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Loin du peuple

Maires de plus en plus aisés et diplômés : que nous apporte (ou nous coûte) l'embourgeoisement de nos élites politiques ?

Une étude du Cevipof révèle que les maires de France appartiennent désormais à 88% aux catégories socio-professionnelles supérieures, contre 67 % en 1983. La part des ouvriers et des employés a été divisée par dix en trente ans.

William Genieys

William Genieys

William Genieys est politologue et sociologue. Il est directeur de recherche CNRS à Science-Po.

Il est l'auteur de Sociologie politique des élites (Armand Colin, 2011), de L'élite politique de l'Etat (Les Presses de Science Po, 2008) et de The new custodians of the State : programmatic elites in french society (Transaction publishers, 2010). William Genieys est l’auteur de Gouverner à l’abri des regards. Les ressorts caché de la réussite de l’Obamacare (Presses de Sciences Po [septembre 2020])

Il a reçu le prix d’Excellence Scientifique de la Fondation Mattéi Dogan et  Association Française de Science Politique 2013.

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Atlantico : Juste avant le premier tour des dernières élections municipales,  88 % des maires des villes de plus de 30 000 habitants appartenaient aux catégories socio-professionnelles supérieures, contre 67 % en 1983, rapporte le Cevipof dans une étude. Cet « embourgeoisement » des élus montre-t-il que la décentralisation de 1983 a échoué dans son intention de rapprocher les décideurs et les citoyens ?

William Genieys : Il semblerait que l’étude menée par les chercheurs du Cevipof sur une comparaison entre le profil sociologique des maires des villes de plus de 30 000 habitants entre 1983 et aujourd’hui montre que "la décentralisation a créé en vingt-cinq ans une élite urbaine fermée, professionnalisée et notabiliaire" en raison de la "gentifrication" de ce type de personnel. En effet, les chiffres avancés en montrent que 20,4% sont des conseillers politiques (ex membre des cabinets) ou encore des haut fonctionnaires de la territoriales au sens large, que le nombre de cadre d’entreprise a doublé, alors que la proportion de maire d’origine ouvrière ou issu des petites professions intermédiaires décroit fortement. Pour le PS 64 % des maires de ce type de commune sont des hauts fonctionnaires ou des cadres territoriaux. L’enquête conclu que le nouveau type de l’élu urbain ne reflète pas les changements sociaux qui ont affecté ce type de ville.

Autrement dit, le décalage en termes d’extraction sociale entre les citoyens et le profil élitiste de leurs représentants c’est accru alors que la décentralisation avait dans l’esprit de ces initiateurs pour but d’augmenter la qualité de notre démocratie au niveau local. L’enquête montre que pour ce type de ville, c’est le contraire qui c’est produit, les CSP ++ et pas n’importent lesquels ce sont imposés, boutant dehors de la classe politique locale d’un seul les notables traditionnels et les représentants de classes populaires. En effet, ou sont passé les avocats, les médecins, mais aussi les syndicalistes d’antan qui donnaient une dimension tribunicienne à la vie politique locale. Par qui ? et pourquoi ont ils été chassé du pouvoir ?

En trente ans le nombre de maires ouvriers et employés a été divisé par dix, et celui des travailleurs indépendants par cinq, pour laisser la place à des cadres, des hauts fonctionnaires et des conseillers politiques. Cette « OPA » sur les mairies est-elle due à une plus grande technicisation et professionnalisation de la fonction d’élu local ? Cet élu local est-il devenu une sorte de ministre ?

En effet, il est clair que le développement des villes moyennes, leur enchevêtrement dans les différents niveaux de gouvernement (intercommunalité, communauté d’agglomération ou urbaine, métropole, Conseil Général, Conseil régional) ont favorisé l’émergence d’une nouvelle génération de représentant politique dont le profil est de plus en plus technocratique. C’est la prise du pouvoir par la génération des "technotables" qui, après avoir servi en tant que conseillé dans les cabinets politico-administratif des notables traditionnels, s’en sont progressivement émancipés avant d’essayer aujourd’hui de prendre leur place à la tête des exécutif locaux.

