

Mais où en est la droite dans sa rentrée d'année zéro ?

La campagne pour la présidence des Républicains officiellement lancée, différents scénarios semblent possibles dans ce processus de réorganisation politique.

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Atlantico : Alors que l'on spécule déjà sur la rentrée du gouvernement, au vu des mois précédents et en perspective des élections à la présidence des LR en octobre, quelle rentrée s'apprête à faire la droite ?

Bruno Jeudy : Pour les Républicains, la rentrée s'annonce compliquée, pas seulement parce qu'ils ont un président à élire mais surtout parce que cette élection risque de ne pas passionner les foules, voire n'intéresser qu'une petite minorité de militants, en partie aux Républicains. On se souvient des batailles homériques par le passé : que ce soit la crise de l'UMP de Nicolas Sarkozy à l'été 2005, que ce soit plus près de nous la terrible bataille à l'été 2012 entre François Fillon et Jean-François Copé ; mais aussi le retour de Nicolas Sarkozy en 2014 qui avait contre toute attente ferraillé avec Bruno Lemaire notamment pour l'emporter. D'une certaine manière, on avait déjà senti les difficultés des Républicains lors de l'élection en décembre 2017 de Laurent Wauquiez qui n'avait pas de quoi régler les problèmes de la droite. Mais il faut reconnaître qu'il y avait encore suffisamment d'électeurs (100 000 voix) pour que l'élection requiert l'attention. Cette fois-ci, l'élection sera quasi incognito avec un casting de deuxième niveau avec des compétiteurs qui ont dû renoncer de facto à l'élection présidentielle. Cette élection à la présidence des Républicains ne risque pas d'être un événement politique important, même si c'est encore le deuxième parti présent à l'Assemblée, ce qui est assez paradoxal.

Quel est le tournant idéologique que semble prendre la droite entre l'aile souverainiste patriote et l'aile plus libérale et modernisatrice ? Quelle ligne émerge et émergera d'ici les élections pour la présidence LR ?

On voit bien que les trois personnalités en compétition offrent trois profils assez différents. Christian Jacob, ancien ministre, patron des députés depuis dix ans, est incontestablement dans la continuité des Républicains version Chirac puis Sarkozy, en quête d'un gaullisme qui offre un équilibre entre l'étatisme de droite et un libéralisme économique à la française. Chez les deux autres challengers, chez Julien Aubert par exemple, on retrouve la tradition du courant souverainiste. Cela a le mérite d'être d'assez clair dans l'offre politique du député du Vaucluse. La troisième offre, celle incarnée par Guillaume Larrivé, ancien proche de Sarkozy, député de l'Yonne, est une espèce de national-libéralisme, implacable sur les questions régaliennes, plus libéral sur les questions économiques que ses deux concurrents.

Au fond, les offres politiques sont assez différentes. En réalité, on ne voit pas à travers ces trois profils un futur patron de la droite mais plutôt un chef de parti chargé de mettre en ordre l'information politique pour essayer de présenter un candidat en 2022 et de ce point de vue, Christian Jacob est le favori puisqu'il est respecté par tout le monde pour sa fidélité à la famille politique, pour sa très bonne relation avec Sarkozy et surtout il est là pour préparer le terrain à François Baroin qui apparaît à l'intérieur du parti comme l'une des rares figures présidentielles qui pourrait représenter la droite à la présidentielle 2022.

Une fois qu'on a posé tous les éléments de cette rentrée politique, ne perdons pas de vue que les Républicains luttent aujourd'hui pour leur survie politique : la question essentielle est de savoir si en 2022 ce n'est pas Emmanuel Macron qui incarnera la meilleure offre pour les électeurs de droite. Le défi des Républicains c'est de préparer une candidature et un candidat qui aura une chance d'accéder au second tour en 2022. Cela semble encore compliqué : Laurent Wauquiez est très abîmé, François Baroin hésite à se lancer entièrement en politique afin de ne pas laisser mourir son courant politique qu'est le gaullisme.

Vu le positionnement d'Emmanuel Macron depuis la rentrée, davantage axé à l'international (G7, dossier iranien) et porté sur les questions d'écologie et d'inégalités, n'y a-t-il pas un espace politique à droite qui s'est ouvert pour reconstruire une opposition valable, une "alternance après le macronisme" selon l'expression utilisée par Christian Jacob dans un récent entretien ?

Christian Jacob a raison : l'urgence est de trouver une alternative au macronisme. C'est inutile de vouloir courir à la tête de l'opposition : la droite à plutôt intérêt à se concentrer sur son message d'alternance. Il n'en reste pas moins que pour l'instant on ne voit pas quel est ce message, qui pourrait l'incarner et pour les républicains c'est pour l'instant le retour à la case départ. La droite a commis une triple erreur en 2017 après la présidentielle. Premièrement, une partie de la droite derrière Laurent Wauquiez a refusé de choisir, au moment du second tour, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Deuxièmement, la droite version Wauquiez a cru a un effondrement durable de Marine Le Pen et refaire le coup de Nicolas Sarkozy en 2005, pensant que le Front National ne reviendrait pas si haut : elle s'est trompée. La troisième erreur concerne les Gilets Jaunes, de ne pas savoir choisir son camp et, pour Laurent Wauquiez, d'endosser le Gilet Jaune (y compris physiquement) et plonger une partie de l'électorat de droite dans un grand scepticisme qui a conduit certains électeurs à voter pour LREM aux européennes et d'abandonner de manière provisoire la droite républicaine qui a divisé son score aux européennes entre 2014 et 2019, poursuivant sa descente aux enfers depuis 2017.

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