Avec le recul actuel, on est en mesure de prendre en considération les vrais effets de la décentralisation sur la structure du pouvoir local. En effet, dans les villes moyennes,  si l’émergence de nouveaux modes de gouvernement urbain a nécessité la formation de cabinet politique et d’une technostructure locale (ie Secrétaire Généraux, directeurs généraux des services), elle a aussi eu comme corolaire la production d’une « nomenclature » locale qui s’est mis en quête de prendre la place des notables traditionnels. C’est avec 40 ans de retard, le même mouvement qui au sommet de l’Etat français lors du passage à la Vème République, a vu les hauts fonctionnaires ‘sortir’ des cabinets ministériels et des directions de l’Administration centrale pour s’imposer comme les nouvelles figures centrales de la vie politique française. Ce qui est drôle, c’est qu’au début la décentralisation était perçue justement comme un moyen de sortir du gouvernement centralisé piloté par des énarques peu enclin à comprendre les réalités d’un terrain qui leur était lointain… Comme quoi les phénomènes élitaires ont le tête dure.

Peut-on dire que le modèle gouvernemental, composé en grande partie d’énarques, se transpose à l’ensemble de la vie politique française ? Cette prévalence a-t-elle un coût, à quelque niveau que ce soit ?

Oui clairement la réponse se trouve dans un processus de technicisation sur lequel c’est greffée un ‘partitisition’ de la vie politique locale. J’entends par "partitisation" le fait que les partis au niveau local sont devenus de simples machines à répartir des postes de gouvernement, administration et cabinet politique, dans les différents exécutif locaux. Comme au niveau national, les nouvelles ‘élites de cabinets’ développe de vrai carrière, très bien rémunéré (hors grille, plus logement de fonction etc.) et n’ont pour objectif que de se pérenniser dans ce type de postes de pouvoir.

Or contrairement aux élites des cabinets ministériel elles n’ont pas la possibilité d’aller ‘pantoufler’ à des postes bien rémunérés dans le secteur privé, et la ‘placardisation’ beaucoup plus douloureuse. Dès lors, ces nouvelles élites locales n’ont comme seule porte de sorite le status quo ou la conquête des mandats électifs locaux. Ainsi, elles manifestenet un attachement sans faille au « mille feuille administratif » qui permet à l’offre des postes politiques ou administratifs de rester élevée. C’est pourquoi pour moi, il est nécessaire d’interdire toute circulation entre ces deux sphère du pouvoir (passage d’un cabinet ou administration à un poste d’élu). En effet, cela permettra peut être de mettre fin aux guerres entre les différents niveaux de gouvernements et à l’augmentation des déficits budgétaires (politiques d’équipement et de personnel non maîtrisées) qui passe en arrière plan de ces ambitions politiques insatisfaites.

Dans les faits, cette élitisation généralisée des élus est-elle tout de même profitable aux citoyens, par certains côtés ? Pourquoi ?

Dans certains cas certainement, des communes ont du connaître de mode développement intéressante et innovante. Mais je crois que nous manquons d’études systématiques, longitudinales et comparatives sur la question. Je crois si je me fie aux études que j’ai pu faire sur la question, notamment celle concernant le projet de développement du « Pays Cathare », qu’il y a eu durant les 10 années qui ont suivi les Lois de décentralisation un mouvement assez euphorique d’innovations et de changements qui ont dynamisé le niveau de gouvernement territorial, mais très juste après soit en raison des contraintes imposées par l’Etat ou encore le jeu peu ‘loyal’ de certains élus locaux, les routines du clientélisme et du courtermisme se sont à nouveaux imposées comme les clefs sociales du jeu politique.

Le corps électoral est-il lui-même, sans se l’avouer, généralement plus enclin à voter pour des candidats issus de classes socioprofessionnelles supérieures, ou bien est-ce parce que ces notables ont réussi à rendre impossible l’émergence de candidats de « plus basse extraction » ?

Le niveau local ou régional a toujours été en France le creuset du pouvoir central, la base de sa rénovation, qu’il s’agissent du bonapartisme mourant, de la Troisième République et Cinquième République naissantes. Certes les notables sociaux liés à ces différents régimes et « représentant » le peuple de France ont, hors mi la période de « l’âge d’or » du Parti Communiste, toujours été d’une extraction sociale supérieur. Tocqueville décrivait bien comment la procession organisé autour d’ordre social conduisait les premiers électeurs aux urnes. Néanmoins, les différents régimes républicains ont en France toujours montré que les « gens » issu des classes inférieures pouvaient espérer accéder à la représentation politique. L’échelon local, la mairie et les conseils municipaux de nos 36 000 communes faisait qu’un grand nombres de citoyens français pouvaient accéder aux mandats électifs et participé de ce fait directement à la vie politique française. Par contre, il semble que les effets conjugués de la nécessaire résorption du mille feuilles administratif et la réduction du nombres de postes électifs qui y est liée avec ceux de la fermeture du profil social des élites locales sur celui des technotables annonce une crise de légitimité de cet échelon de gouvernement.

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